Leçon présentée en deux parties: C-R (1) & C-R (2)

Amphithéâtre Marguerite de Navarre
Mardi 29 / 1 / 2008 - 16h30/17h30

C-R: partie (1)

Toujours très ponctuel, Antoine Compagnon pénètre à 16h30 dans l’amphi bondé. Je n’ai pas trop examiné en l’attendant l’ensemble de mes co-auditeurs, plongé cette fois dans le dernier Pierre Bayard (L’affaire du Chien des Baskerville), à terminer d’urgence. Très amusant, recommandé. Je vois d’ailleurs que Bayard a écrit un “Hors sujet: Proust et la digression” que je vais m’empresser de lire.
À 16h malgré tout, j’ai dû interrompre ma lecture pour me saisir de “l’exemplier” (peu usité (!), on va le rêver belgicisme...) que fait distribuer Jacques Dubois (Université de Liège) en vue de son exposé-séminaire de la deuxième heure... et que délivre, à ma grande surprise, le même jeune homme lisse que j’avais pris, il y a quinze jours, pour Philippe Chardin. Quelle est finalement sa position là-dedans? La distribution de documents préparatoires n’est quand même pas un travail à temps plein ....

Mais revenons à Compagnon. Curieusement, ce n’est pas tant sa vêture cette fois (cravate à fond jaune il me semble, avec des motifs noirs; la veste est noire; il est impeccable ...) qui “m’interloque” que le fait qu’il a l’air de finir de sucer un bonbon. Il prend d’ailleurs, s’étant assis, quelques secondes pour mener ce méfait à son terme et du coup, démarre sans son traditionnel “Bonjour”. Contrarié? Ou alors il a un peu mal à la gorge - ça ne met pas de bonne humeur - et c’était une pastille de Strepsil ou d’Homéogène 9 ...

Introduction ...

Il a eu la dernière fois, dit-il, “l’esprit de l’escalier”, ne découvrant qu’après nous avoir quittés un fil directeur ayant couru à son insu le long du cours: la métaphore du cavalier, du conducteur (sous-entendant la “conduite de soi”). Référence en effet fut successivement faite au couple cornac-éléphant , à la chute de cheval de Montaigne et à la chevauchée érotique de [Campasse] montant Aristote....

Note: Cette fois, j’ai bien entendu et je traduis la phonétique: Campasse; ce pourrait être Khampas (... les Khampas sont une tribu du Haut Tibet) , où Compasse (et là au moins, puisque courtisane il y a, cela aurait l’avantage de pouvoir s’entendre: Qu’on (se) passe ...). Las, dans tous les cas, recherche vaine sur Internet: toutes les nombreuses sources consultées renvoient obstinément à ... Phyllis. Je suis ... perplexe. Et la perplexité est un des maîtres mots de cet ébranlement - ne prêtons pas, Phyllis oblige, le flanc à des ambiguïtés lacaniennes, disons plutôt: de ces intermittences - du moi que narrent les épisodes “Montaigne” et “Aristote” et qui intéressent Compagnon.

Il est lui-même assez frappé par ce “fil” qu’il avait omis, qui lui semble si bien incarner le thème de la conduite (de soi) et des pertes de contrôle qui peuvent aller avec. C’est dans cette question du contrôle (de soi) qu’il voit “La” question éthique.

Note: Et il n’est peut-être pas inutile de souligner combien Compagnon donne le sentiment de quelqu’un qui sans cesse est en train de “se contrôler”.

Il revient à Montaigne(... "un des passages les plus vivants des Essais, où l’on voit bien Montaigne fragile, vulnérable, précaire, dans un monde qui bouge, à la recherche de son “assiette”...") et lit cette fois tout le passage:

“Pendant nos troisièmes troubles, ou deuxièmes (il ne me souvient pas bien de cela) m’étant allé un jour promener à une lieue de chez moi, qui suis assis dans le “moiau” (le milieu) de tout le trouble des guerres civiles de France, estimant être en toute sûreté et si voisin de ma retraite que je n’avais point besoin de meilleur équipage, j’avais pris un cheval bien aisé, mais non guère ferme. À mon retour, une occasion soudaine s’étant présentée de m’aider de ce cheval à un service qui n’était pas bien de son usage, un de mes gens grand et fort, monté sur un puissant roussin qui avait une bouche désespérée, frais au demeurant et vigoureux, pour faire le hardi et devancer ses compagnons, vint à le pousser à toute bride droit dans ma route, et fondre comme un colosse sur le petit homme et petit cheval, et le foudroyer de sa roideur et de sa pesanteur, nous envoyant l’un et l’autre les pieds contre-mont: si que voilà le cheval abattu et couché tout étourdi, moi dix ou douze pas au-delà, étendu à la renverse, le visage tout meurtri et tout écorché, mon épée que j’avais à la main à plus de dix pas au-delà, ma ceinture en pièces, n’ayant ni mouvement ni sentiment non plus qu’une souche”.

Dans cette “instabilité” extrême (puisqu’il s’agit d’un véritable vol plané), Compagnon veut voir - avec antériorité chronologique - le pendant du trébuchement du narrateur sur les pavés inégaux de la cour des Guermantes; dans les deux cas, les causes fussent-elles autres, une intermittence de la conscience, de la mémoire, une intermittence et une expérience.

L’environnement néo-kantien de Proust...

Ayant annoncé qu’après les pistes n°1 et n°2 (il fait de menus rappels de contenu ...) présentées la semaine précédente, il ne nous restait plus qu’à aborder la piste n°3, fidèle à ses travers (mais en sont-ce?), Antoine Compagnon va “donc” consacrer le reste de la séance à de petits (?) développements, excroissances en fait de la piste n°2 qui prennent la forme d’un “mini-cours de néo-kantisme fin XIX°” et qui - à défaut de calendes grecques - renverront de facto à “la prochaine fois” le début du commencement de l’examen de cette tierce voie proustienne et morale qu’il nous fait espérer ... La patience est la force du sage: Festina lente (Hâte-toi lentement ...)

Et nous allons passer en revue, avec une pincée de Proust, le milieu universitaire à tendance fortement kantienne qui de près ou de loin a pu influencer le jeune Marcel, de sa classe de philosophie (avec Marie-Alphonse Darlu) à ses années de faculté (avec Émile Boutroux).

Mais d’abord, Compagnon s’étend sur le cas d’Edme-Marie Caro (1826 - 1867)[Edme ou Elme, les sources ne concordent pas]. Il l’installe dans le prolongement de l’Aristote chevauché et dans la logique du discours tenu sur l’impuissance de la philosophie (il ajoute: païenne) à préserver les hommes des passions. Caro, donc, le célèbre Caro dit-il, philosophe mondain dont la jeune marquise de Cambremer suit “avec assiduité” les cours à la Sorbonne, et dont Proust - dit Compagnon - s’est déjà moqué en 1904 dans une nouvelle parue au Figaro: “Le Salon de la comtesse Potocka” [... publiée sous le pseudonyme d’Horatio].

Note: L’affaire ne m’est pas entièrement claire. La citation de Compagnon [je n’ai pas le texte exact; en substance:] “Elle fut aimée d’un philosophe connu (...) mais bien que toujours bonne et fidèle à l’homme (...) elle ne cessa d’humilier en lui le philosophe” n’est pas totalement cohérente avec d’autres sources, qui parlent de l’indulgente présentation de Proust (“... bien séduisante avec sa beauté antique, sa majesté romaine, sa grâce florentine, sa politesse française et son esprit parisien”), précisent qu’elle était née Emmanuela Pignatelli (1852-1940), que Maupassant était son amant, qu’elle s’entourait d’une foule d’admirateurs (“Les Macchabées”), qu’on l’appelait la Sirène ou la Patronne (comme Mme Verdurin) et, sans évoquer du tout Caro dans la nouvelle, renvoient à ceci (précisément: George D. Painter dans sa biographie):
“Proust racontait volontiers une anecdote où l’on voit Mme Potocka répliquer, tardivement, à un argument théologique du philosophe Caro. Comme il s’en allait, elle se pencha au-dessus de la rampe et laissa tomber d’en haut un crachat sur sa tête chauve en criant: “Tiens, voilà pour ton Idée de Dieu” ...”
La fin rapportée (même source: Painter) de la Comtesse est d’ailleurs des plus tristes. Célèbre pour la meute de lévriers qu’elle promenait au Bois (de Boulogne), elle serait morte dans sa maison d’Auteuil au début de l’occupation, de vieillesse et de faim, abandonnée, et quand on découvrit son corps et celui de son dernier chien, les rats auraient déjà été de la partie ...

Pour revenir à Caro (j’ai réussi à ne pas dire: “Pour se tenir à” ...), Compagnon souligne en lui le promoteur du “pessimisme” en France (Il a écrit un: Le pessimisme au XIX° siècle. Léopardi, Schopenhauer, Hartmann - et Compagnon en profite pour citer brièvement: “Je sais que Balzac se porte beaucoup cette année, comme l’an passé le pessimisme, interrompit Brichot” ; et pour faire allusion à Huysmans (À rebours / Des Esseintes/ “La vie de l’homme oscille comme un pendule entre la douleur et l’ennui” ). Caro, en même temps auteur prolifique sur les questions de “morale” (il est d’ailleurs membre de l’Académie des Sciences Morales et politiques- Section de Morale) et, particulièrement, le signataire d’un: “Études morales sur le Temps Présent”.
Mes notes, ici incertaines, ne me permettent pas de garantir en quel sens le philosophe a inspiré Edouard Pailleron pour sa comédie de 1881: “Le monde où l’on s’ennuie”. La pièce a été citée ...

Trois idées quoi qu’il en soit émergent de ce détour par Caro:

- la philosophie est impuissante à soumettre les passions

- il faut traverser l’impuissance de la raison pour accéder à une forme supérieure de vérité... et Compagnon revient à Bergotte, quasi augustinien par son parcours privé et ses aboutissements esthétiques qui le feraient “grand théologien” ... Il fait là allusion à la méditation:
“... Peut-être n’est-ce que dans des vies réellement vicieuses que le problème moral peut se poser avec toute sa force d’anxiété. Et à ce problème l’artiste donne une solution non pas dans le plan de sa vie individuelle, mais dans ce qui est pour lui sa vraie vie, une solution générale, littéraire. Comme les grands docteurs de l’Église commencèrent souvent, tout en étant bons, par connaître les péchés de tous les hommes et en tirèrent leur sainteté personnelle, souvent les grands artistes, tout en étant mauvais, se servent de leurs vices pour concevoir la règle morale de tous” (in À l’ombre des jeunes filles en fleurs)

- [et celle-ci sera encore et surtout développée ensuite] la morale (se souvenir de l’épisode du professeur X... et de son petit télégraphiste, rapporté par Brichot) est le premier problème philosophique de la jeunesse de Proust, la partie centrale de la philosophie pour Darlu; et tout le monde philosophant s’instituait professeur de morale autour de la question de la fondation d’une morale laïque ... qui revient si fort aujourd’hui sur le devant de la scène (Compagnon souligne, là, insiste, d’un sourire lourd de sous-entendus (pro? anti?) sarkozystes)

Mais Caro ne faisait qu’ouvrir le bal, où sont successivement invités, en un ping-pong culturel et informatif destiné à dessiner - je l’ai dit - l’environnement “idéologique” du jeune Proust:

Paul Janet (1823 - 1899). Fort kantien. Auteur de divers essais à dimension “morale” et surtout en 1874 de l’important: “La Morale” [...qui s’ouvre en affirmant: “Pour nous, comme pour Kant, le domaine du bien et le domaine du devoir sont absolument équivalents. Nous admettons avec lui que c’est un fanatisme moral de vouloir s’élever au dessus du devoir”]. Proust a suivi en 1894-95 son cours en Sorbonne: “Unicité et Identité du moi”.

Émile Boutroux (1845 - 1921), re-cité: ... et ses “Questions de morale et d’éducation” de 1897. Répondant vers 1895 à la question: “Quels sont vos héros dans la vie réelle?”, Proust avance: “Darlu et Boutroux”. [Boutroux qui tenait (in le Robert) que: Seule la vie morale et religieuse nous permet de saisir l’Être “dans sa source créatrice”]

Lucien Levy-Bruhl (1857 - 1939). Successeur de Boutroux. Major de l’agrégation (1879) de philosophie. Ouvrage sur “La Morale et la Science des mœurs” (1903): “Il n’y a pas et il ne peut y avoir de morale théorique”.

Gabriel Séailles (1852 - 1921). Il est préféré à Bergson pour assurer à la Sorbonne les enseignements que tenait Paul Janet avec qui il avait écrit une Histoire de la Philosophie. Très engagé dans le dreyfusisme. [Séailles s’est efforcé de fonder une morale laïque dans son livre: “Les affirmations de la conscience moderne” (1903)].

Émile Durkheim ( 1858 - 1917) . Arrivant en Sorbonne (1902), son premier cours dans une chaire qui deviendra en 1913 sous son influence “de Sociologie” porte sur “L’éducation morale”. Durkheim qui opère une synthèse du néo-kantisme républicain disant [en substance; Compagnon cite, mes notes sont parcellaires:] “Entre Dieu et la société il faut choisir (..) mais ce choix est indifférent car je ne vois en Dieu que l’expression symbolique de la Société”... une société qui est à la fois extérieure et intérieure à nous. Compagnon énonce que la démarche de Durkheim “fonde la morale dans un kantisme parfait”.

Tous ces philosophes, dit Compagnon au terme de ce premier survol de noms propres: (a) sont des moralistes; (b) sont inspirés par Charles Renouvier (1815 - 1903), [polytechnicien reconverti en philosophe, promoteur du retour au criticisme kantien] qui a publié en 1869 une: “Science de la morale”.

Note:
- Le criticisme est la doctrine de Kant (et “criticisme kantien” est donc un pléonasme) faisant de la recherche des fondements de la connaissance et, d’une manière générale, de l’examen des pouvoirs de la raison, de ses prétentions légitimes et de ses limites, le centre de la réflexion philosophique, qui devient alors essentiellement une théorie de la connaissance. (Source: Dictionnaire de Philosophie. Armand Colin)
- Renouvier “fait de la liberté le fondement de la vie intellectuelle et morale de la personne, notion centrale de son système... qui renoue ainsi avec le monadisme de Leibniz” (in Le Robert) Mais encore? La liberté comme monade, c’est à dire comme entité simple, sans parties, indivisible, ne pouvant ni naître ni périr et constituant l’élément dernier (ou premier?) des êtres?... Sacrés philosophes!

.... Et dans la foulée de l’évocation du courant “moraliste”, Compagnon convoque, mais sans aucun développement:

(a) la Revue philosophique fondée par Théodule Ribot (1839 - 1916), dont il a déjà parlé... [qui voulait faire de la psychologie une science indépendante de la métaphysique, objective, expérimentale et fondée sur la biologie (in Le Robert)]
(b) la Revue de Métaphysique fondée par des amis de Proust comme lui ex-élèves de Darlu.

Il veut s’attarder un instant sur cet idéalisme kantien, ce spiritualisme sans Dieu qu’il voit dans l’environnement de Proust et se tourne vers un devoir de l’étudiant que fut celui-ci aux temps du cours de Paul Janet sur “Unicité et Identité du moi” .. Compagnon lit des extraits significatifs de ce devoir, dont je ne cueille que quelques miettes non totalement garanties: “... nos actes ne sont pas individuels, chaque vie humaine est une vague dans la mer, nous participons à la raison universelle et nous devons la réaliser individuellement. Dieu en créant a répété la substance et dans le particulier a mis l’universel ...” . Compagnon commente, ajoutant que c’est cette unité de la raison universelle qui fonde ainsi pour le jeune Proust à la fois la Science et la Charité, avec ce jugement de valeur que la Morale est “au-dessus” de la Science ...

Autre philosophe proche de Proust, annonce-t-il maintenant:

Paul Desjardins (1859 - 1940). Néo-kantien, condisciple à l’ENS de Jaurès et de Bergson, disciple de Jules Lagneau (1851 - 1894) lui-même disciple de Jules Lachelier (1832 - 1918) et qui par ailleurs marqua tant son élève Alain (Emile-Auguste Chartier, dit; 1868 - 1951). Lagneau, rappelle Compagnon, qui servira à Barrès de modèle pour son Bouteiller des Déracinés. De Desjardins, Compagnon s’amuse qu’il ait publié dans le Figaro un feuilleton intitulé “La demoiselle du Collège de France” , feuilleton que “suivait” Mme Proust qui en mettait (ou avait promis d’en mettre) de côté les épisodes pour Marcel.
Desjardins devait créer en 1906, après l’achat de l’ancienne abbaye cistercienne du lieu, les décades de Pontigny [vouées à la recherche d’une sociabilité propre aux intellectuels et transportées depuis à Cérisy].
Desjardins avait fondé en 1893 avec Lagneau “L’Union pour l’action morale” qui se transformera après sa prise de position en faveur de Dreyfus en “Union pour la Vérité” [Le but initial en est la discussion “des événements politiques, des faits de société et des problèmes religieux avec une droiture intellectuelle et une énergie morale recouvrées, propres à servir la démocratie et la paix”].
Ajout: C’est dans le Bulletin de l’Union pour l’Action morale, auquel il était abonné, que Proust lut des extraits de Ruskin, traduits en français et régulièrement publiés entre 1893 et 1903 et commença ainsi à se passionner pour l’esthète anglais (Source: George D. Painter)

Paul Desjardins a publié en 1892 “Le devoir présent”, où il examine la possibilité de fonder une morale “sociale” sur des morales “théoriques” qu’il perçoit comme trop froides. Proust quoi qu’il en soit écrira à son ancien professeur pour lui reprocher une conception qu’il juge trop esthétique et pas assez utilitaire de la charité évoquant (en substance) “celui qui répand des parfums aux pieds du pauvre au lieu de le vêtir” et dénonçant “la volupté artistique d’un acte inutile” qu’il oppose à la simple “bonne volonté”. Dans Combray, lui faisant incarner une risible spiritualité kantienne, Proust ridiculisera Desjardins:

“Il (Legrandin) vint à nous la main tendue. “Connaissez-vous, monsieur le liseur, me demanda-t-il, ce vers de Paul Desjardins: “Les bois sont déjà noirs, le ciel est encor bleu”. N’est-ce pas la fine notation de cette heure-ci? Vous n’avez peut-être pas lu Paul Desjardins. Lisez-le, mon enfant; aujourd’hui il se mue, me dit-on, en frère prêcheur, mais ce fut longtemps un aquarelliste limpide ...
“Les bois sont déjà noirs, le ciel est encor bleu ...”
Que le ciel reste toujours bleu pour vous, mon jeune ami; et même à l’heure, qui vient pour moi maintenant, où les bois sont déjà noirs, où la nuit tombe vite, vous vous consolerez comme je fais en regardant du côté du ciel”

Pour compléter et en finir avec l’environnement de préoccupations morales qu’il a voulu souligner à l’aide de cette galerie de philosophes “d’époque”, Compagnon en appelle à la notion, contemporaine aussi, et forte, de solidarité, installée comme mot d’ordre de la philosophie républicaine qui se cherche en cette fin du XIX°. Et il le fait en s’appuyant sur le récent livre de Marie-Claude Blais (Gallimard - 2007 - ... et sauf erreur : 22,50 euros) “La solidarité. Histoire d’une idée”.
Il évoque aussi des rééditions récentes, par exemple de Léon Bourgeois (1851 - 1925), grande figure du Parti Radical de la fin du XIX° siècle comme du début du XX°, pionnier de la Société des Nations, prix Nobel de la Paix (1920), fondateur du “Solidarisme”, suite à l’écho considérable de son ouvrage de 1896: “La Solidarité” [que soutinrent entre autres Émile Durkheim et Charles Gide (économiste, théoricien du “coopératisme” et oncle de son célèbre neveu (André)].
Notes:
(a)De Léon Bourgeois:
“L’homme ne devient pas seulement au cours de sa vie débiteur de ses contemporains; dès sa naissance, il est un obligé. L’homme naît débiteur de l’association humaine”.
(b) Dans une recension du livre de Marie-Claude Blais, l’historien Jean-Pierre Rioux parle à propos de la solidarité "de ce qui fut le nirvana philosophique du progressisme républicain, radical et radical-socialiste de la belle époque, sorti mieux armé de la bataille autour de Dreyfus (qui) sut combattre tout à la fois la réaction cléricale, le libéralisme sans foi ni loi et le socialisme caporalisé (et que l’on doit à ) Léon Bourgeois (avant) que la séparation de 1905 et le conflit de 14-18 (ne le ruinent) pour longtemps (incapable qu’il était) de penser le Mal et la Violence".

Bilan et détachement ... sceptique [en partie(2) à suivre]