Mémoire-de-la-Littérature

Compte-rendu [subjectif] du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. 2006-2007-2008-2009-... (Avec parfois annexes)

16 décembre 2008

Souvenirs d'égotisme ...

Continuons un peu Stendhal...

(Ce texte est également en ligne sur AutreMonde)

J’ai, sous le titre ci-dessus, le Folio (Gallimard 1983) de  l’édition de Béatrice Didier.

Très intéressant.

Outre les Souvenirs d’égotisme proprement dits, rédigés en quinze jours au début de l’été 1832 (né en 1783, Stendhal mourra en 1842), ce petit volume contient des fragments intitulés Projets d’autobiographie (de 1821, pour l’un, 1831, 1833 et 1837 pour les autres) et  un curieux texte intitulé Les Privilèges (de 1840), succession à  la « Code civil » (dont Stendhal admirait beaucoup le style !) de 22 articles, texte que j’aurais volontiers pris pour une pochade immature mais dont Béatrice Didier, après V. Del Litto, (éditeur des œuvres complètes de Stendhal au Cercle du bibliophile, à qui elle ne cesse de rendre hommage), tient à souligner l’importance.

Les Souvenirs d’égotisme, c’est une plongée exotique et singulière dans la France « européenne » de la première moitié du XIX° siècle, puisqu’on y navigue de Paris à Milan, à Rome et à Londres … à la poursuite d’un Stendhal qui écrit à la volée, sans se retourner, en marge d’activités « professionnelles » qui l’ennuient, mais aussi le fatiguent trop pour lui laisser la latitude de « penser » une œuvre d’imagination. Tandis que des souvenirs… la matière est là, dans laquelle picorer à la va-vite et se changer en même temps les idées. Amusant.

Sans aucunement prétendre à une analyse – la préface de Béatrice Didier, d’ailleurs, s’en charge - , se promener dans le texte en notant ici ou là quelques faits qui ont retenu l’attention est un plaisant loisir. On rencontre un peu de tout, au fil des pages, en compagnie d’un homme gai jusque dans ses déplorations, mais avec la nécessité de constants allers-retours entre les pages que l’on lit et les notes qui les éclairent, tant la manie compulsive de Stendhal pour l’invention de patronymes fantaisistes comme le caractère elliptique de ses incessantes allusions tendraient à laisser le lecteur dans l’obscurité sans la science des commentaires. L’application universitaire est la bienvenue qui, en venant étayer les divagations mémorielles primesautières de l’auteur, achève de faire le parcours réjouissant.

En juin 1821, Stendhal quitte Milan pour Paris en y laissant « après trois ans d’intimité, une femme que j’adorais , qui m’aimait et qui ne s’est jamais donnée à moi » [Mathilde Viscontini, épouse Jan Dembowski, qu’il appelle Métilde et qui tiendra une place privilégiée dans son imaginaire féminin. C’est préoccupé d’elle qu’il écrira De l’Amour]. Dans l’angoisse amoureuse qui s’ensuit, il cède à d’amicales pressions … :

« … en Août 1821, MM. Lussinge, Barot et Poitevin, me trouvant soucieux, arrangèrent une délicieuse partie de filles ». La suite est la désopilante narration d’un magnifique fiasco qui laisse  tout étonnée (« c’était pour la première fois que la pauvre fille était manquée ») une ravissante Alexandrine (« élancée, de 17 à 18 ans, déjà formée, avec des yeux noirs que, depuis, j’ai retrouvés dans le portrait de la duchesse d’Urbain par le Titien à la galerie de Florence »). Et c’est le ton du récit qui étonne. Tout ça n’est pas pris au sérieux. D’autres en feraient un plat. Stendhal se moque (« .. l’amour [i.e. le souvenir de  Métilde] me donna une vertu bien comique : la chasteté (…) Je la manquai parfaitement, fiasco complet »). Etc. Vraiment très drôle.

Quelquefois, on se demande quand il dort… « Pendant tout un été, j’ai joué au Pharaon jusqu’au jour chez Mme Pasta [célèbre cantatrice du temps] silencieux, ravi d’entendre parler milanais, et respirant l’idée de Métilde par tous les sens. [Et puis] Je montais dans ma charmante chambre, au troisième, et je corrigeais, les larmes aux yeux, les épreuves de l’Amour ».

À d’autres moments, il semble passer ses journées à ne rien faire : « Levé à 10 heures, je me trouvais à 10 1/2 au café de Rouen où je rencontrais le baron de Lussinge (…) Après avoir savouré (…) notre excellente tasse de café et deux brioches, j’accompagnais Lussinge à son bureau. Nous prenions par les Tuileries, nous arrêtant à chaque marchand d’estampes. Quand je  quittais Lussinge le moment affreux de la journée commençait pour moi. J’allais, par la grande chaleur de cette année, chercher l’ombre et un peu de fraîcheur sous les grands marronniers des Tuileries (…) J’allais au Musée (…) J’achetais quelques pièces de Shakespeare, édition anglaise à 30 sous la pièce ; je les lisais aux Tuileries (…) Enfin, cinq heures arrivait ; je volais à la table d’hôte de l’hôtel de Bruxelles. Là, je retrouvais Lussinge, sombre fatigué, ennuyé (…) Après le dîner, le café était encore un bon moment pour moi. Tout au contraire de la promenade au boulevard de Gand [qui suivait] …

Cela dit, le travail, l’investissement extrême dans le travail, ne semblent guère avoir de mérites à ses yeux… « je parlais (…) avec le célèbre Brougham (aujourd’hui Lord Brougham, Chancelier d’Angleterre, et qui sera bientôt mort à force de travail) ». On pourra noter que Brougham, pourtant de cinq ans son aîné, lui survivra vingt-six ans. Comme quoi, le travail l’aurait plutôt bien conservé…

Mais même le travail « forcé » de qui n’est pas, comme lui, un privilégié de la société, lui semble sans excuse. Ainsi : « J’avais du bon sens (…) ; je sentis sur le champ le ridicule des dix-huit heures de travail de l’ouvrier anglais [on est alors – précise Béatrice Didier – dans la période la plus noire de l’industrialisation anglaise]. Le pauvre italien tout déguenillé est bien plus près du bonheur. Il a le temps de faire l’amour … » . Le niveau de compréhension des problèmes sociaux paraît ici assez proche de  Marie-Antoinette et de ses brioches en guise de pain … Pourtant (voir plus loin) …

Pour revenir aux « parties de filles », la fraîcheur presque poétique avec laquelle, ici, le thème est abordé est en décalage étonnant avec les réticences puritaines … et les craintes vénériennes (plus qu’épée de Damoclès!- on trouve une anecdote significative, sur le scolozione (blennorragie)), dont on imagine que s’entoure majoritairement alors l’image du « bordel ». Il y a  seulement là un sexe aimable, décomplexé et fraternel (les virées se font à plusieurs). Ainsi, après il est vrai des craintes fortement exprimées, lors d’une visite « organisée » dans les lointains londoniens : « … je m’attendais à voir trois infâmes salopes. Elles étaient menues, trois petites filles avec de beaux cheveux châtains, un peu timides, très empressées, fort pâles ». Et ce sera tout à fait tendre et amical : « Nous n’avions pas fini de prendre le thé que je fus intime avec elles (…) [et] je fus comme avec des amis tendres que je reverrais après un voyage d’un an (…) Je voulus garder la lumière. La pudeur de  ma nouvelle amie, d’ailleurs si soumise et si bonne, n’y voulut jamais consentir. (…) Le lendemain, nous envoyâmes chercher des viandes froides, du vin (…) dont la beauté avait l’air de surprendre ces pauvres filles. Elles crurent que nous nous moquions d’elles quand nous leur dîmes que nous reviendrions (…) [mais] je ne pensai, toute la journée, qu’à la soirée douce, bonne, tranquille (full of snugness [pleine de gentillesse]) qui nous attendait. »

Assez étonnant.

Étonnant aussi, plus loin et dans un autre ordre, mais toujours lors de ce séjour londonien, l’analyse très « moderne » que fait Stendhal des phénomènes de délinquance : « Un jour, l’on annonça qu’on pendrait huit pauvres diables. À mes yeux, quand on pend un voleur ou un assassin en Angleterre, c’est l’aristocratie qui immole une victime à  sa  sûreté, car c’est elle qui l’a forcé à être scélérat, etc., etc. Cette vérité, si paradoxale aujourd’hui, sera peut-être un lieu commun quand on lira mes bavardages. » Effectivement …

Une remarque vraie sur l’investissement psychologique de l’acteur, quand il est profond : « … le tragique dans une femme, où pour moi il est le plus touchant, je ne l’ai trouvé que chez Mme Pasta et là, il était pur, parfait, sans mélange. Chez elle, elle était silencieuse et impassible. Le soir, pendant 2 heures elle était [sublime ?… sur scène bien sûr ; il y a un blanc dans le manuscrit]. En rentrant, elle passait deux heures sur son canapé à pleurer et à avoir un accès de nerfs. »

Là – chacun voit midi à sa porte – m’est revenu soudain tout ce qui m’est resté de l’enseignement comme pseudo-théâtre, et l’épuisement terrifiant qui succédait  à la dépense d’énergie des cours, plus peut-être quand ils avaient été réussis que ratés…

On peut aussi s’amuser au souvenir des « leçons d’amour » de son oncle Gagnon, bien mal suivies semble-t-il, par le jeune Beyle… « Mon ami, me dit-il, tu te crois une bonne tête, tu es rempli d’un orgueil insupportable à cause de tes succès dans les écoles de mathématiques, mais tout cela n’est rien. On n’avance dans le monde que par les femmes. Or tu es laid, mais on ne te reprochera jamais ta laideur parce que tu as de la physionomie. Tes maîtresses te quitteront ; or rappelle-toi ceci : dans le moment où l’on est quitté rien de plus facile que d’accrocher un ridicule. Après quoi un homme n’est plus bon à donner aux chiens aux yeux des autres femmes du pays. Dans les 24 heures où l’on t’aura quitté, fais une déclaration à une femme ; faute de mieux, fais une déclaration à une femme de chambre. » Il y aurait certes beaucoup à commenter, mais enfin, tel quel, on sourit de cette misogynie d’époque.

Cela  dit, ce passage, inscrit dans le contexte d’un départ de Grenoble « pour l’École Polytechnique en 1799 » peut faire illusion sur le parcours mathématique de Stendhal. Il a eu, de fait un indiscutable goût pour la chose, et des succès : il quitte l’École Centrale de Grenoble en 1799 avec un premier prix. Et, dans un de ses Projets d’autobiographie, il précise en 1837, parlant de  lui à la troisième personne : « De 1796 à 1799, le jeune Beyle ne s’occupa que de mathématiques, il espérait entrer à l’École polytechnique, et voir Paris. En 1799  il remporta le premier prix de mathématiques à l’École centrale (M. Dupuy, professeur) ; les 8  élèves qui remportèrent le second furent admis à l’École polytechnique 2 mois après. » Mais en fait, personnellement, il aura entre temps changé d’avis, ou de  projet et, arrivé « à Paris le 10 novembre 1799, le lendemain du 18 brumaire (…), recommandé à M.Daru, ancien secrétaire général de l’Intendance de  Languedoc, homme grave et très ferme, Beyle lui déclara avec une force de caractère singulière pour son âge, qu’il ne voulait pas entrer à l’École polytechnique . (…)  M.Daru le fit nommer sous-lieutenant au 6° Régiment de Dragons [l’analogie avec Lucien Leuwen semble évidente]. »

J’ai savouré l’un de  ses jugements philosophiques, que j’aurais fortement tendance à partager . Il parle en 1821 (Projets d’autobiographie) de lui-même, et d’un séjour allemand antérieur : « Il fut employé à Brunswick en 1806, 1807 et 1808 et s’y distingua. Il étudia dans cette ville la langue et la philosophie allemandes, et conçut assez de mépris pour Kant, Fichte, ces hommes supérieurs qui n’ont fait que de savants châteaux de cartes ». Il est vrai – et les Souvenirs d’égotisme en témoignent amplement – qu’il a une très forte propension à prendre la plupart des hommes en général, et des « grands » hommes en particulier, estampillés par de hauts postes, ou quelque Académie,  pour des imbéciles. Reste à savoir s’il a vraiment tort …

Son emploi – bien entendu tout à fait correct – de la tournure « rien moins que » (Quoique il ne fut rien moins que beau, il fut aimé quelquefois), m’a  renvoyé aux difficultés d’usage qu’on y rencontre, en concurrence avec « rien de moins que » , au point que les grammairiens en sont venus à recommander … de n’utiliser aucune des deux, pour se mettre à l’abri des confusions. Pourtant, le bon sens devrait suffire, mais il faut croire qu’il se perd.

Quoique … :

Posséder rien moins que  telle qualité : il n’est pas possible de manifester  moins de  quantité que celle de cette qualité, c’est à dire qu’on ne la possède presque pas ou  plutôt même pas du tout !

Posséder rien de moins que telle qualité : il n’est pas possible d’attribuer une qualité inférieure à celle-là, que l’on possède donc vraiment dans son essence ; retenir que c’est l’inverse de la forme précédente, et donc, que cette qualité, on la manifeste au plus haut point.

On trouve sur Internet (via Google p.ex.) l’éclairage suivant :

Entre rien de moins que (=tout à fait) et rien moins que (=nullement), les confusions, dans l'usage effectif, sont fréquentes. C'est pourquoi il est généralement recommandé d'éviter de les utiliser. C'est l'avis de Girodet (Dict. Bordas des diff. de la langue fr.).

Quant à Grevisse (B.U., 13e éd., § B, remarque 4, p. 547), il écrit :

           « Tous les écrivains soigneux d'aujourd'hui font la distinction, décrète Abel Hermant (Chron. de Lancelot, t. I, p. 561). Il faudrait exclure des écrivains soigneux … Hermant lui- même, et bien d'autres, notamment Littré, qui, lui aussi, contredit la règle qu'il prône [la distinction entre les deux formes]. [...]

« L'Académie n'a adopté la règle qu'en 1935. Jusqu'en 1878, elle disait que ‘rien moins que’ avait le sens positif ou négatif, selon la circonstance. En effet, plus d'un auteur emploie la locution dans les deux sens, parfois dans le même livre… » [suivent de nombreux exemples] et Grevisse de conclure:

« Le plus sage n'est-il pas de suivre l'avis de l'Académie en 1878, celui de Brunot, de Damourette-Pichon, de Dauzat, de Hanse, c'est-à-dire d'éviter une locution aussi ambiguë ? » 

Proposition mnémotechnique : « rien moins que »= 3 mots ; « rien de moins que »= 4 mots ; l’une des deux formules est associée à « peu ou pas » , l’autre à  « beaucoup ou tout à fait » ; logiquement, le peu sera pour la formule à  3 mots et le beaucoup pour celle à  4.

On trouve, énoncées en 1821 (Projets d’autobiaographie) quelques curiosités prémonitoirement ( ?) freudiennes : « Il aima tendrement sa sœur Pauline et abhorra Grenoble, sa patrie, où il avait été élevé d’une manière atroce. Il n’aima aucun de ses Parents. Il était amoureux de sa mère, qu’il perdit à l’âge de 7 ans ». On pourrait disserter sur le rapprochement « ne pas aimer / être amoureux de » …

Sur cette affection tendre pour sa sœur Pauline, il est intéressant de revenir à un passage des Souvenirs d’égotisme et à la note connexe de Béatrice Didier, qui marquent assez les illusions des âmes à la fois rêveuses et égoïstes :

« J’ai été sévèrement puni d’avoir donné à une sœur que j’avais [Pauline, donc] le conseil de venir à  Milan en 1816, je crois. Mme Périer [Pauline était « épouse Périer »] s’est attachée à moi comme une huître, me chargeant à tout  jamais de la responsabilité de son sort. Mme Périer avait toutes les vertus et assez de raison  et d’amabilité. J’ai été obligé de me brouiller pour me délivrer de cette huître ennuyeusement attachée à  la carène de mon vaisseau, et qui bon gré mal gré me rendait responsable de tout son bonheur à venir. Chose effroyable ! »

Et Béatrice Didier commente : « Stendhal avait adoré sa sœur Pauline. Sa correspondance montre qu’il veillait sur sa formation intellectuelle et lui conseillait de lire les Idéologues (Groupe de philosophes français de la fin du XVIII° et du début du XIX° siècle/ Cabanis, Destutt de Tracy, Volney…/ délaissant la métaphysique au profit des sciences de l’homme, accordant une place importante à l’analyse du langage, la grammaire et la logique. Certains contribuèrent activement, après la Terreur, à la  réforme de l’Instruction publique [réf. : Petit Robert]) Il rêvait de la faire venir vivre près de lui. Mais quand ce rêve put se réaliser, après la mort de son mari, François Périer-Lagrange, et qu’elle le rejoignit à  Milan en 1817, ce fut un échec. Le vieux (hum…34 ans …) célibataire qu’était Stendhal ne put supporter l’entrave à  sa liberté que représentait cette présence. »

Aimerait-on plutôt mieux de loin ? C’est assurément le cas de certains caractères … dont le sien.

Sur le texte intitulé Les Privilèges, et qui m’a  semblé rien de moins qu’infantile, puéril et ridicule  [tentons le coup…. Cf. remarque grammaticale supra], une succession d’énoncés de privilèges imaginaires qui pourraient être accordés à l’auteur et qui s’apparentent à des fantasmes de gamin lecteur des Mille et une nuits, peu à gloser, passées ces réserves  …. Ainsi :

« Article 8 : Quand l’homme privilégié portera sur lui ou au doigt pendant 2 minutes une bague qu’il aura portée un instant à sa bouche, il deviendra invulnérable pour le temps qu’il aura désigné. Il aura dix fois par an la vue de l’aigle et pourra  faire en courant 5 lieues en une heure. »

Celui qui écrit ces bêtises est Stendhal et il a 57 ans ! Personnellement et malgré  les  affirmations critiques (Béatrice Didier / V Del Litto) évoquées en commençant ce billet, je suis consterné…

Au passage, la lieue, théoriquement « vingt-cinquième partie du  degré de méridien terrestre » (réf. Larousse) est évaluable à 4,445 km. Voilà donc  un homme qui devrait  nous couvrir ses 22,225 km dans l’heure, ce qui est de l’ordre des performances mondiales des spécialistes de l’heure d’aujourd’hui. Bel effort, mais justement, là, sans doute, pour le vieux gamin qui s’amuse ( ?), sans effort…Une bague comme un  rêve de dopage !

Avant d’abandonnner ces élucubrations, on citera l’Article 3  [qui reprend un terme latin que je croyais  au vocabulaire du  seul  Pascal Quignard, l’homme pour qui le sexe est effroi et qui sait du phallus tous les noms], article dans lequel on lit (c’est donc un vœu / privilège):

La  mentula, comme le doigt indicateur, pour la dureté et pour le mouvement ; cela  à volonté. La forme deux pouces de plus que l’orteil, même grosseur. Mais plaisir par  la mentula seulement deux fois la semaine.

Je suis quand même un peu atterré par – Béatrice Didier dixit – « ce texte étrange qui fut pendant trop longtemps méprisé par les stendhaliens mais dont V. Del Litto [in ‘Un texte capital pour la connaissance de Stendhal’ - Stendhal Club – 15 oct. 1961] a bien montré l’importance. »

Essayer de remonter au texte de  Del Litto ?…

À suivre … Dans l’immédiat, je vais traiter  comme une distraction potache et de second degré  (mais avec indulgence quand  même) ce petit caillou dans ma chaussure de lecteur et retenir  surtout l’agrément du ton libre et gai des Souvenirs à bride abattue de l’été 1832.

Posté par Sejan à 10:35 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 décembre 2008

Leuwen, prénom Lucien …

Je suis vaguement préoccupé par l’approche du cours 2008/2009 d’Antoine Compagnon qui redémarre  le 6 janvier prochain. L’idée de retrouver le chemin du Collège de France n’est pas désagréable en elle-même, mais je m’étais promis des réflexions et des lectures préalables qui sont restées assez virtuelles … Du coup, je suis sur des impressions de bon élève qui a mal préparé son contrôle à venir. Idiot.

Je viens de  (re ? Hmm…)lire Lucien Leuwen. J’avais même oublié que j’avais en rayon les deux tomes d’une édition Folio (Gallimard) qui porte la date de 1973. C’est la reprise du texte établi (et annoté) par Henri Martineau pour l’édition 1952 de la Pléiade. On sait que le roman est resté inachevé et qu’à sa mort (en 1842), Stendhal n’avait sérieusement révisé que les dix-huit premiers chapitres (sur soixante-huit). Outre les notes et une postface de Martineau, on trouve en ouverture une préface de Paul Valéry. Très intéressante. D’autant que plus que sur le roman lui-même, elle est centrée sur Stendhal écrivain et, largement, sur Stendhal metteur en scène de soi-même, ce qui fait un lien évident avec l’intitulé du cours à venir de Compagnon, Écrire la vie, si « la vie » est lu « sa vie »…ce qui me fait aussi penser qu’il y a urgence à relire la Vie d’Henry Brulard.

À relever des détails, on remarque que la figure féminine centrale de la première partie du roman, Mme de Chasteller, inspiratrice d’un amour platonique pour lequel je suis assez loin de partager les enthousiasmes de Paul Valéry, se prénomme Bathilde, comme la grand-mère du narrateur de la Recherche. Quant aux « enthousiasmes », en voici la trace :

« Jusque-là, je n’avais rien lu sur l’amour qui ne m’eût excessivement ennuyé, paru absurde ou inutile. Ma jeunesse plaçait l’amour si haut et si bas, que je ne trouvais rien d’assez fort, ni d’assez vrai, ni d’assez dur, ni d’assez tendre dans les œuvres les plus illustres. Mais dans Leuwen, la délicatesse extraordinaire du dessin de la figure de Mme de Chasteller, l’espèce noble et profonde du sentiment chez les héros, le progrès d’un attachement qui se fait tout-puissant dans une sorte de silence ; et cet art extrême de le contenir, de le garder à l’état incertain de soi-même, tout ceci me séduisit et se fit relire. »

Je laisse à Valéry la responsabilité de ses propos …

Autre amusement de détail, l’incipit du roman :

« Lucien Leuwen avait été chassé de l’École Polytechnique pour s’être allé promener mal à propos, un jour qu’il était consigné, ainsi que tous ses camarades : c’était à l’époque d’une des célèbres journées de juin, avril ou février 1832 ou 1834 ».

Ainsi, l’École Polytechnique, qui mène à tout comme chacun sait à condition d’en sortir (Compagnon ne démentira pas…). Stendhal en avait semble-t-il esquissé la préparation du temps de sa scolarité à l’École Centrale de Grenoble. Il octroie plus loin à Leuwen, bon prince, outre cette sortie un peu précipitée, un rang d’entrée flatteur : septième.

Quant aux hésitations sur les dates, elles sentent soit la rédaction de premier jet avec renvoi des vérifications à plus tard, soit la coquetterie, sans compter une pointe d’incohérence, la « célébrité » semblant peu compatible avec l’impossibilité d’une estimation plus précise.

Il s’agit en fait des journées des 5 et 6 juin 1832, première insurrection républicaine de la monarchie de Juillet, « initiée » par l’enterrement du général Lamarque, élu député en 1828 et l’un des chefs et principaux orateurs de l’opposition. Les insurgés,retranchés rue du Cloître-Saint-Merry, furent en grande partie massacrés par la garde nationale. Victor Hugo, dans Les Misérables, publié vingt ans après la mort de Stendhal, en a écrit l’épopée.

Pour revenir à Valéry, il a, dans sa préface, la lucidité assez dure quant au goût de se mettre en scène :

« Après tout, il ne doit pas être désagréable de se donner à soi-même, et de donner aux gens, par le seul fait de se déboutonner, la sensation de découvrir l’Amérique. Tout le monde sait bien ce que l’on verra ; mais il suffit d’ébaucher le geste, tout le monde est ému. C’est la magie de la littérature.

L’Egotisme littéraire consiste finalement à jouer le rôle de soi ; à se faire un peu plus nature que nature ; un peu plus soi qu’on ne l’était quelques instants avant d’en avoir eu l’idée. (…) on se dessine de plus en plus, et se perfectionne d’œuvre en œuvre selon le progrès même de l’art de l’écrivain, on se substitue un personnage d’invention que l’on arrive insensiblement à prendre pour modèle. (…)

Ce n’est jamais soi-même que l’on veut exhiber tel quel ; on sait bien qu’une personne réelle n’a pas grand-chose à nous apprendre sur ce qu’elle est. On écrit donc les aveux de quelque autre plus remarquable, plus pur, plus noir, plus vif, plus sensible, et même plus soi qu’il n’est permis, car le soi a des degrés. Qui se confesse ment, et fuit le véritable vrai, lequel est nul, informe, et, en général, indistinct. Mais la confidence toujours songe à la gloire, au scandale, à l’excuse, à la propagande.

(…)

En somme, la sincérité propre de Stendhal - comme toutes les sincérités volontaires, sans exception – se confondait avec une comédie de la sincérité qu’il se jouait. »

Oui, bien dur, tout cela, et peut-être pour partie excessif dans les généralisations. Mais qui sait … Toujours est-il que chacun en a sa part :

« … toujours et par tous les moyens, qu’il s’agisse de Pascal, de Diderot, de Rousseau ou de Beyle, et que la nudité qu’on nous exhibe soit d’un pécheur, d’un cynique, d’un moraliste ou d’un libertin, elle est inévitablement éclairée, colorée et fardée selon toutes les règles du théâtre mental. Nous savons bien qu’on ne se dévoile que pour quelque effet. »

À l’opposé de ces préoccupations, Henri Martineau, dans sa postface, donne quelques clés sous-jacentes aux personnages du roman, fournissant des modèles, et l’on peut se poser la question, même si la réponse doit sans doute être négative, de savoir si ce peut être en partie cela, « écrire la vie ». Mais au mieux, c’est plutôt ici la « décrire », encore que, par l’effort de reconstruction impressionniste d’un personnage à base de touches séparées reprises d’ici ou de là, ce pourrait plutôt être la « récrire » …Ainsi :

« Presque tous les nombreux personnages qui tiennent un rôle dans Lucien Leuwen doivent (…) quelques-uns de  leurs traits caractéristiques à des gens rencontrés par Beyle au cours d’une existence particulièrement nomade. Presque jamais cependant ils ne reproduisent servilement la ressemblance totale d’un contemporain ; ils sont plutôt composés par la fusion intime de plusieurs observations faites sur des plans différents. L’un d’eux peut ainsi sembler la réplique physique d’un être réel et tenir d’un autre son moral. Madame Grandet a reçu d’une certaine dame Gourieff sa beauté blonde et tient son caractère un peu vulgaire de madame Horace Vernet que Stendhal voyait fréquemment à Rome. Sa froideur serait celle de Madame de Sainte-Aulaire, tandis que sa jalousie doit beaucoup aux transports observés par Stendhal chez sa maîtresse, la comtesse Clémentine Curial. Marcel Proust, dans ses lettres, affirmait en user ainsi. (…) Tous ces emprunts, chez Stendhal, sont fondus avec tant de bonheur que le personnage en reçoit une vie singulière, à quoi se reconnaît au premier chef la profondeur du don psychologique de son créateur. (…) »

Je n’ai personnellement pas été outre mesure sensible, quoi qu’il en soit, à la vérité psychologique de personnages qui restent malgré tout – même sans atteindre, comme chez Balzac, à la caricature – des types. Mais enfin, on grappille, tout du long, maints sujets de divertissement, et la personnalité paradoxale du père de Lucien, banquier philosophe, mari aimant et grand amateur des petites vertus des loges de l’Opéra, est attachante, observateur lucide et fin qu’il est des nécessaires roueries de l’ascension sociale. On s’amuse beaucoup, saisi sur le tard par le démon de la politique et entré à la Chambre, à le voir manipuler un groupe de députés imbéciles qu’il veut s’inféoder.

« Un jour, après un excellent dîner, il les fit passer dans une chambre à part et voter gravement sur une question de peu d’importance que l’on devait discuter le lendemain. Malgré toute la peine qu’il se donna, à la vérité d’une façon fort indirecte et avec beaucoup de prudence, pour faire comprendre de quoi il s’agissait à ses députés, au nombre de dix-neuf, douze votèrent pour le côté absurde de la question. M.Leuwen leur avait promis d’avance de parler en faveur de l’opinion de la majorité. À la vue de cette absurdité, il eut une faiblesse humaine, il chercha à éclairer sa majorité par des explications qui durèrent une bonne heure et demie ; il fut repoussé avec perte, ses députés lui parlèrent conscience. Le lendemain, intrépidement, et pour son début à la chambre, il soutint une sottise palpable ; il fut tympanisé dans tous les journaux à peu près sans exception, mais sa petite troupe lui sut un gré infini ».

On peut noter au passage – la tournure est récurrente dans le roman – ce curieux (pour nous au moins)  « tympanisé », au sens de  désavoué, critiqué, morigéné, voire, au plus fort et au plus imagé, crucifié. Sans doute surtout faut-il voir là, simplement, la transcription directe car meurtrissant le tympan (pour parler comme un linguiste, la métonymie ?), d’un vulgaire « engueulé »…

Lucien Leuwen est par ailleurs un jeune homme prompt au duel, et cela nous vaut des pages instructives où la notion de point d’honneur dessine des contours dont nous avions perdu la marque. Une algarade avec  un comte de Beausobre, ministre de son état et passablement ridiculisé, autour d’une confuse autant que complexe affaire de détournement organisé de la loi électorale, ne manque sur ce plan ni d’information, ni de saveur, en nous laissant entrevoir aussi tout le subtil tissu des conventions à l’intérieur desquelles on décide, ou pas, d’aller au pré.

« Monsieur le comte, je suis nouveau dans les affaires, dit Lucien d’un ton marqué (…) J’ai voulu faire cesser aussi rapidement que possible un état de choses désagréable et peu convenable.

- Comment, monsieur, peu convenable ? dit [le comte] en prononçant du nez, relevant la tête encore plus [c’est un très petit homme] et redoublant d’impertinence. Mesurez vos paroles

- Si vous en ajoutez une seule sur ce ton, monsieur le comte, je donne ma démission et nous mesurerons nos épées. La fatuité, monsieur, ne m’en a jamais imposé.

M. de Vaize [c’est le ministre dont Lucien assure le secrétariat particulier] (…) entendit les derniers mots (…)

- De grâce, mon ami, de grâce, dit-il à Lucien. Mon cher collègue, c’est un jeune officier, dont je vous parlais. N’allons pas plus loin.

- Il n’y a qu’une façon de ne pas aller plus loin, dit Lucien avec un sang-froid qui cloua [les deux autres] dans le silence. Il n’y a absolument qu’une façon répéta-t-il d’un air glacial : c’est de ne pas ajouter un seul petit mot sur cet incident et de supposer que l’huissier m’a annoncé [on l’avait mal reçu et pas introduit] (…)

- Mais, monsieur, dit M . de Beausobre (…) en se redressant excessivement

- J’ai un million de pardons à  demander à  votre Excellence [ de Beausobre est ministre des Affaires étrangères] ; mais si elle ajoute un mot, je donne ma démission à M.de Vaize que voilà, et je vous insulte, vous, monsieur, de façon à rendre une réparation nécessaire à vous.

Allons-nous-en, allons-nous-en ! s’écria M.de Vaize fort troublé en entraînant Lucien (…) »

Les histoires de « mot-de-trop » en forme de « goutte-d’eau-qui-fait-déborder-le-vase », m’amusent toujours beaucoup..

Enfin, ainsi, c’est fait, j’ai lu Lucien Leuwen

Et j’ai passé quand même quelques bons moments.

Ah, mais j’allais oublier !…Je n’avais pas tourné mon feuillet de notes !

[1]- Je ne connaissais pas l’orviétan (qui revient au moins deux fois) : remède supposé guérir. Tellement « supposé » d’ailleurs que l’expression marchand d’orviétan se lit aussi charlatan.

[2]- Et puis, au détour d’une anecdote, le latinisme « Inde mali labes », ranimant un souvenir de quatrième dont je n’ai pas réussi à mieux cerner la source, dénonçant ici dans un contexte clair et causal, l’origine du malheur (inde = de là …) :

« Par politesse, Lucien abandonnait de temps à autre le cercle formé par les demoiselles de Serpierre autour de la lampe pour causer avec  l’ancien lieutenant du roi. Celui-ci aimait à  expliquer qu’il n’y avait de repos et de tranquillité pour la France qu’à la condition de remettre précisément  toutes choses sur le pied où elles se trouvaient en 1786.

-Ce fut le commencement de notre décadence, répéta plusieurs fois le bon vieillard ; inde mali labes »

[3]- Enfin, un « trait d’érudition » (le jugement est de Stendhal lui-même !) de Lucien :

« Il cita avec assez de brillant dans l’expression les Grecs du bas-empire qui disputaient sur la lumière incréée du Thabor, tandis que les féroces Osmanlis escaladaient les murs de Constantinople » . Effectivement …

À vouloir éclairer le passage, le non-spécialiste se heurte à pas mal de … complications.

Cette dénomination de « Bas-empire », d’abord, terme introduit par Camille Lebeau en 1752 pour désigner l’histoire de Byzance du IV° au XV° siècle et qui est aujourd’hui plutôt appliqué à la décadence de l’empire romain, de l’avènement de Dioclétien (en 284) à la  prise de Rome par Odoacre (en 476). Stendhal ici prend assurément l’acception de Lebeau.

Cette affaire de lumière incréée du Thabor ensuite.

Le mont Thabor est situé en basse Galilée, non loin de Nazareth, au sud-ouest du lac de Tibériade. C’est là que la tradition situe la Transfiguration du Christ (rapportée par Saint Luc, Evangile, chapitre 9).

En substance :

Jésus  « manifeste sa gloire » aux disciples Pierre, Jacques et Jean avant son agonie au Jardin des Oliviers. Son visage devient éclatant comme le Soleil, ses habits blancs comme la neige, la gloire de sa divinité rejaillissant sur tout son corps ; Moïse et Élie paraissent à ses côtés et s'entretiennent avec lui de la mort qu'il doit souffrir à Jérusalem. Devant les apôtres dans le ravissement, une nuée lumineuse couvre la scène, tandis qu'une voix se fait entendre : "Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances; écoutez-Le." Les trois apôtres saisis de frayeur tombent par terre; Jésus, s'approchant d'eux, les touche et leur dit de se lever; ils le redécouvrent alors dans son état ordinaire. Etc.

Cette « nuée lumineuse » sera le fond d’une dispute sans fin tendant à savoir s’il s’agit bien d’une lumière « créée » ou « incréée », manifestation visible de l’Esprit Saint.

Ainsi, parmi les commentaires de l’événement consultés sur Internet, celui-ci qui veut souligner le sens général de l’affaire :

« Le mystère de la Transfiguration confirme plusieurs articles de notre foi…à commencer par

la Trinité qui nous apparaît dans les trois personnes divines qui interviennent: le Père, qui rend témoignage à Son Fils; le Fils, qui montre Sa gloire; le Saint-Esprit, qui couvre tout ce tableau sous la forme d'une nuée resplendissante. »

Ces disputes autour du caractère incréé du halo de lumière entourant la vision des apôtres cristallisent autour de la querelle de l’hésychasme, méthode ascétique et mystique inscrite dans la spiritualité de l’église grecque orthodoxe qui s’installe avec les débuts au III° et IV° siècle du monachisme. L'ermite grec pratiquant cette méthode est  dit hésychaste ou   hésychiaste   [du grec hêsuchiastês (qui cherche le repos), lui-même d’ hèsuchos  (qui est en repos, littéralement : qui reste assis)].

Clin d’œil : par moquerie, il est aussi dit omphalopsyque (celui qui a son âme dans le nombril) car l’hésychaste prie la tête penchée sur la poitrine… Passons.

Et voilà le fond de la chose (source : internet):

« Les hésychastes se livraient à la vie contemplative, et la gloire céleste était le sujet de leurs méditations.

Ils faisaient des efforts immenses pour s'élever au-dessus des impressions des sens, et ils arrivaient, par une tension extrême de toutes leurs facultés, à un état d'hallucination où ils croyaient percevoir une lumière céleste, émanation de la gloire des bienheureux.

Ils s'imaginaient recevoir un avant-goût des béatitudes célestes en voyant une lumière éclatante qui, pour eux, n'était autre qu'une émanation de la substance divine, une lumière incréée, celle que les apôtres avaient vue sur le Thabor, à la transfiguration de Jésus-Christ. »

Clin d’œil (bis) : Comme les hésychastes priaient en gardant la tête penchée sur leur poitrine pendant un temps prolongé (cf. supra : «omphalopsyque»), il n’est pas exclu que leurs éblouissements aient pu être causés par l’afflux subséquent du sang vers le cerveau.

Tout le monde n’est pas convaincu. Et l’hésychasme est cause de nombreuses disputes, assemblées d'évêques, censures, livres pour ou contre.

Adversaire le plus notable : l'abbé Barlaam, natif de Calabre, moine de Saint-Basile, puis évêque de Gierace. Visitant au XI° siècle les monastères du mont Athos où ces mystiques bizarres étaient en fort grand nombre, il condamne cette « folie », traite les moines de fanatiques et les censure vivement.

Mais Grégoire Palamas (XIV° siècle), archevêque de Thessalonique, va prendre leur défense et faire condamner Barlaam dans un concile de Constantinople en 1341.

Grégoire Palamas composera les "Triades pour la défense des saints hésychastes".

Dieu, d'après Palamas, habite dans une lumière éternelle distincte de son essence ; les apôtres virent cette lumière sur le Thabor, et toutes les créatures qui en sont dignes peuvent en recevoir une portion.

À noter : La doctrine palamite, distinguant en Dieu l'essence et le participable (les energies), est un point de théologie encore discuté par les Eglises d'Orient et d'Occident. Me laisse rêveur

Montesquieu  [Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734) / Chapitre XXII : Faiblesse de l’empire  d’Orient ] a fait allusion à cette affaire :

« Il arriva (…)  la querelle [qu’eut] Barlaam contre les moines, et qui tourmenta cet empire jusqu’à sa destruction. On disputait si la lumière qui apparut autour de Jésus-Christ sur le Thabor était créée ou incréée. Dans le fond, les moines ne se souciaient pas plus qu’elle fût l’un que l’autre ; mais, comme Barlaam les attaquait directement eux-mêmes, il fallait nécessairement que cette lumière fût incréée. »

Le  « cadrage » Barlaam - Concile de Constantinople (de 1341, cité plus haut) se montre en termes de dates contemporain des  « féroces Osmanlis », fournissant au « trait » de Lucien une cohérence historique. Lesdits Osmanlis sont donnés (Le Robert) comme « l’une des tribus turcomanes venues s’installer en Asie Mineure lors de l’invasion saljûdiqe » … où le terme « Saljudiqes » désigne une dynastie turque, puissante essentiellement du X° au XIII° siècle (et à l’évidence copieusement « envahissante »), représentant la première époque de l’histoire des Turcs au Proche et Moyen-Orient.

Voilà. Je m’en serais voulu de laisser « l’érudition » de Leuwen-Stendhal dans une ombre complète, tout en m’étonnant d’une époque où l’on prêtait à un tout jeune dandy passant le plus clair de son temps à cheval ou en conversations mondaines l’épaisseur de connaissances d’un  vieux rat de bibliothèque. Combien de nos jeunes énarques jongleraient aujourd’hui avec ces enjolivures culturelles ?

Une remarque encore. Discutant du prochain cours de Compagnon avec une retraitée  lyonnaise des Lettres qui se trouve être ma sœur, je me suis vu indiquer un petit livre de Stefan Zweig (que j’ai facilement trouvé en poche) : Trois poètes de leur vie (Stendhal, Casanova, Tolstoï). Intéressant, non ? D’abord, on retrouve Stendhal, ensuite, comment ne pas comparer les intitulés ? L’un parle d’écrire sa vie, l’autre … d’en faire un poème ? Lire Zweig et y revenir…

Posté par Sejan à 17:20 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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