Mardi 10/02/009

Les Mémoires inachevés de Germaine Tillion

Tzvetan Todorov – CNRS.

Todorov… Compagnon le présente : « Voilà quelqu’un qui a changé… ». L’intéressé sourit., sans commentaire. Cheveux blancs. Il a aimé le cours précédent avec l’envie – sagement réprimée – d’y mettre son grain de sel.

Je n’ai pas gardé un souvenir précis de la lecture pourtant presque récente (septembre 2008 ?) de son petit livre chez Flammarion : La littérature en péril. Moyennement intéressant me semble-t-il . Et puis, en termes de contenu, rien qui ait surnagé. 

Et je ne parviens pas, relisant mes notes de son exposé de mardi dernier, à me motiver au point d’en faire un compte-rendu développé. Je me suis assez ennuyé. Ce que j’ai gribouillé est plus clair que d’habitude, pourtant, d’une linéarité qui faciliterait bien la restitution. Mais le thème déjà ne me passionnait pas, l’espoir d’une évocation de l’ethnologue centenaire n’étant pas de ceux qui me font lever le matin, et puis, outre que le rapport avec MSP (hmm : Montaigne / Stendhal / Proust) ne me sautait pas aux yeux, le déroulé des contenus entre 17h30 et 18h30, pseudo-débat avec Compagnon inclus, ne me semble avoir rien fait émerger de consistant sinon une seule idée, qui pouvait s’énoncer en quelques phrases :

Germaine Tillion était ethnologue

Le second conflit mondial, la Résistance, Ravensbruck, où elle est déportée et dont elle revient, décentrent totalement sa vision des choses, son regard sur la vie et son approche de la réflexion scientifique. La guerre d’Algérie n’arrangera pas les choses. Alourdie de conceptions déchirées et qu’elle ne fait pas aboutir (Fragments de vie et tentative d’osmose entre l’observation scientifique et la réflexion personnelle laissés au fond d’un tiroir), elle poursuit une très longue carrière qui la ramène à l’ethnologie après un détour par l’Histoire immédiate et, à ne pas être parvenue à faire porter tous ses fruits à ce dialogue qu’elle poursuit en elle de l’objectivité de la scientifique et de la subjectivité du témoin, elle a peut-être échoué à opérer, dans le champ d’activité où  elle a tant réfléchi, l’Ethnologie et plus globalement les Sciences Humaines, une révolution méthodologique dont elle était porteuse.

Voilà.

Pour jalonner le terrain, d’autres noms, représentatifs de près, de loin ou en rupture, de démarches dans la direction que fait supposer ce souci de distinguer le scientifique de l’homme, ou de comprendre comment le second interagit avec le premier, ou de donner une issue constructive à l’apparente incompatibilité de l’humeur et de la rigueur, ou d’intégrer positivement la dimension personnelle à l’abstrait du regard clinique, ou de ne pas occulter le vécu de l’observateur dans l’analyse de l’observé, ou etc. ; on voit passer:

Jean-Pierre Vernant : parce qu’il n’a jamais rien écrit de son expérience de résistant

Stéphane Audoin-Rouzeau : parce qu’il a souligné que les spécialistes des sciences sociales n’ont jamais témoigné d’eux-mêmes (et qui accessoirement est frère de Fred Vargas, auteur de (très bons) romans policiers et mère de papier du commissaire Adamsberg)

Marc Bloch : qui laissera filtrer dans son œuvre des traces de son expérience de la Seconde Guerre – Bloch, fondateur avec Lucien Febvre de l’Ecole des Annales, torturé et fusillé (Gestapo) en juin 1944

Marcel Mauss (1872-1950) : parce que « père de l’Ethnologie Française » et dont Germaine Tillion fut l’élève

Louis Dumont (1911-1998) : parce qu’anthropologue et que … (non noté)

Malinowski (Bronislaw ; 1884-1942) : parce qu’anthropologue, ethnologue, sociologue, et mis en avant (débat) par Compagnon comme ayant dans ses écrits su rendre le vécu présent…

Jean-Norton-Cru : pour sa compilation de témoignages sur le premier conflit mondial

Rainer Maria Rilke : parce que, sans doute dans sa monographie consacrée à Rodin vers  1905, il a affirmé que la création et la vie ne se croisent jamais

Cette autobiographie de Germaine Tillion, laissée dans l’ombre et que Todorov a retrouvée dans ses archives après sa mort, elle va être par ses soins prochainement publiée sous le titre – déjà cité ci-dessus – Fragments de vie.

« Nous attendons cela avec  impatience », risque in fine Compagnon, dans un nous extensif par lequel, décidément, injustice faite sans doute à une grande femme, je suis prêt à en convenir, je ne me sens guère concerné.

Du coup, j’ai relu La Nausée.