Etats d’âme …

Décidément, on est empêtrés dans Barthes et on a bien du mal à en sortir, au propre comme au figuré. Comme prévu, la leçon du jour est restée sur l’affaire et Compagnon a même notablement aggravé son cas en se noyant dans des circonlocutions alambiquées pour aborder – mon hypothèse de la semaine passée était donc la bonne – les pages 81-82 du Journal de deuil et parler de l’interlocuteur AC en lequel il s’est reconnu.

Je donne ces deux pages dans leur intégralité (notes de l’éditeur comprises) :

** (page 81) 29 Novembre

« Deuil »

Expliqué à AC, dans un monologue, comment mon chagrin est chaotique, erratique, ce en quoi il résiste à l’idée courante – et psychanalytique – d’un deuil soumis au temps, qui se dialectise, s’use, « s’arrange ». Le chagrin n’a rien emporté tout de suite – mais en contrepartie, il ne s’use pas.

À quoi AC répond : c’est ça le deuil. (Il se constitue ainsi en sujet du Savoir, de la Réduction) – j’en souffre. Je ne puis supporter qu’on réduise – qu’on généralise – Kierkegaard1 – mon chagrin : c’est comme si on me le volait. 

1. « Dès que je parle, j’exprime le général, et si je me tais nul ne peut me comprendre ». Soren Kierkegaard, Crainte et Tremblements, traduction de P.-H. Tisseau,  préface de Jean Wahl, Aubier Montaigne, «Philosophie de l’esprit », p.93. Roland Barthes a souvent fait référence à ce texte. 

** (page 82) 29 Novembre

« Deuil »

[Expliqué à AC]

Deuil : ne s’use pas , non soumis à l’usure, au temps. Chaotique, erratique : moments  (de chagrin / d’amour de la vie) aussi frais maintenant qu’au premier jour.

Le sujet (que je suis) n’est que présent, il n’est qu’au présent. Tout ceci ≠ psychanalyse : dix-neuviémiste : philosophie du temps, du déplacement, modification par le temps (la cure) ; organicisme

Cf. Cage1

  1. Le « présent » est l’un des éléments fondamentaux de la recherche du compositeur américain John Cage. Voir notamment à ce sujet les entretiens de John Cage avec Daniel Charles dans Pour les oiseaux, Belfond, 1976, ouvrage qui figurait dans la bibliothèque de Roland Barthes.

***

Antoine Compagnon est visiblement assez désemparé, déstabilisé. Il se lance dans des explications à la fois redondantes et vides sur la difficulté qu’on rencontre à affronter le problème de sa propre présence dans l’écrit de vie d’un autre. Il dit : « … gêne, embarras … Le texte est de 1977… C’est loin …En feuilletant le livre, j’avais sauté quelques pages, car j’y avais reconnu mes initiales… Tout écrit de vie engage d’autres personnes, c’est pourquoi on attend souvent la mort des sensibilités qui pourraient être choquées, c’est pourquoi Proust a attendu la mort de sa mère, mais Montesquiou pouvait se reconnaître en Charlus ….Il y a là une expérience qui fait partie du récit de vie … Derrière les initiales, je reconnais d’ailleurs aussi d’autres personnes… On redoute cette rencontre … Une vie, je l’ai dit, est un récit [on va s’apercevoir qu’il parle, là, de la sienne] … Que faire d’un nouveau témoignage, inattendu… Et qui peut-être s’intègre mal dans l’histoire qu’on se raconte à soi-même, qui conduit à une révision de sa propre identité … C’est la scène de la Recherche où le narrateur se voit vu par M. de Norpois, l’affaire de son mouvement réprimé, et qu’il avait cru non aperçu, non deviné, pour lui baiser, de reconnaissance, les mains … Ce moment de honte dont nous avons parlé [Tout le passage est dans la Leçon n°7]… Il y a une perte d’assiette, quand on se voit ainsi « en son absence », quand on est « suspendu à sa propre absence » [il est revenu à son cas personnel] … Henry James ne se reconnaissait pas auteur dans son premier roman, à le relire, ou Montaigne reprenant plusieurs années après ses premiers chapitres des essais. … Ce trouble devant un texte ancien qu’on a écrit… On met en œuvre des rituels incantatoires, des procédures d’évitement [il en fait vraiment, et assez inexplicablement, des tonnes ! Ou alors il faut aller au bout, expliquer en quoi la déstabilisation est si profonde. Qu’est-ce qui, dans les deux pages reproduites ci-dessus est de nature à bouleverser « l’homme Compagnon ». D’une certaine façon, on ne lui a rien demandé, mais puisqu’il a choisi de mettre l’affaire sur le tapis, l’impudeur ne peut pas s’arrêter en chemin. Qu’est-ce qui ne va pas, là-dedans ? Quelle est l’atroce révélation subliminale ? Rien ? Bon, et alors ? Si c’est juste Annie Ernaux se voyant dans un film en super-huit,  il n’y a vraiment pas de quoi  faire un plat !  ] … Dans la Chambre claire [il est brusquement repassé à Barthes], à propos des photographies, il dit que puisqu’il y a photo, c’est que « ça a été » ». Barthes a retrouvé une photographie dont il est incapable de retrouver où elle a été prise.  « J’inspectais la cravate, le pull-over, …[rien, et cependant] je ne pouvais nier que j’avais été là  (…) cela me donna un vertige, une angoisse policière, le thème de Blow up n’était pas loin … »… Ce sont là des occasions de confusion qu’on cherche à éviter [Compagnon est revenu à son cas personnel]… malgré tout, j‘y suis allé…. »

Là, Antoine Compagnon lit et commente succinctement (en fait son « commentaire » n’est que le contenu de la note infra-paginale sur Kierkegaard) les deux pages que j’ai reproduites ci-dessus. On retrouve dans la première ce que, dit-il, « j’ai déjà dit sur le refus du temps, du deuil qui s’arrange, avec le distinguo deuil≠chagrin ».  Barthes est blessé par le « c’est ça le deuil », et – Compagnon souligne, dans ce qui peut être compris comme une volonté de marquer l’influence sur Barthes de sa remarque (il ne le dit pas,  mais j’imagine : remarque probablement machinale… On n’est jamais « dans » l’auto-analyse de l’autre et c’est ainsi qu’on fait des réponses stéréotypées à des plaintes profondes ) – il souligne qu’à partir de là, Barthes ne parlera plus de deuil, mais uniquement de chagrin : Note du 30 novembre (le lendemain) « Ne pas dire Deuil. C’est trop psychanalytique. Je ne suis pas en deuil. J’ai du chagrin ». Compagnon, avec Barthes, dit que Proust parle peu de deuil, seulement de chagrin. J’aurais donc été, pense Compagnon, l’agent de la réduction, j’aurais représenté la doxa – il complète : au front de taureau, comme dit Baudelaire-.

La plupart des interlocuteurs, ajoute-t-il, sont dans cette position, blessent en généralisant, font comme si un deuil pouvait se raconter et se conclure. [Chacun sait bien que c’est exactement le cas, mais aussi  que dans le moment de la douleur, on s’exclut de la loi commune et on revendique, pour soi, l’exception du deuil inaltérable et éternel]  On trouve ainsi plus loin, dit-il, les initiales Cl.M. Il s’agit de Claude Maupomé, décédée le 31 mars 2006, productrice en son temps, sur France-Musique, de l’émission du dimanche « Comment l’entendez-vous ? ». Là encore, Barthes va être choqué. [C’est à la page 160 (je la redonne in extenso)] :

**

16 juin 1978

Parlant à Cl .M. de l’angoisse que j’ai à voir les photos de maman, à envisager un travail à partir de ces photos : elle me dit : c’est peut-être prématuré.

Quoi, toujours la même doxa (la mieux intentionnée du monde) : le deuil va mûrir (c’est à dire que le temps le fera tomber comme un fruit, ou éclater comme un furoncle).

Mais pour moi, le deuil est immobile, non soumis à un processus : rien n’est prématuré à son égard (ainsi ai-je rangé l’appartement , dès le retour d’Urt [dès l’enterrement au cimetière d’Urt] : on aurait pu dire aussi : c’est prématuré). 

***

Fin de la parenthèse, dit Compagnon. Une parenthèse qui, même si j’ai commencé par elle, ne s’est pas ouverte en début de séance. Il lui fallait sans doute s’y préparer. Mais pour quel fruit ?

Je l’ai déjà évoqué : Pourquoi cette longue, lourde, pesante incidente ? Rien de vraiment personnel n’a été analysé sur les leçons de son apparition [AC] dans ce Journal de deuil. Certes, il s’attribue la décision de Barthes de resserrer son vocabulaire, plus de deuil : du chagrin. Mais ce n’est pas cela qu’il avait annoncé. Ce que l’on attendait, c’était un développement sur cette projection de soi hors de soi qu’est le regard explicité d’un autre … Or… Rien. Et  donc assez inutile tout ça, outre qu’hors propos. Les deux pages de Barthes incriminées peuvent simplement donner de AC, jeune homme de 27 ans devenu des proches du pape de la critique littéraire des années 1970, une image un peu autosatisfaite, dans une affirmation (« C’est ça, le deuil ») qui fait soudain, abruptement, la leçon au grand intellectuel de 62 ans qui le chaperonne. Se voir et se comprendre jeune sot dans le regard et la douleur de l’autre est une leçon d’humilité qu’il n’a pas semble-t-il voulu tirer. C’est elle qui aurait pu éventuellement m’intéresser. En même temps, combien banale… Pourquoi dévoyer si longtemps le cours sur un si mince sujet ? Le professeur a un hoquet. La littérature s’en doit-elle trouver ébranlée ?

Je l’ai dit en rendant compte de la Leçon 9, il y a une seconde occurrence de AC, en page 146, reproduite ci-après dans sa totalité :

**

(7 juin. Exposition « Dernières années de Cézanne1 », avec AC)

Mam. : comme du Cézanne (les aquarelles de la fin).

Le bleu Cézanne. 

  1. L’exposition « Cézanne, les dernières années » s’est tenue au Grand Palais à Paris du 20 avril au 23 juillet 1978.

***

Cette fois, AC n’a rien dit, du moins  qui méritât d’être noté…

<<… Digression : À ouvrir la page 146 pour la recopier, je relis la 147 , que voici (in extenso)

**

9 juin 1978

Par amour, FW est ravagé, souffre, reste prostré, requis, absent à tout, etc. Cependant il n’a perdu personne, l’être qu’il aime vit, etc. Et moi, à côté de lui, moi qui l’écoute, j’ai l’air calme, attentif, présent, comme si quelque chose d’infiniment plus grave ne m’était pas arrivé. 

***

Infiniment plus grave ? Vraiment ?

J’ignore tout de FW, et Compagnon ne m’a pas dit qui se cachait sous les deux initiales, mais il y a, dans cette remarque de Barthes, un jugement discutable et intéressant. Évidemment, la douleur qu’on éprouve est par définition à nulle autre pareille etc. et en outre, ici, de la présenter apparemment maîtrisée sert d’argument pour l’affirmer plus profonde que la superficialité de l’amour dépité. Et pourtant…

La douleur de la rupture, si c’est une rupture qui dévaste FW, dure sans doute moins longtemps, mais est souvent plus aiguë et probablement plus déstabilisante que le deuil. Le chagrin n’est pas une remise en cause de soi et – même conscient de la provocation – je ne serais pas loin d’adopter le slogan : plutôt veuf que cocu !

Fermons le ban……>>

Retour à la séance, et à ses débuts.

Compagnon s’est donc installé, 16h30, pour rappeler , beaucoup plus rapidement qu’il n’en est coutumier, la fin de la précédente session. Pour une fois, c’est droit au but. Nous parlions de Barthes et de son  Journal de deuil ? Et bien, nous continuons …

Il dit : « écrit de vie paradoxal, preuve par 9 du lien étroit entre vie et récit ». J’ai déjà eu l’occasion (en 2006-2007) de souligner les dangers de l’expression, tant la preuve par 9 limite son efficacité aux situations où elle permet de débusquer la fausseté, mais en aucune façon ne fonde la validité de l’hypothèse « L’opération est exacte » posée. Passons. On voit ce qu’il veut dire.

On lit dans ce Journal le refus du temps du récit car il serait celui de la consolation du deuil. Or, on veut [Barthes] le retour du même, du chagrin qui doit rester « immuable et sporadique ».

On trouve, page 105 (in extenso) :

**

18 février 1978

Deuil : j’ai appris qu’il était immuable et sporadique : il ne s’use pas, parce qu’il n’est pas continu.

Si les interruptions, les sauts étourdis vers autre chose viennent d’une agitation mondaine, d’une importunité, la dépression s’accroît. Mais si ces « changements » (qui font le sporadique) vont vers le silence, l’intériorité, la blessure de deuil passe à une pensée plus haute. Trivialité (de l’affolement) ≠ Noblesse (de la Solitude) 

***

… et aussi, page 135 (in extenso) :

**

12 mai 1978 [Deuil]

J’oscille – dans l’obscurité – entre la constatation (mais précisément : juste ?) que je ne suis malheureux que par moments, par à-coups, d’une façon sporadique, même si ces spasmes sont rapprochés – et la conviction qu’au fond, en fait, je suis sans cesse, tout le temps, malheureux depuis la mort de mam. 

***

Compagnon avait évoqué en Leçon 9, son regret de n’avoir pas eu le temps de relire préalablement à ce qu’il voulait nous dire de Barthes, Albertine disparue. Il a rattrapé son retard. Un écrit de deuil exemplaire, souligne-t-il, où se retrouve ce retour du même longuement analysé, dans une belle illustration aussi de la multiplicité des moi, tant de l’endeuillé que du disparu, rappelé dans sa pluralité à tout moment. Il lit :

« Pour que la mort d’Albertine eût pu supprimer mes souffrances, il eût fallu que le choc l’eût tuée non seulement en Touraine, mais en moi. Jamais elle n’y avait été plus vivante. Pour entrer en nous, un être a été obligé de prendre la forme, de se plier au cadre du temps ; ne nous apparaissant que par minutes successives, il n’a jamais pu nous livrer de lui qu’un seul aspect à la fois, nous débiter de lui qu’une seule photographie. Grande faiblesse sans doute pour un être de consister en une simple collection de moments ; grande force aussi ; il relève de la mémoire, et la mémoire d’un moment n’est pas instruite de tout ce qui s’est passé depuis; ce moment qu’elle a enregistré dure encore, vit encore, et avec lui l’être qui s’y profilait. Et puis cet émiettement ne fait pas seulement vivre la morte, il la multiplie. Pour me consoler ce n’est pas une, ce sont d’innombrables Albertine que j’aurais dû oublier. Quand j’étais arrivé à supporter le chagrin d’avoir perdu celle-ci, c’était à recommencer avec une autre, avec cent autres ».

Et,  sans commentaire, il enchaîne sur une autre citation, un membre de phrase (ci après entre accolades et souligné) mais que je donne prolongé au paragraphe qui l’inclut :

« Alors ma vie fut entièrement changée. Ce qui en avait fait, et non à cause d’Albertine, parallèlement à elle, quand j’étais seul, la douceur, c’était justement, {à l’appel de moments identiques, la perpétuelle renaissance de moments anciens}. Par le bruit de la pluie m’était rendue l’odeur des lilas de Combray ; par la mobilité du soleil sur le balcon, les pigeons des Champs-Elysées ; par l’assourdissement des bruits dans la chaleur de la matinée, la fraîcheur des cerises ; le désir de la Bretagne ou de Venise par le bruit du vent et le retour de Pâques. L’été venait, les jours étaient longs, il faisait chaud. C’était le temps où de grand matin élèves et professeurs vont dans les jardins publics préparer les derniers concours sous les arbres, pour recueillir la seule goutte de fraîcheur que laisse tomber un ciel moins enflammé que dans l’ardeur du jour, mais déjà aussi stérilement pur. De ma chambre obscure, avec un pouvoir d’évocation égal à celui d’autrefois, mais qui ne me donnait plus que de la souffrance, je sentais que dehors, dans la pesanteur de l’air, le soleil déclinant mettait sur la verticalité des maisons, des églises, un fauve badigeon. Et si Françoise en revenant dérangeait sans le vouloir les plis des grands rideaux, j’étouffais un cri à la déchirure que venait de faire en moi ce rayon de soleil ancien qui m’avait fait paraître belle la façade neuve de Bricqueville l’Orgueilleuse, quand Albertine m’avait dit : « Elle est restaurée. » Ne sachant comment expliquer mon soupir à Françoise, je lui disais : « Ah ! j’ai soif. » Elle sortait, rentrait, mais je me détournais violemment, sous la décharge douloureuse d’un des mille souvenirs invisibles qui à tout moment éclataient autour de moi dans l’ombre : je venais de voir qu’elle avait apporté du cidre et des cerises qu’un garçon de ferme nous avait apportés dans la voiture, à Balbec, espèces sous lesquelles j’aurais communié le plus parfaitement, jadis, avec l’arc-en-ciel des salles à manger obscures par les jours brûlants. (…) Je disais à Françoise de refermer les rideaux pour ne plus voir ce rayon de soleil. Mais il continuait à filtrer, aussi corrosif, dans ma mémoire. « Elle ne me plaît pas, elle est restaurée, mais nous irons demain à Saint-Martin le Vêtu, après-demain à... » Demain, après-demain, c’était un avenir de vie commune, peut-être pour toujours, qui commençait, mon cœur s’élança vers lui, mais il n’était plus là, Albertine était morte ». 

Il saute de là à Barthes et à une citation déjà donnée en Leçon 9 et qui constitue un extrait (entre accolades et souligné) de la page 60,  que je donne en totalité:

**

15 Novembre

Il y a un temps où la mort est un événement, une ad-venture, et à ce titre mobilise, intéresse, tend, active, tétanise. Et puis un jour, ce n’est plus un événement,{c’est une autre durée, tassée, insignifiante, non narrée, morne, sans recours : vrai deuil insusceptible d’aucune dialectique narrative}. 

***

…. Et il paraphrase / développe: « On trouve ici ce temps du deuil non accessible à la narration, à laquelle on s’oppose avec la dernière énergie pour ne pas justement le nier [le deuil]. D’où cette affaire de dialectique. Il y a refus de « faire signifier » le deuil. Le deuil , c’est quelque chose comme l’envers du récit ».

Multiples, dans le Journal, sont ces évocations du deuil comme paysage morne, plat, expérience mélancolique proche de nombreuses pièces des Fleurs du mal, ou du Spleen de Paris, dans une notion d’espace sans horizon.

Motif premier, essentiel, la découverte de la mortalité du fils révélée par la mort de la mère [j’ai déjà dit combien cette pseudo-découverte me sidérait … par sa banalité] débouchant sur l’installation dans l’attente de la mort, et qu’il redit proche de la mélancolie baudelairienne, avec une référence complémentaire aux analyses de Jean Starobinski soulignant chez le poète une condamnation à vivre au delà de la mort, dans un sentiment aussi de présent rejeté à l’infini, comme une éternité répétée, comme un infini de malédiction : « Je me sens condamné à vivre, depuis des mois qui ont été pour moi des siècles… ».

Voir, dit Compagnon, Le masque (il ne le cite pas). Les derniers vers s’articulent directement avec son propos :

« - Mais pourquoi pleure-t-elle ? Elle, beauté parfaite
Qui mettrait à ses pieds le genre humain vaincu,
Quel mal mystérieux ronge son flanc d'athlète ?

- Elle pleure, insensé, parce qu'elle a vécu !
Et parce qu'elle vit ! Mais ce qu'elle déplore
Surtout, ce qui la fait frémir jusqu'aux genoux,
C'est que demain, hélas! il faudra vivre encore !
Demain, après-demain et toujours ! - comme nous !
»

Starobinski, dit Compagnon qui me semble s’éloigner en petites foulées de Barthes, rapproche cette mélancolie du délire d’immortalité, qui prendrait deux formes : soit un « ne pas pouvoir mourir », soit un « être déjà mort et voué à une éternelle survie », où se reconnaîtraient tantôt Le juif errant  [le mythe – sauf erreur médiéval  -  du cordonnier qui a refusé d’aider le Christ vacillant sous sa charge sur son chemin de croix (contrairement à ce que sera l’attitude de Simon de Cyrène) et qui depuis erre éternellement, ne pouvant perdre la vie parce qu’il a perdu la mort et par là aussi le repos, le répit, le salut …) tantôt Les sept  vieillards (baudelairiens ; il ne cite toujours pas) :

« (…)

Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes
Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux,
Et dont l'aspect aurait fait pleuvoir les aumônes,
Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux,
M'apparut. (…)


Son pareil le suivait : barbe, œil, dos, bâton, loques,
Nul trait ne distinguait, du même enfer venu,
Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques
Marchaient du même pas vers un but inconnu.

A quel complot infâme étais-je donc en butte,
Ou quel méchant hasard ainsi m'humiliait ?
Car je comptai sept fois, de minute en minute,
Ce sinistre vieillard qui se multipliait !

Que celui-là qui rit de mon inquiétude,
Et qui n'est pas saisi d'un frisson fraternel,
Songe bien que malgré tant de décrépitude
Ces sept monstres hideux avaient l'air éternel ! (…) »
 

Il n’y  a d’ailleurs, dit Compagnon, guère de différence entre n’en plus finir de mourir et n’en plus finir de survivre …  Ce sentiment d’errance perpétuelle, on le relit chez Barthes, dit-il  [bon, finalement, il ne divergeait pas …] . Il ne donne pas de référence. Impression seulement diffuse ? Il me semble que j’avais vu passer un rêve de plage où il avançait, sans limite… Je ne le retrouve pas. Seulement ceci, qui est la page 63 (in extenso) :

**

16 Novembre

Parfois bouffées de désirs (par exemple du voyage en Tunisie) ; mais ce sont des désirs d’avant – comme anachroniques ; ils viennent d’une autre rive, d’un autre pays, le pays d’avant. – Aujourd’hui, c’est un pays plat, morne – sans presque de points d’eau – et dérisoire. 

***

Et Compagnon continue ses allers-retours baudelairiens … il cite le dernier vers du Rêve d’un curieux La toile était levée et j’attendais encore ») :

« (…)

J'étais comme l'enfant avide du spectacle,

Haïssant le rideau comme on hait un obstacle...

Enfin la vérité froide se révéla :

J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore

M'enveloppait. - eh quoi ! N'est-ce donc que cela ?

La toile était levée et j'attendais encore » .

… puis les dernières strophes  du Squelette laboureur :

« (…)

Voulez-vous (d'un destin trop dur
Épouvantable et clair emblème !)
Montrer que dans la fosse même
Le sommeil promis n'est pas sûr ;

Qu'envers nous le Néant est traître ;
Que tout, même la Mort, nous ment,
Et que sempiternellement,
Hélas ! il nous faudra peut-être

Dans quelque pays inconnu
Écorcher la terre revêche
Et pousser une lourde bêche
Sous notre pied sanglant et nu ?
»

… pour re-basculer sans transition vers des extraits du Journal de Barthes - soulignés - dans des pages minimalistes que je donne en entier:

page 224 :

« 4 Novembre 1978

Ces notes de deuil se raréfient. Ensablement. Quoi, devenir inexorable, oubli ? (« maladie »  qui passe ?) Et pourtant …

Pleine mer de chagrin – quitté les rivages, rien en vue. L’écriture n’est plus possible ».

page 119 :

« 1er avril 1978

En fait, au fond, toujours ceci : comme si j’étais comme mort ».

Toute tentative pour « donner du sens », pour « sortir de là », serait impie, dit Compagnon, elle dénaturerait le deuil. L’émotion est dit-il extrême, très proustienne, très « Albertine disparue »… et il continue à citer  Barthes:

Page 85 :

« 30 novembre

À chaque « moment » de chagrin, je crois que c’est celui-là même où pour la première fois je réalise mon deuil.

Cela veut dire : totale intensité »

.. et puis trois pages « cinématographiques » (j’ai déjà donné les deux premières  dans le compte-rendu de la leçon 9, mais puisqu’il y vient, je les reprends ; se reporter à cette leçon pour les notes (Stavisky ; batik)) :

page 123 :

« Urt. Film de Wyler, La Vipère (The Little Foxes) avec Bette Davis.

-         La fille parle à un moment de « poudre de riz »

-         Toute ma petite enfance me revient. Maman. La boîte à poudre de riz. Tout est là, présent. Je suis là.

®  Le Moi,ne vieillit pas.

(Je suis aussi « frais » que du temps de la Poudre de riz ») »

page 136 :

« Hier soir, film stupide et grossier, One Two Two. Cela se passe à l’époque de l’affaire Stavisky, que j’ai vécue. En général, cela ne me rappelle rien. Mais tout d’un coup, un détail de décor me bouleverse : simplement une lampe à abat-jour plissé, cordelière pendant. Mam. en faisait – comme elle avait fait du batik. Tout elle me saute au visage »

page 184 :

« 29 juillet 1978

(Vu un film d’Hitchcock, Les Amants du Capricorne)

Ingrid Bergman (c’était vers 1946) : je ne sais pourquoi, je ne sais comment le dire, cette actrice, le corps de cette actrice m’émeut, vient toucher en moi quelque chose qui me rappelle mam. ; sa carnation, ses belles mains si simples, une impression de fraîcheur, une féminité non-narcissique … »

Curieusement, commente Compagnon, ces réminiscences intégrales à partir d’un détail sont liées à des films, pas à des photographies, contrairement au « détail poignant », au « punctum »  photographique de la Chambre claire où il critique justement par comparaison le cinéma, pris dans le continu de la vie (et c’est négatif).

Peut-être à cause de la disponibilité accentuée par la mélancolie qui est la sienne devant un film dans lequel « il n’entre pas ». C’est le Casanova de Fellini qu’il avait évoqué dans la Chambre claire : « J’étais triste, le film m’ennuyait … ». Un bref éclairage de Compagnon là dessus m’échappe … J’entends « succession d’images », mais je perds le schéma raisonné où l’inclure …

Dans le deuil, dit encore Compagnon, le moi reste intact, réveillé par le moindre hasard, et il ressuscite soudain en entier. Mais demeure aussi – et il dit : comme dans Albertine disparue – la peur d’oublier :

Page 67 :

« 19 novembre

Voir avec horreur comme simplement possible le moment où le souvenir de ces mots qu’elle m’a dits ne me ferait plus pleurer … »

Ensuite, et de part et d’autre de la longue parenthèse embarrassée et finalement assez vaine par laquelle j’ai commencé, le cours n’est au fond plus qu’une suite de citations du Journal de deuil. Leur mise bout à bout se suffit probablement à elle-même dans l’esprit de Compagnon qui commente peu (ou paraphrase), laissant se dérouler les notations de Barthes, brefs et ponctuels éclairages sur la modification progressive, fût-elle non voulue, d’un deuil qui se refuse le glissement  affectif qu’il décrit, où l’émotivité calme peu à peu sa houle et où le souci se fait jour de donner un sens, par le témoignage et, comme un tombeau mallarméen (Memento illam vixisse / Souviens-toi que celle-là a vécu), le « Monument », à la noirceur érodante du chagrin.

Je donne les pages intégralement et dans l’ordre où Compagnon s’y est référé.

Page 16 :

« 27 octobre

Dès qu’un être est mort, construction affolée de l’avenir (changements de meubles, etc) : aveniromanie. »

Page 151 :

« 11 juin 1978

L’après-midi avec Michel [sauf erreur, son frère], trié les affaires de mam.

Commencé le matin à regarder ses photos.

Un deuil atroce recommence (mais n’avait cessé).

Recommencer sans repos. Sisyphe. »

Page 113 :

« 23 mars 1978

Apprendre la (terrible) séparation de l’émotivité (elle s’apaise) et du deuil, du chagrin (il est là) ».

Page 112 :

« 22 mars 1978

Quand le chagrin, le deuil prend son régime de croisière … »

Page 163 :

« 21 juin

Relu pour la première fois ce journal de deuil. Pleuré chaque fois qu’il y est question d’elle – de sa personne – non de moi.

L’émotivité, donc, revient.

Fraîche comme au premier jour de deuil ».

Page 157 :

« 14 juin 1978

(Huit mois après) : second deuil ».

Page 114 :

« 23 mars 1978

Hâte que j’ai (sans cesse vérifiée depuis des semaines) de retrouver la liberté (débarrassé des retards) de me mettre au livre sur la Photo, c’est-à-dire d’intégrer mon chagrin à une écriture.

Croyance et, semble-t-il, vérification que l’écriture  transforme en moi les « stases » de l’affect, dialectise les crises.

-         Le Catch : écrit, plus besoin d’en voir

-         Le Japon : idem

-         Crise Olivier® Sur Racine

-         Crise RH ® Discours Amoureux »

Naguère honnie, dit Compagnon, la dialectique revient ………

Page 143 :

« 31 mai 1978

Ce n’est pas de solitude que j’ai besoin, c’est d’anonymat (de travail).

Je transforme « Travail » au sens analytique (Travail de Deuil, du Rêve) en « Travail » réel – d’écriture.

Car :

Le « Travail » par lequel (dit-on) on sort des grandes crises (amour, deuil) ne doit pas être liquidé hâtivement ; pour moi il n’est accompli que dans et par l’écriture ».

Page 125 :

« Vers le 12 avril 1978

Ecrire pour se souvenir ? Non pour me souvenir, mais pour combattre le déchirement de l’oubli en tant qu’il s’annonce absolu. Le –bientôt – « plus aucune trace », nulle part, en personne.

Nécessité du « Monument ».

Memento illam vixisse ».

Page 144 (Compagnon n’a lu que le « souligné »):

« 5 juin 1978

Chaque sujet (c’est ce qui apparaît de plus en plus) agit (se démène) pour être « reconnu ».

Pour moi, à ce point de ma vie (où mam. est morte) j’étais reconnu (par les livres). Mais chose étrange – peut-être fausse -, j’ai le sentiment obscur qu’elle n’étant plus là, il me faut me faire reconnaître de nouveau. Ce ne peut être en faisant n’importe quel livre de plus : l’idée de continuer comme par le passé à aller de livre en livre, de cours en cours m’a été tout de suite mortifère (je voyais cela jusqu’à ma mort).

(D’où mes efforts actuels de démission).

Avant de reprendre avec sagesse et stoïcisme, le cours (d’ailleurs non prévu) de l’œuvre, il m’est nécessaire (je le sens bien) de faire ce livre autour de mam.

En un sens, aussi, c’est comme s’il me fallait faire reconnaître mam. Ceci est le thème du « monument » ; mais :

Pour moi, le Monument n’est pas le durable, l’éternel (ma doctrine est trop profondément le Tout passe ; les tombes meurent aussi), il est un acte, un actif qui fait reconnaître ».

Page 154 (idem ; seul le souligné est lu):

« 13 juin 1978

Non pas supprimer le deuil (le chagrin) (idée stupide du temps qui abolira) mais le changer, le transformer, le faire passer d’un état statique (stase, engorgement, récurrences répétitives de l’identique) à un état fluide ».

Page 216 (… le souligné):

« 6 octobre 1978

[Cette après-midi, embarras épuisants de tâches en retard. Ma conférence au Collège ® Pensée du monde qu’il risque d’y avoir ® Emotivité ® PEUR. Et je découvre ( ?) ceci :]

PEUR : toujours affirmée – et écrite – comme centrale chez moi. Avant la mort de mam., cette Peur : peur de la perdre.

Et maintenant que je l’ai perdue ?

J’ai toujours PEUR, et peut-être plus encore, car, paradoxalement encore plus fragile (d’où mon acharnement à la retraite, c’est-à-dire à joindre un lieu intégralement à l’abri de la Peur).

-         Peur, donc, de quoi maintenant ? – De mourir moi-même ? Oui, sans doute – Mais, me semble-t-il, moins – je le sens – car, mourir, c’est ce qu’a fait mam. (fantôme bienfaisant du : la rejoindre).

-         Donc, en fait : tel le psychotique de Winnicot, j’ai peur d’une catastrophe qui a déjà eu lieu. Je la recommence  sans cesse en moi-même sous mille substituts.

-         D’où, sur l’heure, tout un emportement de pensées, de décisions

-         Exorciser cette Peur, en allant là où j’ai peur (lieux faciles à repérer, grâce au signal d’émotivité)

-         Liquider d’arrache-pied ce qui m’empêche, me sépare d’écrire le texte sur mam. :le départ actif du Chagrin ; l’accession du Chagrin à l’Actif.

[Texte qui devrait finir sur cette fiche, sur cette ouverture (accouchement, défection) de la Peur] ».

Référence à Nietzsche là, dit Compagnon, et au livre de Deleuze sur Nietzsche, livre important pour Barthes. Les forces actives, le triomphe de la volonté qui distingue l’éternel retour comme retour du même dans le mouvement, l’action de la vie … Barthes parlera de Vita Nova, de transformer le deuil en action de vie, de transformer le deuil en acte de volonté ….

Page 84 (non lue ; donnée ici note incluse):

« 30 novembre

Vita nova1, comme geste radical (discontinuer – nécessité de discontinuer ce qui marchait avant sur sa lancée)

Deux voies contradictoires sont possibles :

1)      Liberté, Dureté, Vérité (retourner ce que j’étais)

2)      Laxisme, Charité (accentuer ce que je suis)

1. Ce désir d’une vita nova, vie radicalement nouvelle appelée par le deuil de l’être aimé, renvoie explicitement à la démarche de Dante qui invente avec Vita Nova une forme narrative et poétique pour dire l’amour et le deuil. Au cours de l’été 1979, Roland Barthes rédigera, sous le titre Vita Nova, un projet dont la mère, mam., aurait été l’un des protagonistes essentiels. Cf. Œuvres complètes, tome V, pp. 1017-1018.    »

Compagnon arrête là la leçon, sans réelle conclusion formelle.

Qu’en sera-t-il de la suite?

Je ne l’ai pas trouvé outre mesure constructif aujourd’hui, assez à la remorque de Barthes, sans vrai prolongement du texte.

Sa relecture d’Albertine disparue n’a guère ajouté à l’analyse, sauf indication large : douleur proustienne… On le devinait sans mal à lire les pages du Journal de deuil  où Barthes, justement, a lui-même relu quelques passages de la Recherche … et de la biographie de Painter.

A moins qu’il ne se réserve d’approfondir encore dans la ou les prochaines leçons, façon de revenir à Marcel et à l’écrit de vie du narrateur dans son rapport à la mort, de la mère, de la grand-mère, venant « compléter » celle d’Albertine.

Ce Journal de deuil de Barthes, il était au programme des critiques de l’émission de Jérôme Garcin, Le Masque et la Plume, dimanche 8/3, deux jours avant la leçon. Il y avait là, entourant Garcin, Patricia Martin, Arnaud Viviant, Nelly Kapriélian et Michel Crépu.

Quelques notes :

-         Michel Crépu a trouvé admirable, « faisant sens » ; il se dit bouleversé par la simplicité du texte et fasciné par la rencontre du grand théoricien, de l’homme, et de l’enfant, dans la confrontation de la théorie et de l’épreuve humaine. Il voit là comme une réponse aux Fragments d’un discours amoureux. Le texte est, dit-il, inclassable et répond en même temps au souci constant de Barthes du « Neutre », au souci d’échapper aux pré-formes….

-         Nelly Kapriélian risque me semble-t-il de timides réserves, se pose des questions sur la note du 31 octobre 1977  à laquelle Compagnon s’est référé dès le départ (« Je ne veux pas en parler de peur de faire de la littérature … »), croit sentir là le deuil d’un livre  qui n’a pas eu lieu, et se fait engueuler car on lui dit : La Chambre claire.

-         Patricia Martin repart de là, parle du Journal comme revers de la Chambre claire ; elle a senti Barthes « englué dans la banalité du chagrin », sensible à cela : « qu’il ne veut plus être qu’à son chagrin ». Elle dit essayer de deviner en filigrane « leur couple » (mam. et lui) et s’affirme très choquée par la référence de Barthes à la notion de « place ». C’est page 225 : « [Barthes évoque au départ sa belle-sœur Rachel dans un cocktail mondain)  assise (…) un peu à l’écart, (…) digne, « à sa place », comme les femmes ne le sont plus et pour cause puisqu’elles ne veulent plus de place – sorte de dignité perdue et rare – qu’avait mam. (elle était là, d’une bonté absolue, pour tous, et cependant « à sa place ») ».  Patricia Martin est outrée : « Qu’est-ce que ça veut dire ? On dit ça d’un chien ! Il n’y a que les chiens qui sont « à leur place »… ».

-         Arnaud Viviant.  Anecdotique : Barthes avait caché son homosexualité à sa mère, lui qui fréquentait assidûment le Palace… . Savez-vous que souvent, à des visiteurs, elle disait : « Je trouve que Roland met bien du temps à se marier… ». Il est sensible au fait que la mort de sa mère l’enferme pourtant, au contraire, au lieu de le libérer. Il veut rester chez lui, où sa mère n’est plus mais a laissé sa trace. On sent combien maintenant il est condamné à mort. Et il meurt exactement 24 mois au jour près après sa mère. Ce livre lui a fait l’effet d’un Bonzaï, d’une plante lyophilisée, il est en attente de nombreux arrosages pour pouvoir grandir.

Pour information ……….