Mémoire-de-la-Littérature

Compte-rendu [subjectif] du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. 2006-2007-2008-2009-... (Avec parfois annexes)

14 mars 2009

Séminaire n° 10 – Mardi 10/03/2009

Témoignage et Ecriture

  *    Jacques Rancière    *

J’ai quitté le Collège de France et le Séminaire n°10 mardi dernier avec deux mots en tête : Salmigondis et Galimatias ; et puis, dans un petit porte-documents, une demi-douzaine de feuillets : des notes.

Des notes ? Oui, enfin, des choses écrites, une saisie à la volée de lambeaux de phrases hachées soutenues par une gestuelle à base de tics nerveux avec très copieux assaisonnement de « Disons… », l’ensemble m’ayant laissé épuisé et plein de respect pour un Compagnon impavide ayant essuyé pendant cinquante minutes des rafales ininterrompues… mais  auxquelles, à y  bien réfléchir, le « débat » final pouvait laisser penser qu’il n’avait accordé que l’attention distanciée qu’elles se donnaient les moyens formels de mériter …

Enfin, là, il faut rendre compte. Angoissante question : De quoi ?

Bon. Déchiffrons les notes …

Succincte présentation de Compagnon : Philosophe avec changement de cap et réorientation partielle vers la réflexion littéraire ; intérêt pour Mallarmé vieux d’une décennie puis publication de Politique de la littérature il y a deux ans -  Invité empêché lors de la précédente année scolaire. Je vous en prie, à vous…

Ayant expliqué que le titre de son séminaire était destiné à lui permettre de raconter n’importe quoi, Jacques Rancière resserre un peu le propos : Je voudrais aborder la figure du témoin comme porteur d’un mode spécifique de parole.  Sans limiter la question à la Shoah qu’on n’appellera pas Shoah pour écarter les mésinterprétations, ni d’ailleurs au génocide juif qu’on ne désignera pas ainsi pour endiguer les contestations, non plus qu’à une extermination dont le nom couvrirait pourtant d’un voile moins polémique la même affaire.

La préparation d’artillerie de ces précautions oratoires me laisse rêveur.

La réflexion, annonce Rancière, portera sur le statut de l’écriture, du discours (du témoin), dans son rapport avec les autres écritures (discours), dans son rapport avec la vérité.

Jacques Rancière articule le début de son intervention sur l’avertissement dont les éditeurs ont jugé nécessaire de faire précéder le livre-témoignage d’un survivant des camps, Philippe (Filip) Müller : Trois ans dans une Chambre à gaz à Auschwitz.

Avec les réserves usuelles quant à la fiabilité des informations recueillies via Wikipédia, je donne ci-après la longue notice qui y est consacrée à Philippe Müller.

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Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Filip Müller (né en 1922 à Sered, dans l'actuelle Slovaquie) est l’un des survivants du camp de concentration et d’extermination nazi d’Auschwitz en Pologne. Il est en particulier l’un des 98 prisonniers ayant été affectés aux Sonderkommandos et ayant survécu.

Filip Müller est l’un des principaux témoins de l’extermination à Auschwitz I et II (Auschwitz-Birkenau). Son témoignage a pris diverses formes : oralement lors du procès d’Auschwitz à Francfort ou en 1985 dans Shoah, le documentaire du cinéaste français Claude Lanzmann et surtout par écrit avec la rédaction d'un témoignage : Trois ans dans les chambres à gaz, paru en 1979 en Allemagne et en 1980 en France.

Eléments / Détails

1942-1945 : PRISONNIER AU CAMP D’AUSCHWITZ

Le 13 avril 1942, Filip Müller, qui n'a que vingt ans, arrive à Auschwitz avec l’un des premiers transports de Juifs Slovaques. Sur ce convoi de 1 000 personnes, 10 sortiront vivantes du camp en 1945.

Dans le camp d'Auschwitz, les prisonniers étaient marqués par tatouage. Filip Müller se voit attribuer et tatouer sur le bras le matricule 29 236. Très rapidement puni  (pour avoir voulu boire du thé), il est envoyé après quelques semaines dans l’un des premiers Sonderkommandos qui  n'étaient alors composés que de deux équipes de quelques hommes dont le travail imposé était la crémation des corps des prisonniers morts dans le camp.

Filip Müller est ainsi le témoin de la mise en place, par un processus progressif, des modalités de l’extermination par balles (pour les groupes de moins de 200 personnes) et au gaz (pour les plus grands groupes), qui ont lieu au K I (premier crématoire du camp) dont la morgue a été aménagée en chambre à gaz. Bien que progressive, cette mise en place est rapide. Heinrich Himmler, dirigeant des SS et de la Gestapo, avait en effet annoncé « la solution finale de la question Juive » à Rudolf Höß, le commandant du camp d’Auschwitz : des transports de déportés Juifs allaient ainsi commencer à arriver quotidiennement en vue de leur extermination.

Filip Müller croit alors pouvoir échapper à l’horreur du Sonderkommando : il achète pour cela la capacité d’un prisonnier à le faire changer de commando. Cette occasion est tout à fait exceptionnelle : les membres des Sonderkommandos étaient régulièrement exécutés afin qu’il n’y ait aucun témoin de l’extermination. On considère que de 2 000 à 2 200 prisonniers ont été affectés aux Sonderkommandos pour le seul camp d’Auschwitz. Une fois affecté à un Sonderkommando, il était impossible de le quitter. Filip Müller est la seule exception à ce principe connue à ce jour. Ce n’est explicable que parce qu’il a intégré l’un des premiers Sonderkommandos, qui ne portait d’ailleurs pas encore ce nom mais celui de "Krematorium Kommando" ; il ne s'agissait alors pas encore de la solution finale. Très vite, les membres du Sonderkommando seront totalement isolés des autres prisonniers du camp afin d’éviter tout contact.

Filip Müller va alors être envoyé à la Buna d’Auschwitz III Monowitz mais les conditions de travail (le « Vernichtung durch Arbeit ») et un accident le font envoyer à l’hôpital de Birkenau. Il y est un « Muselman » c'est-à-dire, dans le langage du camp, un homme à bout, sans plus de force, physique ni mentale. De nouveau la chance va intervenir, car un de ses amis y est médecin et réussira à le faire sortir du Revier, ce prétendu hôpital où l’on ne peut guère soigner, étant donné les conditions qui y règnent, et que l’on ne quitte, dans la plupart des cas, que pour être envoyé à la chambre à gaz.

À l'été 1943, un SS reconnaît Filip Müller, alors au commando des éplucheurs de pommes de terre, et il est renvoyé au Sonderkommando. Il est affecté durant quelques semaines au K II (qui fonctionne depuis mars 1943) puis définitivement au K V. Quatre crématoires (complexes de mise à mort composés d'un vestiaire, d'une ou plusieurs chambres à gaz et d'une salle des fours) ont en effet été construits à Birkenau entre la fin 1942 et le printemps 1943.

Filip Müller a été affecté au Sonderkommando en guise de punition, mais les membres des Sonderkommandos étaient toujours affectés par le processus de “sélection” comme pour tous les autres commandos. Ils ignoraient bien évidemment ce qu’ils allaient devoir faire. Ils étaient choisis sur des critères de jeunesse et de robustesse apparente et découvraient avec horreur ce que serait leur « travail » : sortir les corps des chambres à gaz, vérifier la présence d’or (dentaire inclus) et tous objets de valeur qui seraient remis aux SS, tondre les cheveux des femmes puis incinérer les corps. À sa libération, Filip Müller racontera comment la torture et la mort ont été réservées aux membres des Sonderkommandos qui s'étaient risqués à conserver un objet de valeur afin de tenter de l’échanger.

Ces hommes n’avaient d’autre choix que l’obéissance ou la mort immédiate, et l’ensemble des témoignages des survivants, qu’ils aient été membres d'un Sonderkommando ou non, montre comment la volonté de vivre est d’une puissance extraordinaire, quelle que soit la situation vécue.

En avril 1944, son ami Alfred Wetzler réussit une évasion avec Walter Rosenberg (Rudolf Vrba). Filip Müller lui avait remis toutes sortes d’informations (un plan des crématoires, une évaluation de l’extermination selon ce qu’il pouvait voir et savoir des convois arrivant aux K IV et V, etc). Wetzler et Vrba devaient en effet rédiger un rapport destiné à informer le monde de ce qui se passait quotidiennement à Auschwitz afin d’essayer d’éviter aussi la déportation et l’extermination des Juifs de Hongrie. Bien que ce rapport fût rédigé, il resta sans effet.

Filip Müller témoigne aussi de la liquidation du camp des Theresienstädter et du camp des Tziganes, deux groupes vivant à Birkenau dans des conditions particulières qui furent finalement menés pour la plupart aux chambres à gaz.

Il évoque également la révolte du Sonderkommando le 7 octobre 1944. Il y avait alors 663 prisonniers au Sonderkommando, répartis sur les quatre crématoires. À l’issue de cette révolte, trois SS ont été tués, le K IV a été détruit mais personne n'a pu s'enfuir. Seuls 200 prisonniers ont été gardés en vie au Sonderkommando parce qu'ils n'étaient pas suspectés d'avoir participé à la révolte, soit parce qu'ils avaient été enfermés dans leur crématoire, soit parce qu'ils n'en avaient pas vu le déclenchement. En novembre 1944, après les derniers gazages, les K II et III sont démolis et la moitié des hommes du Sonderkommando sont tués. 70 sont affectés aux travaux de démolition et 30 autres – dont Filip Müller - au service du K V qui restera en fonctionnement jusqu’à l’évacuation le 18 janvier 1945 pour assurer la crémation des corps des prisonniers mourant dans le camp. Ces cent prisonniers - les seuls survivants des Sonderkommandos - réussiront à se mêler aux autres prisonniers du camp dans la confusion générale lors de l’évacuation du camp devant l’avancée des troupes soviétiques.

Durant cette évacuation qu'on a appelée "marche de la mort", les prisonniers sont contraints à marcher vers l'Ouest, et ceux qui ne peuvent suivre parce qu'épuisés sont abattus. Filip Müller ira ainsi à Mauthausen puis à Melk et à Gusen (en Autriche) où à nouveau une interminable colonne de prisonniers est jetée sur les routes pour des journées de marche. Ils arriveront dans un camp où baraquements et miradors sont en place sans présence de SS. C’est là qu’il sera libéré. Son livre se termine sur ces phrases : « Je n’étais plus qu’une épave vivante (…) même plus capable de ressentir une émotion (…) je regardais au loin, dans le vide, incapable de réaliser que j’avais définitivement échappé au Sonderkommando d’Auschwitz. »

Son témoignage après la guerre

Filip Müller a été suivi médicalement durant des années après la guerre. Il livre pourtant son premier témoignage à Prague en Tchécoslovaquie en 1946, alors qu’il est gravement malade. Sorti des hôpitaux en 1953, il viendra au procès d’Auschwitz à Francfort (d'octobre 1963 à août 1965) où il témoignera les 5 et 8 octobre 64. « Das war meine Aufgabe » (« C’était mon devoir ») dira-t-il plus tard.

Simultanément, constatant la méconnaissance des Sonderkommandos, il lui paraît nécessaire de témoigner de ce qu'il a vécu et il commence à rédiger des notes qui seront la trame de son futur livre. Il y travaillera plusieurs années. Cet ouvrage s'avère en effet être une pièce maîtresse dans l'étude du sujet pour les historiens. En 1969, du fait des évènements qui secouent Prague, il quitte sa ville et s’installe en Allemagne de l'Ouest. 

……>> 

Jacques Rancière, donc, prend pour point de départ l’avertissement de l’éditeur : « Philippe Müller n’est pas un écrivain (…) Il s’agit ici d’un document à l’état brut. Etc. » et se demande : Pourquoi ?

Suit une série assez touffue de questions plus ou moins sans réponses à travers lesquelles Rancière évoque la classification habituelle du document brut comme à l’opposé du travail littéraire, rappelle qu’on affecte en général de ce nom des textes qui heurtent les usages, dont le ou les auteurs sont souvent culturellement frustes, qu’on assortit de notes d’accompagnement, des textes que mettent en perspective des commentaires d’historiens. Il ne trouve pas d’allusion à ces éléments  dans  un préambule de l’éditeur qui l’étonne aussi parce qu’il ne dit rien sur la vérité de ce qui est consigné dans le livre. Simplement, il y revient, ce soulignement : Ceci n’est pas le fruit d’un travail d’écriture, ou, de réécriture. Et il s’en étonne d’autant plus que, dit-il, Philippe Müller n’a rien d’un autodidacte … et qu’il écrit comme un écrivain. Alors ?

Rancière énonce – pour moi un peu confusément – l’exigence d’un lien dans le témoignage entre l’écriture et ce dont elle parle. Il indique  deux critères : la proximité (dans le temps ; le témoignage succède immédiatement à l’événement ; on témoigne « à chaud ») et la nécessité (le témoin est sommé de, conduit à s’exprimer sous la pression d’une requête qui lui est extérieure) ; et il dit ne retrouver aucun de ces deux critères associé au livre de Müller : le livre est publié plus de trente ans après les faits et c’est l’auteur qui de son propre mouvement a décidé de se souvenir.

De ce « Philippe Müller n’est pas un écrivain » avancé par l’éditeur, Jacques Rancière tire l’idée reçue d’une assimilation de la forme littéraire à la fiction, une sorte de « C’est trop écrit pour être vrai ». Je rappellerai qu’on est, là, dans le fil de l’attaque de Valéry contre la perfection formelle de Pascal, évoquée dans la leçon n°2.  Comme si la véracité exigeait la maladresse …

Mais Rancière organise différemment la question, demandant au témoignage (à ce témoignage, à Müller ? Les articulations du discours me paraissent filandreuses… ce sera, entre deux haussements d’épaules et trois contractions désordonnées des maxillaires,  une constante de la séance) non seulement des comptes sur l’exactitude des faits, mais dans quelle mesure il peut (le témoignage) à travers eux, locaux, mettre en évidence le processus global d’extermination en marche (ce qui semble bien centrer l’affaire sur Müller).

Clairement (cette fois) : Quel type de vérité un agencement de mots peut-il donner à /  extraire d’un ensemble de faits ?

Il veut rapprocher cette interrogation de deux autres (à moins qu’il ne s’agisse d’une bi-reformulation):

-         De quoi témoigne le témoin ?

-         Comment cela se manifeste-t-il ? 

et il n’hésite pas à remonter à la Rhétorique d’Aristote : il y  va chercher quelques définitions – dont il souligne plusieurs fois à quel point elles sont éloignées de nos conceptions actuelles, modernes . Il trouve trace d’un distinguo entre témoins « anciens » et témoins « récents ».

Seraient classés dans les premiers les poètes, les hommes illustres, les proverbes (la « sagesse populaire »), les regards sur le  (voire du) passé (Homère [ IX° siècle avant J.C.] « témoin » (interprète) de la bataille (navale) de Salamine [480 avant J.C. ; le stratagème victorieux de Thémistocle et d’Eurybiade se jouant de la flotte perse sous les yeux de Xerxès]).

Se retrouveraient parmi les seconds les hommes « notables » ayant produit ou proféré un jugement sur les événements, et les hommes ayant eu plus directement part à l’affaire examinée, lesquels d’ailleurs sont potentiellement susceptibles de faux témoignage, car peut-être « intéressés », et à qui on ne demande de parler que de l’existence des faits débattus, sans jugement sur leur qualité ou leurs effets , directs ou collatéraux.

Rancière note que pour Aristote, ce sont plutôt les «témoins / témoignages » qu’il classe « anciens » (et que nous modernes tendrions à écarter) qui sont validés par leur caractère incorruptible (ils n’ont pas intérêt à l’affaire ; leur notabilité les met au-dessus du soupçon …). Ils savent les règles qui permettent de qualifier les faits, ils savent distinguer parmi les faits ceux dignes d’être retenus etc. Le témoin idéal dit Rancière, en simple relais d’Aristote, réaliserait s’il se pouvait  l’union entre participation aux faits et qualité de la parole.

Il y a là – et il évoque l’introduction aux Chroniques de Froissart – les éléments d’une « histoire chroniqueuse » que le XX° siècle dénoncera, trop assise sur le Noble, l’homme Illustre, comme transmetteur. Rancière croit toutefois trouver encore des restes de cette approche à travers  les remarques de Walter Benjamin sur le narrateur / conteur : celui dont la parole est toujours précédée de la parole, qui déploie l’art de raconter  en connexité avec l’art de conseiller. Et il rapproche cette figure de l’aphasie des survivants du premier conflit mondial, incapables de raconter une expérience que, pour la première fois, nulle autre expérience antérieure et semblable n’a balisée. Ce qui dit-il n’a donné d’autre issue au non-témoignage que la littérature, le roman « sur » et, partant, le roman comme une continuité rompue, devant laquelle le lecteur se retrouve « seul ».

Deuxième figure du témoin, annonce à ce moment-là Rancière… Donc, nous venons d’épuiser la première. Soit. Nous venons sans doute d’examiner la première de ses deux ci-dessus questions, celle qui énonçait : De quoi témoigne le témoin ?

Aborderions-nous : Comment cela se manifeste-t-il ?

C’est un appendice du Nouveau Testament, rajouté à l’évangile de Jean et pas très clairement apocryphe, souligne Jacques Rancière, qui le requiert. Le récit d’un nouveau miracle. Postérieur à la mort du Christ et à son ascension.  Voici le texte :

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[21]

Après cela, Jésus se manifesta aux disciples sur les bords de la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta. Simon-Pierre, Thomas qu’on appelle Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : « Je vais pêcher ». Ils lui dirent : « Nous allons avec toi ». Ils sortirent et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prirent rien. C’était déjà le matin lorsque Jésus vint se placer sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Il leur dit : « Eh, les enfants, n’avez-vous pas un peu de poisson ? ». « Non », lui répondirent-ils. Il leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez ». Ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu’ils ne pouvaient plus le ramener. Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, Simon-Pierre ceignit un vêtement, car il était nu, et il se jeta à la mer. Les autres disciples revinrent avec la barque, en tirant le filet plein de poissons : ils n’étaient pas bien loin de la rive, à 200 coudées environ. Une fois descendus à terre, ils virent un feu de braise sur lequel on avait disposé du poisson et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc ces poissons que vous venez de prendre ». Simon-Pierre remonta donc dans la barque et il tira à terre le filet que remplissaient 153 gros poissons, et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit : « Venez déjeuner ». Aucun des disciples n’osait lui poser la question « Qui es-tu ? » : ils savaient bien que c’était le Seigneur. Alors Jésus vient ; il prend le pain et le leur donne ; il fit de même avec le poisson. Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples depuis qu’il s’était relevé d’entre les morts.

Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime », et Jésus lui dit alors : « Pais mes agneaux ». Une seconde fois, Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? ». Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime ». Jésus dit : « Sois le berger de mes brebis ». Une troisième fois, il dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » ; Pierre fut attristé de ce que Jésus avait dit une troisième fois : « M’aimes-tu ? ».  Et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t’aime ». Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis. En vérité, en vérité je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais ; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas ». Jésus parla ainsi pour indiquer de quelle mort Pierre devrait glorifier Dieu ; et sur cette parole, il ajouta : « Suis-moi ».

Pierre s’étant retourné vit derrière lui le disciple que Jésus aimait, celui qui, au cours du repas, s’était penché vers sa poitrine et qui avait dit : « Seigneur, qui est celui qui va te livrer ? ». Quand il le vit, Pierre dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? » Jésus lui répondit : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Suis-moi ». C’est à partir de cette parole qu’on a répété parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. En réalité Jésus ne lui avait pas dit qu’il ne mourrait pas, mais bien : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe».

C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité.

Jésus a fait encore bien d’autres choses : si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait.

…>>

Jacques Rancière n’a pas lu, mais assez largement résumé ce passage, évoquant ensuite Erich Auerbach (1892-1957) et son travail sur la représentation de la réalité dans la littérature occidentale : Mimésis, pour lire dans ce « rajout évangélique » une introduction au réalisme. Rupture, dit-il, avec le discours du « grand destin » par la focalisation sur de « menus faits » dont l’accumulation construit une véracité, évoquant aussi Diderot et son « art du bon conteur » avec ce « ressenti » : « Ma foi, cela est vrai, on n’invente pas ces choses-là ».

Mais le témoin, dit-il, ne fait pas que décrire, il « qualifie » les faits. Et dans cet épisode final de l’évangile de Jean, le récit répète quelque chose qui avait été annoncé, qui s’éclaire par d’autres passages [que je n’ai pas cherchés, donc pas trouvés].

Et Rancière a cette formule : « Ce qui « témoigne », c’est l’articulation entre les corps et le texte qui les qualifie », affirmation qu’à l’évidence il trouve suffisamment « expliquée » par la reprise de ces lignes, qu’il relit… : 

<<[Jésus dit à Pierre : « Suis-moi »] Pierre dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? » Jésus lui répondit : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?>>

ce qui me reste obscur, hormis qu’après avoir conseillé à Simon-Pierre de « paître ses brebis », Jésus, agacé, l’envoie lui-même paître…

Qu’a-t-il voulu indiquer (Rancière, pas Jésus) ? Il distingue – il y revient immédiatement – une « qualité » des faits rapportés qui excède leur seule «exactitude». Quelle est cette « qualité » ? Leur valeur justement « testimoniale » ? Une valeur plus riche que leur simple apparence de menus faits ? La nuance entre un ‘‘anodin-anodin’’ et un ‘‘anodin-qui-fait-sens ? Savoir qu’il y a 153 poissons fait-il sens ? Il a semblé souligner, insister sur le nombre ! S’il y en avait eu 154, l’évangile s’en trouvait-il affaibli ? Combien étaient les fils de Zébédée ? Car si l’on compte bien, avec Jésus mais sans eux, les convives sont 7 autour des poissons. Et si ces fils sont deux, cela fait : 9. Or 153 est divisible par 9.

Suis-je dans la plaisanterie mécréante (à 17 gros poissons par tête, bonjour l’appétit !) ou fais-je ici sens évangélique?

En tout cas, il tient à ses « corps », Rancière, qui revient sur l’ensemble de sa présentation pour dire : Le témoin ancien (aristotélicien), notable, respectable, renvoie à une histoire chroniqueuse ; le témoin christique, dans la présence attestée des corps, rejoint la révolution scientifique moderne qui a privilégié les non-parleurs, dans des traces muettes mais qui ne peuvent pas mentir (on peut supposer qu’il est en train d’escalader la double hélice de l’ADN (?)) ; le témoin christique porte l’histoire sur son corps, ce paradigme scientifique, dans une révolution-révocation de la hiérarchie traditionnelle des « parleurs ».

Trop fort ! … comme on dit dans les cours de récréation.

Non qu’on ne puisse voir s’esquisser une argumentation ; on comprend, je crois, les lignes de force ; mais on peut formuler quand même ce souhait, d’une plus grande proximité avec Boileau : « Ce que l’on conçoit bien, etc. »

Dans la foulée, Balzac, Hugo et Michelet sont convoqués, réputés chantres des « témoins muets », lignes du paysage, fissures des murs, aveux des sillons … vérité des corps muets, vérités archéologiques et vérités paléontologiques.

Et Rancière dit : Voyez le développement sur Cuvier dans La Peau de Chagrin. 

Ce qui se transmet alors, prolonge-t-il, car il a aussi rappelé , à côté de leur exactitude et de leur qualité, l’exigence de « transmissibilité » des témoignages, ce qui se transmet alors, donc, c’est moins la leçon des événements que la couleur du temps. Veut-il suggérer un contexte ? une contextualisation ? une atmosphère ? l’esprit d’un environnement ?

Il enchaîne : « La question du témoin, c’est la question de la faille dans la réalité historique, la question du point aveugle : ‘‘Comment qualifier un événement qui fait rupture dans la continuité entre les faits et la parole ?’’ ». Profond ? Peut-être. Limpide ? Pas sûr !

Quand il disait « qualité » tout à l’heure, est-ce, ainsi, « qualification » qu’il fallait entendre ? Comme on dit, dans les procédures judiciaires, que les faits ont été « requalifiés » ?

Mais revenons, dit Jacques Rancière, à notre texte initial, à Philippe Müller

Müller a attendu trente ans pour « écrire » son témoignage ? Mais seule la parole différée peut transmettre, dit Rancière. L’image tient au corps, colle au corps  et dès lors elle témoigne d’une continuité là où il faut reconnaître une rupture. C’est en ce sens que le témoin « à distance » peut, lui, témoigner.

On comprend mieux ce qu’il met derrière ces mots par la projection à laquelle il fait immédiatement procéder : un extrait du film de Claude Lanzmann, Shoah, où l’on voit l'ancien barbier de Treblinka, Abraham X…, dans son salon de coiffure, traitant un quinquagénaire grisonnant et ondulé d’un ciseau agile et cliquetant, et tâchant de plus en plus péniblement, à la demande du cinéaste en voix off, de rassembler les souvenirs d’autres coups de ciseaux, pour d’autres têtes sur le point d’être gazées, tâchant de rassembler des souvenirs, de laisser monter des émotions, de trouver des mots pour dire l’indicible, exhibant n’y pas parvenir et finalement se taisant, larmes aux yeux, mais presque jusqu’au bout sans interrompre le geste professionnel du moment, dans ce  salon de coiffure où d’autres comme lui officient, quotidienneté redevenue trente ans plus tard ordinaire, avec la vie pour horizon, et pourtant, aussi, l’impossibilité de dépasser ce passé redevenu, soudain, présent.

L’événement, commente Rancière, est apparu dans l’instant où le parleur n’a plus pu parler, et c’est le fait qu’il ne puisse plus dire qui atteste de la vérité même de cet inexprimable inexprimé. Le témoin montre… cela justement qui le rend muet.

C’est, dit Rancière, le même phénomène qui donne sens au petit livre de Philippe Müller : une parole arrachée à ceux que l’événement a rendus muets. En faisant du passé un présent pur, Müller, dit Rancière, s’effondre [Je ne peux commenter ; je ne connais pas le livre].

Il voit là une « poétique générale » : Le témoin, c’est le non-écrivain qui a surmonté l’extrême du désespoir.

Le témoin répète-t-il permet de faire resurgir le passé comme un présent pur.

Et soudain : Proust.

On a vu ailleurs, déjà, dit Rancière, et les circonstances fussent-elles incommensurables, des « mots » identiques, dans le désespoir d’un écrivain désespéré de ne pas en être un, dans le narrateur de la Recherche, intégrant le langage des choses et qui, tenant un exemplaire de François le Champi dans la bibliothèque de l’hôtel de Guermantes (in Le Temps Retrouvé), va voir se lever un autre que lui, à sa place, qui avait lu le livre :

« … au moment où j’ouvrais distraitement l’un d’eux : ‘‘François  le Champi’’ de George Sand,  je me sentis désagréablement frappé (…) Je m’étais au premier instant demandé avec colère quel était l’étranger  qui venait me faire mal. Cet étranger, c’était moi-même, c’était l’enfant que j’étais alors, que le livre venait de susciter en moi, car, de moi ne connaissant que cet enfant, c’est cet enfant que le livre avait appelé tout de suite, ne voulant être regardé que par ses yeux, aimé que par son cœur, et ne parler qu’à lui ». [Rancière n’a rien lu, c’est moi qui redonne l’extrait]

Ici, Rancière, malgré la précaution oratoire de l’incommensurabilité, n’organise pas bien un discours confus qui fait – à son corps sans nul doute défendant - des états d’âme du narrateur  de la Recherche soudain projeté près de l’entrée des chambres à gaz, une obscénité.

Il n’a pas tort sur les aspects  « techniques », sur la « méthodologie » des outils du témoignage, quel qu’il soit, mais il n’a pas assez soigné le rapprochement pour éviter le sursaut.

Sinon, oui, ce qu’il veut souligner, c’est la force de surgissement de l’événement par rupture d’une chaîne, chaîne de la parole (le barbier se tait), chaîne de la logique (Proust : qui m’agresse ?), par l’utilisation d’une forme « littéraire » (et chez Lanzmann, cinématographique, mais le principe est le même) pour exploiter la singularité d’une parole (au sens de bruit ?)  non-littéraire qu’elle transcrit, où le son proustien de la cuillère dans la tasse de thé (autre passage) répond au cliquetis des ciseaux dans le salon de coiffure, « événement » non littéraire qui s’extrait de son contexte pour en faire advenir un autre, différent et sensible (Proust) ou dramatiquement intolérable (les « toilettages » mortuaires d’Auschwitz), en organisateur de la réminiscence.

Et Rancière va jusqu’à dire qu’il y a là un « dispositif » qui fait de la littérature (élargissant sans doute, via Lanzmann, au cinéma) comme une « vraie » vie.

Il est trop brouillon, dans sa hâte de tout dire, de trop dire, pour être clair.

Mais enfin, en deux phrases conclusives, Rancière  essaie de souligner « l’aporie de l’écrivain (du cinéaste) face au témoignage » : un élément hétérogène (aux faits rapportés, veut-il sans doute dire) ne peut pas porter témoignage de lui-même (il veut sans doute dire : de ces faits) ; une image reste une image, un visage en pleurs est un visage en pleurs  (il pense au barbier), et il faut trouver un « supplément », toujours un supplément, pour pouvoir attester que l’écriture est une « vraie écriture » (sans doute au sens d’une « écriture du vrai »), il faut un supplément à la littérature comme il faut un supplément au film pour attester que le film n’est pas seulement une œuvre d’art mais aussi un témoignage.

Il n’en dira pas plus, persuadé peut-être qu’il l’a clairement indiqué sur les deux exemples cités, ce supplément … La question me semble toujours ouverte. Dans le film, sans doute est-ce, frappante, l’aphasie du barbier, le non-film, soudain, le silence et la main qui cherche la serviette pour se tamponner le visage. Mais c’est toujours du cinéma…

Et dans la bibliothèque de l’hôtel de Guermantes ? La dissolution du narrateur, par solution de continuité, dans l’enfant qu’il n’est plus ? Mais c’est toujours de la littérature… Alors, la voix de Proust ?

Commenter tout cela ? La volonté de réflexion est évidente. Quelques idées se dégagent : l’émergence nécessaire du témoin face à ce qui n’a pas d’antériorité (la Grande Guerre, les camps, …) ou l’aporie du franchissement de l’indicible, pour n’en « tenir » que deux… mais dans le réseau de remarques qu’il a voulu organiser autour du cas Philippe Müller et de l’additif à l’évangile de Jean,  l’impression de brouillon demeure, et des obscurités ou au moins des approximations à creuser. Vague migraine ….

D’ailleurs ….

la façon dont Compagnon engage le débat m’a donné à penser qu’il avait mal ou peu suivi, ou qu’il ne savait pas avec  quels instruments touiller cette salade. Du coup, pour démarrer, il se rabat sur du simple, du solide, le Montaigne des Cannibales, la question du « bon témoin », soit très simple, soit très savant, dont il a parlé dans les premières leçons. 

Tentative de Verbatim … 

A.C. : Merci beaucoup. Je repensais à Franck Lestringant, son exposé sur le témoin et le martyr, et à Montaigne aussi, les Cannibales, le témoin, soit très simple, soit très savant, et éviter l’entre-deux.

J.R. [Je n’avais pas fait attention : Ces initiales … c’était l’ignoble, dans le feuilleton Dallas !] : (Très confus, prolixe et agité ; il comprend que Compagnon n’a pas suivi le fil de son exposé et questionne à côté de la plaque)   C’est la question de l’homme simple qui témoigne dans la mesure où ce dont il témoigne est déjà écrit [ ???] Que devient le témoignage quand on veut excéder l’homme simple [ ????]. Témoin dont la vérité émane de la parole …

A.C. (qui se raccroche aux branches) : Montaigne dit, seulement l’homme simple… Quand vous disiez le chroniqueur, je pensais qu’il y a aussi d’autres indices chez Aristote …

J.R. : Mais la spécificité du témoin, c’est d’être capable de parole donnant autorité aux faits. Bien sûr les juges s’appuient sur d’autres indices, mais la figure du témoin est à prendre dans un horizon qui déborde le judiciaire…. le témoin muet c’est l’épée ensanglantée qu’on trouve sur les lieux du crime… Comment élaborer pour devenir un témoignage sur la civilisation … [ ??????]

A.C. (il n’a rien compris à la fin ; il a une autre idée, un plan B): L’aphasie comme preuve d’authenticité du témoignage. L’absence de parole comme preuve de la vérité de la parole…

(On l’encourage : Va-s-y Antoine ; bonne piste, ça ! Ça tient la route…)

J.R. :Oui, la vérité de ces faits est de rendre caduques toutes les façons de raconter les faits. Impossibilité de surmonter ça. Proust, l’épisode de la maison de Santé … Comment la vérité peut apparaître dans le discours, à travers le monde normal de la parole … [Fait-il allusion à l’épisode du type qui se prend pour Jésus-Christ ? (La fugitive : « …voulant expliquer à des visiteurs d’un hôpital d’aliénés qu’il n’était pas lui-même déraisonnable, malgré ce que prétendait le docteur, [il] mettait en regard  de sa saine mentalité les folles chimères de chacun des malades, concluant : ‘‘Ainsi celui-là qui a l’air pareil à tout le monde, vous ne le croiriez  pas fou, eh bien ! il l’est, il croit qu’il est Jésus-Christ, et cela ne peut pas être, puisque Jésus-Christ, c’est moi !’’ »)]

A.C. : Il faut la rupture d’un continuum pour que quelque vérité advienne. Votre allusion à Proust [là, il évoque sans doute François le Champi, encore que… l’histoire de l’aliéné ci-dessus cadrerait presque mieux, et plus simplement] s’intègre, et le passage à l’hétérogène …

J.R. : Non littérarité, affaire de choix d’un paradigme littéraire contre un autre, oui …

A.C. : Le choix d’un paradigme littéraire contre un autre, oui …

J.R. : La polémique du témoignage, la penser comme opposition Proust et Goncourt, pour aller vite …

Ce qui sert de mot de la fin. On peut supposer qu’il a voulu classer Les Goncourt dans les « Chroniqueurs » et Proust dans les témoins « de rupture ». Ma foi …

On entend à peine le « Bon » de Compagnon, son traditionnel « Bon »… de sortie.

Quoi qu’il en soit, on sort.

Posté par Sejan à 14:03 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

ouf, merci et superbement démélé.
Effectivement notre J.R. du jour avait quelques très bonnes pistes mais qu'il n'a pas su mettre en valeur: trop pressé, trop nerveux, comme angoissé ... et d'ailleurs l'élève AC prouva qu'il n'avait pas compris grand chose à cet exposé ... Quelle stupeur del'entendre réciter sa petite leçon tirée de la préface des Cannibales, laquelle venait là comme un cheveu sur la soupe...
Tout à la fois pédagogue et penseur, cela ne se trouverait plus au Collège de France?

Posté par nico, 15 mars 2009 à 00:23

le J.R.Lumineux a fait son entrée...

...au collège de France en ce soir béni du 17 Mars 2009
Il était là,le penseur et le passeur tant attendu, un - pas prof que je sache- qui nous parle clair et profond sans besoin de s'accrocher à ses feuilles comme à autant de nécessaires branches!
Joie, pleurs de JOIE! Je regrette seulement de ne pas m'être levée pour l'applaudir.
M. Sejan, j'ai 2 photos de JR & AC ce soir,comment vous les faire parvenir?

Posté par nico, 17 mars 2009 à 20:37

>> Nico

Par mail, en pièces jointes:

Posté par Sejan, 18 mars 2009 à 12:48

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