14 Mars 2017

Alexandre-vitry

Alexandre de Vitry d'Avaucourt – ENS Lyon – Agrégation de Lettres Modernes – Thèse de Doctorat : L'individu et la cité dans l'œuvre de Charles Péguy.

Sujet du jour : De la polémique comme sport: Charles Péguy dans les cordes.

Lapsus du jour : A l'instant t=21'49" de l'enregistrement vidéo de son exposé, le séminariste se propose de nous parler de pénis sportif, immédiatement rectifié en Péguy sportif.

Dans sa présentation d'Alexandre de Vitry, Antoine Compagnon avoue avoir publié à l'automne 2016, un ouvrage écrit avec sa collaboration. Un ouvrage dont il ne parvient plus à retrouver le nom mais dont sur la première de couverture il apparaît comme étant l'unique auteur  …

Aimer l'amou, l'écrire

        … avec cette introduction :

L'amour vu par les grands écrivains

"On aime d’autant mieux qu’on trouve les mots pour le dire, l’écrire et le sublimer", constate Antoine Compagnon. Se prêtant au jeu, cet historien de la littérature s’est plongé dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, pour en extraire ce qui lui semble être les plus belles pages d’amour rédigées par les écrivains français. De Victor Hugo à Annie Ernaux c’est l’amour réel, rêvé, fantasmé, sublimé… quand il n’est pas l’absolu à la portée des caniches selon le mot de Céline ! Des femmes, des hommes, des muses, des êtres envoûtants, des souvenirs… Les lettres enflammées de Juliette Drouet, les diatribes de Baudelaire, l’érotisme interdit de Georges Bataille, les brouillons de Proust, la jeunesse enflammée de Radiguet… Un ensemble de pages choisies, connues ou méconnues, qui tissent ensemble une histoire subjective – et contagieuse peut-être – du sentiment amoureux en littérature.

Appétissant - 39 € quand même.

SINON?

Beaucoup de textes à l'écran, après quelques indications liminaires :

"Je ne suis point haineux; je suis peut-être haïssant" (Péguy)

 "Barrès, Tartuffe moisi" (Péguy)

L'affaire Dreyfus et les Cahiers de la Quinzaine.

Jean Jaurès et Lucien Herr, cibles obsessionnelles d'amours socialistes déçues.

Un sous-ensemble déjà conséquent de la litanie des cibles de Péguy polémiste, de Péguy compulsivement pamphlétaire - Péguy contre tout le monde.

Quelques reproductions : caricature (David Levine) , dessin (Egon Schiele), tableau (Jean-Pierre Laurens)

 

Caricature Péguy- David levineEgon Schiele-PéguyPéguy-Jena-Pierre Laurens

Et puis des textes, je l'ai dit.

I - Victor-Marie , comte Hugo (1910):

Par exemple, je vois bien que je n'apprendrai jamais l'escrime. Je ne saurai jamais, je n'aurai jamais cette pointe, aristocratique et bourgeoise, ce point, cette pointe uniponctuée. Ce battant, ces battements, ces repiquements incessants, infatigables dans un cercle idéal, (imaginaire), qui n'est pas si grand seulement qu'un anneau. Ces demandes et ces réponses si précipitées, si battantes, si instantanées. Si déliées, si fines. Cette conversation. Je sais bien la baïonnette, au contraire, parce qu'elle est triangulaire, quadrangulaire, (c'est un tiers-point d'acier tout neuf, tout étincelant), parce qu'elle est au bout d'un fusil. Ça c'est une arme. Tous les bons souvenirs de cette année où nous en avons fait. C'en était ça une escrime. Quels commandements. Quelles voltes et virevoltes. Quel(s) assouplissement(s). Nous en avons respiré, de l'air. Quelles passes d'armes. Nous en avons encore le souvenir dans la mémoire des muscles  des cuisses. Et je me serais si bien battu avec des armes du quinzième siècle. Ces armes étaient des outils, en effet, à peine dissimulés, à peine déguisés, à peine adaptés. Je ne saurai jamais faire des armes. Je me serais si bien battu avec ces anciennes armes. C'étaient des outils d'ouvriers et même de paysans, à peine habillés, les habillements de guerre, des bêches, des pelles et des pioches, des piques et des pics, des haches et des crocs, (au bout d'un bâton ça faisait hallebarde), des cognées, des hachettes, des marteaux (des masses d'armes), (c'était l'homme d'armes qui était l'enclume, et c'était l'homme d'armes qui était le forgeron). Et c'était quelquefois l'homme d'armes qui était le marteau (dans Eviradnus). Il s'agissait en effet d'entrer dans le fer comme le paysan entre dans la terre, et dans le bois, le bûcheron, comme l'ouvrier entre dans le bois et dans le fer. Ou il s'agissait d'écraser le fer comme l'ouvrier assomme, comme l'ouvrier martèle, comme l'ouvrier écrase le fer.

Eviradnus, dans La légende des siècles, affronté à deux ennemis tue l'un à mains nues puis, se sert de son cadavre comme d'une massue pour venir à bout de l'autre.

II- La préparation du congrès socialiste (1900) :

Il y a bien longtemps que je suis un hérétique: j'étais élève au lycée, en seconde, quand je fus hérétique, et encore je ne sais pas si c'était mon commencement: les taupins et les cornichons – c'est ainsi que l'on nommait ceux de nos camarades plus glorieux et plus courageux que nous, qui préparaient les concours d'entrée à l'Ecole Polytechnique  et à l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr – voulurent à peu près me mettre en quarantaine : je m'étais vivement insurgé contre la prétention qu'ils avaient de régenter la cour des grands, où je venais d'arriver; je m'étais vivement insurgé contre ces brimades par lesquelles on voulait nous démontrer la supériorité des anciens sur les nouveaux et des militaires sur les civils; ces élèves supérieurs des classes dirigeantes voulurent à peu près me mettre en quarantaine, et cela, si je n'avais pas peur d'employer un gros mot, pour me persécuter : ce fut ainsi que je connus le commencement de l'antisémitisme : je fus heureusement défendu par un bon nombre de civils aux poings vigoureux qui sauvaient en moi le président d'une association scolaire d'exercices physiques et de jeux de plein air: les civils battirent les militaires comme il arrive souvent quand les militaires ont laissé leur sabre à la maison (…) Je me suis insurgé contre toutes les brimades et tous les canulars et toutes ces vieilles institutions par lesquelles un certain contingent d'autoritaires en nom collectif imposent ou veulent imposer à quelques libres individus la marque de la supériorité commune.

III – L'Argent, suite (1913) [Ici sur les dreyfusards / antidreyfusards]

Tout le monde en ce temps-là était militaire et militariste. Nous formions deux ardentes armées. Également honorables au point de vue de la guerre. Également honorables au point de vue du sport. Il n'y avait que les radicaux qui n'avaient point trouvé place dans ces deux immenses armées. Ils se préparaient seulement à ravager le champ de bataille, à dépouiller les blessés et les morts.

IV- Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne (posthume – 1914) [sur Corneille]

Dans ce système de pensée la bataille passe avant la victoire et la mort même n'est rien au prix de la correction du combat. C'est un système fort connu, le plus antique, le plus étranger qu'il y ait au monde moderne. Ce n'est pas seulement le système de la loyauté. C'est le système de l'héroïsme. Et c'est le système de l'honneur. Il est tout entier ramassé dans le code du duel (à condition qu'on le prenne au sérieux), et ce n'est point au hasard qu'un duel est la pièce d'ogive, la clef de voûte d'ogive de l'arcature du Cid. Comme ce n'est point par hasard (…) qu'un prodigieux duel spirituel et plusieurs admirables duels de courtoisie sont les clefs d'ogive de l'immense et pure architecture de Polyeucte. Dans ce système (dans ce système de pensée et dans ce système d'action), le duel est un affrontement, une confrontation perpétuelle de valeurs. Dans le duel d'armes, chacun des deux adversaires se présente dans son exactitude et dans son plein. Dans le duel de pensée, qui est aussi un duel d'armes, chacune des thèses se présente dans son exactitude et dans son plein. (…) C'est le système de pensée de la chevalerie, et notamment de la chevalerie française. On parle souvent de la guerre comme d'un immense duel, d'un duel entre peuples, et réciproquement on parle souvent du duel comme d'une guerre pour ainsi dire réduite et schématique, d'une guerre entre individus.

V – Idem (Note conjointe …) [Péguy précise]

Il y a deux races de la guerre qui n'ont peut-être rien de commun ensemble et qui se sont courtoisement mêlées et démêlées dans l'histoire. L'une procède en effet du duel et l'autre n'en procède pas du tout. (…) Il y a une race de la guerre qui est une lutte pour l'honneur et il y a une tout autre race de la guerre qui est une lutte pour la domination. La première procède du duel. Elle est le duel. La deuxième ne l'est pas et n'en procède pas. Elle est même tout ce qu'il peut y avoir de plus étranger au duel, au code, à l'honneur. Mais elle n'est pas du tout étrangère à l'héroïsme.

VI – Idem (Note conjointe …) [même thème]

Par un point au tennis ou plutôt par un coup on peut perdre une partie, et l'enjeu de vingt parties, et le championnat du monde. Dès lors lequel vaut le mieux : gagner par un point dans une partie et dans un championnat où tous les joueurs sont forts ou gagner par vingt parties dans un championnat où tous les autres joueurs sont faibles. Tels sont les deux systèmes de pensée, telles sont les deux races de la guerre, tels sont les deux systèmes de mesure, la mesure et la victoire et l'on peut dire le droit et le fait. Allons plus loin et passons de l'autre côté. Passons la décision du fait. Passons la barre de l'événement. Lequel vaut mieux : gagner dans une partie où tous les autres joueurs sont faibles ou perdre dans une partie où tous les joueurs sont forts; gagner dans une partie faible ou perdre dans une partie forte. Gagner dans un jeu de bassesse ou perdre dans un  noble jeu. C'est-à-dire: Sommes-nous chargés de gagner quand même, et à n'importe quel prix; sommes-nous chargés de maintenir un certain  niveau de jeu; et du jeu de la guerre; et ainsi, un certain niveau du monde. Et non seulement de le maintenir, mais de le faire monter, ou remonter, tout bas que nous soyons. C'est-à-dire: Sommes-nous chargés d'être des vainqueurs ou d'être des nobles. Et de maintenir dans le monde un certain niveau de noblesse. Tout homme qui est d'une certaine race optera pour la théorie, pour le système de pensée du noble jeu.

Ou plutôt, il n'optera pas. Il est d'avance de ce système et de cette race. Tant que l'on parlera le langage français, Corneille demeurera le poète de ce noble jeu. Du système et de la race pour qui toute vie même et toute action et toute conduite est un exercice et comme une application de ce noble jeu.

La guerre de Péguy, mort le 5 septembre 1914, dit Alexandre de Vitry, est largement imaginaire. Ses deux duels ou quasi-duels aussi?

A l'ENS, rue d'Ulm, Albert Levy, cothurne de Péguy est insulté pour son nez juif. Antisémitisme. Péguy tient à en venir aux armes. Des témoignages postérieurs affirment que le duel eut lieu avec des armes chargées à blanc. Le rigide Péguy le savait-il? Y trempa-t-il?

Ce sera plus tard la brouille avec Daniel Halévy, collaborateur des Cahiers de la Quinzaine. Halévy a publié un article, "Apologie pour notre passé", et pénitent que Péguy, mystique du dreyfusisme, prend très mal. Il répond aussitôt dans "Notre Jeunesse" (juillet 1910) où il refuse cette pénitence , cette mélancolie  et fin 1910, "Victor-Marie, comte Hugo" commence par une longue épître à Halévy où il fera des nuances entre l'outrage (volontaire) et l'offense (involontaire) et finira par regretter d'avoir "offensé" Halévy qui s'était senti "outragé" : "Si j’ai fait à Halévy cette offense que je n’ai point vue, je lui en demande pardon. Si j’ai offensé Halévy dans mon dernier cahier, je lui en fais, par les présentes, réparation".

Péguy soutiendra et Halévy niera qu'un duel ait été envisagé, voire organisé. Des témoins (Julien Benda, Robert Dreyfus) avaient été contactés …

Halévy avait écrit :

VII – Lettre à Péguy du 16/7/1910

Mon cher Péguy,

Vous êtes un homme extraordinaire autant qu'un écrivain extraordinaire. Vous me confiez un Cahier, nous en causons deux ans; nous semblons être, non en accord de pensée, nous ne l'avons jamais cherché, mais parfaitement en confiance – Au sujet de ce Cahier même, vous m'outragez. En vérité, je suis un faible (p. 58), un haïssable pénitent (p.57), un chien battu (p. 56), mouillé (p. 57)? Car je vous entends bien, c'est moi que vous jugez ainsi?

Je ne vous envie pas, mon cher Péguy, d'avoir serré la main de cet Halévy-là, que pour moi je ne connais pas.

Adieu, Péguy

Votre ,

Daniel Halévy.

De fait, ils ne se parleront plus.

Péguy se comporte en réalité avec ses innombrables adversaires d'idées et de plume de la façon même dont il se plaint qu'ils le traitent. Ainsi, la plainte :

VIII – In L'Argent, suite (1913)

Ils sont amis de Lavisse pour empêcher Lavisse de recevoir mes coups, mais ils ne sont pas amis de Péguy pour empêcher Péguy de recevoir les coups et le gouvernement de Lavisse. C'est un duel où tous les témoins couvrent de leur corps l'un des deux adversaires.

Il y a là les traces d'un affrontement sur l'évolution des études historiques dont le modernisme scientifique hérisse les emballements mystico-rhétoriques  de Péguy. Et l'historien Ernest Lavisse est à ce titre l'objet de sa haine. Il voit en lui le symbole de la lâcheté et de la dégradation des élites républicaines qui ont saisi et accaparé le pouvoir et les honneurs, un être dira-t-il tout entripaillé de prébendes, qui n’est qu’un "sénile fossoyeur (…) à la fois impotent et omnipotent, et même prépotent".

Ainsi, le mépris : attaqué dans la Revue Hebdomadaire (catholique), dirigée par Fernand Laudet, par le journaliste François Le Grix après la publication de son premier Mystère ("Mystère de la charité de Jeanne d'Arc") début 1910, et traité de "modeste auteur de gloses rébarbatives", Péguy réplique en publiant "Un nouveau théologien, M. Fernand Laudet" et donc à déniant à Le Grix jusqu'à son existence. Une revue humoristique, "La Vie Parisienne", parodiera sa mauvaise foi…

IX – sous le titre Péguyniana :

M. François Le Grix eut le malheur, dernièrement, dans la Revue Hebdomadaire, de parler de M. Charles Péguy. Il ne savait pas à quoi il s'exposait! Pourtant M. Le Grix ne disait pas de méchantes choses sur M. Péguy, mais il faisait remarquer, tout de même, que M. Péguy écrit mal, parce qu'en vérité, M. Péguy écrit mal …

Ah! Ça a fait du joli! …

Dans le Bulletin des Professeurs Catholiques, un anonyme … qui signe Charles Péguy – comme dirait La Palisse – répond en 300 points à M. Le Grix. Et sa réponse ferait, presque, deux gros volumes de 3 francs 50! Ô concision! D'abord, M. Péguy répond à … M. Laudet, directeur de la Revue Hebdomadaire et non critique littéraire. Il n'admet point que M. Le Grix ne soit pas M. Fernand Laudet. "Vous vous appelez M. Le Grix, lui dit-il; donc vous êtes M. Laudet!"

Et toute la réponse est sur ce ton-là.

Enfin, M. Péguy conclut avec mépris : "Tous ceux qui m'attaquent ne sont que des hérétiques."

Les chaleurs, certainement, ont incommodé M. Péguy.

Péguy était conscient de ses travers (de sa tendance à faire des "personnalités"?).  Il se commente dans un texte intitulé "Pour moi", écrit après avoir été évincé de son poste à la librairie Georges Bellais par le comité de direction unanime où siégeaient Lucien Herr et Léon Blum. Les Archives nationales fournissent des explications complémentaires et une version assez différente du départ de Péguy (http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/egf/donnees_efg/40_AQ/40_AQ_FICHE.html):

"Bénéficiant d'un petit avoir à la suite de son mariage (le 28 octobre 1897), en accord avec sa femme et sa belle-famille, Péguy fonde une librairie de propagande socialiste le 1er  mai 1898 au 17 rue Cujas, Paris, 5ième arrdt.

La librairie prend le nom de son ami Georges Bellais, Péguy alors boursier d'études en Sorbonne ne pouvant fonder la maison sous son nom.

Un an plus tard, la librairie en difficultés est transformée en Société nouvelle de librairie et d'édition, société anonyme à capital variable (août 1899) dont les principaux actionnaires sont Hubert Bourgin, Léon Blum, Étienne Burnet, Lucien Herr, Albert Monod, Mario Roques, Désiré Roustan et François Simiand. On reconnaît à Péguy 200 actions de 100 francs et 50 à G. Bellais. Péguy reçoit la fonction de "délégué à l'édition". Mais une mauvaise gestion conduit la librairie au bord de la faillite. Reprochant à la société ses agissements plus commerciaux qu'idéologiques et devant le refus de celle-ci de mettre à exécution son projet de périodique authentiquement socialiste, Péguy démissionne avec Bellais (28 octobre 1900). Les actions de Péguy et de Bellais sont remboursées semestriellement. La société continue son existence nous la direction de Félix Malterre puis Clément Rueff. Ce dernier, après avoir abondamment puisé dans la caisse, s'enfuit aux États-Unis. Par suite de ce détournement, le remboursement des actions de Péguy et de Bellais est interrompu. Après un long conflit, Péguy obtient satisfaction des tribunaux (1904-1906)".

X – Pour moi (1901)

Mon ami Pierre Baudouin et mon ami Pierre Delatre viennent me souhaiter la bonne année. Ils étaient soucieux. Ils marchaient de conserve. Ils me trouvèrent en proie à l'abonné Mécontent.

-       Mon cher Péguy, me disait l'abonné Mécontent, vos cahiers me révoltent. J'ai reçu le troisième. Ils sont faits sans aucun soin. Ils sont pourris de coquilles. A la page 67, au titre courant, tu as mis théâtre sans accent aigu. A la page 43, au milieu de la deuxième ligne, tu as mis un "e" à camarade au lieu d'un "e". Evidemment, tu deviens gâteux. J'en suis éploré, parce que je suis ton meilleur ami. A la page 50, au milieu de la page, tu as écrit socialiste avec deux "s". Mais je soupçonne ici que tu as voulu jouer un mauvais tour à notre ami Lucien Herr. Sans compter les coquilles que je n'ai pas vues, car je ne les lis pas, tes cahiers. Je me désabonne.

Cette violence m'épouvantait et je faisais des platitudes.

-       Mon cher Mécontent, je sais malheureusement bien qu'il y a des coquilles dans les cahiers. Mon ami René Lardenois me l'a déjà fait remarquer et sa lettre a été publiée dans le dixième cahier de la première série. Aussitôt que je le pourrai, je lui donnerai une réponse.

XI – Pour moi [évoquant son licenciement]

Ils étaient unanimes! Et qu'est-ce que cela prouve? Esprits à peu près identiques, ayant la même culture, les mêmes bonnes et les mêmes mauvaises qualités, les mêmes déformations et le même alourdissement, ces cinq administrateurs étaient plus facilement unanimes entre eux que je ne suis unanime avec moi. Quand Herr discute avec Simiand il y a moins de profonde variété, moins de pénible et douloureuse incompatibilité que quand je discute avec moi. C'est dire qu'il y a dans leurs assemblées moins de véritable discussion que quand je m'assemble tout seul.

                                                                                                                                                           FIN de l'exposé.

Antoine Compagnon tente l'échange. La chemise est froissée, la cravate de travers, le costard de guingois, les cheveux pourtant courts sont en désordre … (un petit somme pendant l'exposé?) La prise de parole hésite, renvoie à lui-même dans le cours qui vient de s'achever (à/s Signol). Alexandre de Vitry qui ne comprend pas où il veut en venir émet quelques sons succincts valant assentiment putatif . Puis, quand même :

A.C. - Y a-t-il eu des duels pendant l'affaire Dreyfus?

A. de V. – ???? (Silence) Il faudrait regarder cela de plus près ….

A.C. – En 1833, il y a eu beaucoup de duels autour de la grossesse de la duchesse de Berry (murmures dans la salle) . Des polémiques entre la presse républicaine, qui avait révélé cette grossesse, et la presse royaliste, des duels collectifs, plusieurs contre plusieurs .

A. de V. – Dans l'affaire Dreyfus, il y a eu des pugilats collectifs, et Péguy se décrit en stratège de certains de ces affrontements et Lucien Herr en chef de bande, pour aller défendre les professeurs de la Sorbonne menacés par des groupes antisémites … des affrontements avec des canes …

(Silence)

A. de V. – Péguy lit Hugo, lit Michelet, mais peu ses contemporains, il ne lit pas Proust, par exemple ….

(Tout cela décousu, as usual)

                                                                                                         FIN de l'échange

Pas de bilan conclusif efficace de ma part. Les gestes d'A. de V. sont à mi-chemin entre la préciosité et l'élégance. Il porte une apparence de décontraction assez efficace. Sa blondeur le sert, on pense un peu à David Soul dans Starsky et Hutch. A.C. nous précise qu'après avoir été son assistant au Collège de France, il enseigne (sans doute provisoirement ?) dans le secondaire. Les gamines de seconde doivent en être folles.

Sur le fond, toujours chez moi la même frustration. Péguy polémiste, sans doute. Mais "dans les cordes"? Ce titre: Péguy dans les cordes, ne semble pas adapté. Sur un ring de boxe, être "dans les cordes" signifie être dominé, dépassé par l'adversaire qui vous accule dans les cordes bordant le ring et vous saoule de coups.

A propos du texte IX , A. de V. n'a rien dit du titre Péguyniana. A.C. avait évoqué il y a deux ou trois ans (ou plus?) la mode des "anas", ces recueils de pensées, de remarques, d'anecdotes, de critiques et de bons mots compilés et attribués à un personnage, rassemblés sous le titre de principe "patronyme-ana", ce qui a donné pour Ménage, un Ménagiana (en 1693 ou 1694), pour Furetière un Furetériana en 1696, etc, et donc aurait pu donner un Péguyana, et a peut-être ici donné un Péguyniana.  

J'ai fait un tour sur Internet à la recherche de quelques articles sur Alexandre de Vitry. Je suis tombé sur un assez épouvantable éreintement de Juan Asensio, dans Stalker, son blog de critique littéraire, à propos du livre de A. de V. sur Philippe Muray : L'invention de Philippe Muray. Un billet d'Octobre 2011 parfaitement agressif et polémique. Faudrait regarder de plus près, comme vient de le dire l'auteur des duels pendant l'affaire Dreyfus. Je n'ai pas lu le bouquin et n'ai guère approché Philippe Muray. Donc … mais le numéro pugilistique est notable.