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Pénultième leçon.

A.C. veut accélérer pour achever, au besoin en sautant quelques étapes, son parcours 2017. J'aurai passé l'année à mal comprendre en quoi les affrontements entre littérateurs à propos d'insultes ou de femmes désignaient la littérature comme un sport de combat.

Finalement, lassé, je ne fais qu'écouter.

A.C. fait des mines, souligne avec une grâce convaincue ce qu'il raconte; et ce qu'il raconte, ce sont quelques duels, quelques anecdotes, quelques dates. J'entends sans déplaisir et j'oublie aussitôt. Il connaît très bien son dix-neuvième siècle médian, mais cela me semble un peu: "Stéphane Bern au Collège de France".

J'ai pris à la volée des noms. À les googliser, on récupère une partie de ce qui en a été dit.

Armand Carrel contre Emile de Girardin.  Un duel au pistolet en 1836 pour un litige de presse, pour un conflit de journaux. Carrel y perd la vie.

Alexandre Dujarrier contre Rosemond de Beauvallon. Un duel au pistolet en 1845, qui provoque la mort de Dujarrier. Au départ, une affaire de souper fin (aux Frères Provençaux) et d'actrice (Anaïs Liévenne)

Lola Montez est citée, courtisane, maîtresse de Louis 1er de Bavière, irlandaise qui se faisait passer pour espagnole …

Une ordonnance du 16 Brumaire, an 9 (7 novembre 1800)  interdit aux femmes de porter le pantalon sans l'autorisation du préfet de police. Elle sera constatée comme abrogée de fait seulement en 2013.

La figure de Séverine (Caroline Rémy), grande féministe, secrétaire de Jules Vallès, boulangiste de gauche en 1889, est évoquée. Elle dirige Le Cri du Peuple en 1885, après la mort de Vallès. Compagne du journaliste Georges de la Bruyère, elle l'implique dans un duel que, femme, elle n'assume pas (on le lui reprochera) avec Mermeix (Gabriel Terrail) qu'elle avait traité de Judas dans le contexte d'une querelle politique.

G. d'Estoc (Marie-Paule Alice Courbe), autre grande figure est aussi rapidement présentée, bisexuelle dirait-on aujourd'hui (la romancière Rachilde; Guy de Maupassant; …). Elle adhère en 1890 à la Ligue d'affranchissement des femmes fondée par Marie Astié de Valsayre; elles sont toutes deux des escrimeuses aguerries, aiment se travestir … A.C. évoque un duel qu'a eu G. d'Estoc avec une écuyère-trapéziste du cirque Médrano qui l'avait quittée.

Une affaire d'honneur

On notera que les femmes s'affrontent ici la poitrine nue.

Au sujet d'Astié de Valsayre, A.C. évoque son duel à l'épée avec une américaine, Miss Shelby, en 1886. Duel plus pudique. La France vainc l'Amérique par blessure au bras gauche.

Astié de Valsayre vs Miss Shelby

La leçon s'achève sur une ouverture qui se prolongera pour le dernier cours.

A.C. dit emprunter l'expression à René Char : Les loyaux adversaires.

Et il veut introduire des affrontements entre littérateurs cette fois porteurs d'une réciproque estime voire d'une forme d'amitié. Le cadre en est les rapprochements que provoquent les incarcérations à Sainte-Pélagie, où se retrouvent, mêlés, des adversaires de plume ou politiques. Il puise dans les mémoires de Sosthènes 1er de la Rochefoucauld, qui fut aide de camp de Charles X et emprisonné après 1830 et dans les ouvrages de Moreau-Christophe (Louis Mathurin), Inspecteur général des prisons de la Seine en 1830, puis, de 1833 à 1837, sous-Préfet à Nogent-le-Rotrou et, en 1837, Inspecteur général des prisons du royaume; réorganisateur de l'ensemble du système pénitentiaire. 

Peinture des courtoisies mondaines de prisonniers politiques pleins d'aménité et de bonnes manières, bénéficiaires d'un traitement privilégié (bonnes relations avec le Directeur des lieux, organisation de concerts de musique de chambre, charmes de la conversation …).

Le cours a été agréable à suivre, mais je n'en retiendrai sans doute rien et la pertinence proprement littéraire du propos, au regard du thème de l'année, m'échappe toujours.