Armand Carrel, mort

Ci-contre, Armand Carrel, mort.

C'est le cadre, au fond, de la leçon n°7 - Le duel mortel avec Emile de Girardin de Juillet 1836.

Armand Carrel était un farouche défenseur du duel, comme pratique nécessaire pour soutenir l'honneur dans des circonstances que la juridiction ne prenait pas en cause. Avant la sienne, assumée - Je le tuerai ou il me tuera - il avait été tenu pour responsable, parce qu'opposé à une possible conciliation, de la mort du jeune député Dulong, dans son duel avec le général Bugeaud, geolier de la Duchesse de Berry en la prison de Blaye dont il était le directeur, fustigé de ce terme par celui qu'il allait expédier ad patres d'un coup de revolver.

(Source Wikipédia) François-Charles Dulong est avocat (4/6/1792-30/1/1834). En 1831, il est élu député de l'arrondissement deVerneuil-sur-Avre (Eure). Relation de Remusat (1797-1875), philosophe qui philosopha la poiltique à laquelle il prit une notable part jusqu'à affirmer en substance que l'unanimité était presque toujours la marque de la servitude:  Il n'y avait pas un mois que la Chambre était ouverte, lorsqu'un événement sinistre vint accroître l'irritation universelle : dans un débat sur une question d'avancement militaire, le général Bugeaud ayant insisté sur la nécessité de l'obéissance dans l'armée, un jeune homme assez doux de manières, Dulong (...) demanda au général si la soumission du militaire devait aller jusqu'à lui faire accepter le métier de geôlier. L'offense était personnelle. Un duel, qu'on avait cru pouvoir éviter, devint inévitable grâce à l'intervention de Carrel qui s'opposa aux explications accordées par Dulong et qui portait dans ces sortes d'affaires une raideur pointilleuse peu digne de son esprit et que Sainte-Beuve a parfaitement décrite. On se battit. Bugeaud tua son adversaire ; il y mit, après comme avant, un luxe de sang-froid qui n'était pas nécessaire (...). 

Anecdotiquement, je note qu'Antoine Compagnon prononce Blai pour Blaye, commune de Gironde que pas un girondin ne reconnaîtra sous cette phonétique, le parler local n'admettant pour désigner le lieu que la prononciation Bla-ieu. Pour moi qui ai fait mes études secondaires à Bordeaux, c'est assez stupéfiant!

A.C. détaille sur les trois duels journalistiques de Carrel, dont le dernier, fatal. Le 15 janvier 1830, Carrel affronte Auguste Chauvin, rédacteur au Drapeau blanc, qu'il blesse légèrement à la main d'un coup de pistolet; le 2 février 1833, il se bat à l'épée contre Laborie, rédacteur du Revenant, avec pour résultat des blessures au bras et à la main pour ce dernier, et un coup dans le ventre pour Carrel, dont la gravité fit sérieusement craindre pour sa vie; enfin le 22 juillet 1836, il rencontre Emile de Girardin dans le bois de Vincennes. La suite sur internet : Les adversaires avaient choisi le pistolet; la distance était de quarante pas (vingt chacun) avec la faculté de n'en faire que dix. Carrel parcourut en hâte ses dix pas tandis que Girardin n'en faisait que trois, mais en ajustant (faut-il comprendre, à reculons?); les détonations furent simultanées et les adversaires se retrouvèrent au sol, Girardin blessé à la cuisse, Carrel à l'aine, la suite l'a prouvé, mortellement. On était fort courtois, de ce temps là. Il y aurait eu un échange de répliques, post coups de feu:

Carrel : Souffrez-vous, Monsieur de Girardin?

Girardin : Je désire que vous ne souffriez pas plus que moi.

Carrel: Adieu, Monsieur, je ne vous en veux pas.  

(source books.google.fr : Le Duel à travers les âges . Adolphe Tavernier, Gabriel Letainturier-Fradin - 2016)

Au passage, A.C. évoque Z Marcas, une nouvelle de Balzac qu'il ne me reste plus qu'à aller lire. 

Une Leçon n° 7 pas désagréable à suivre. 

Granier de Cassagnac

On passe à Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac, plus ou moins caricaturé ci-contre, puisqu'il est le thème central de la deuxième heure, valant Leçon n° 8.

Granier l'éreinteur, commence A.C., le condottiere des lettres, qui s'est mis au service de Victor Hugo pour se lancer dans une entreprise de démolition d'Alexandre Dumas, en qui il refuse de voir autre chose qu'un plagiaire.

Au passage, le Pourquoi pas? bien français, souvent anglicisé en Why not? est reparti à Rome en Cur non? J'avais pratiquement oublié la tournure, qui m'arrache un sourire attendri.

Après celle de Dumas, on évoque l'agression de Racine par la plume assassine de Granier, via une dizaine d'articles dans le quotidien La Presse, d'Emile de Girardin.

Je m'étonne d'entendre parler d'amours vénals. S'agissait-il d'amours vénales, ou bien d'une erreur? Le pluriel de vénal est il me semble vénaux. C'est en tout cas l'avis entre autres du Larousse ...

Et puis A.C. développe la figure de Granier dans culture du duel. Occasion de développements autour d'un duel célèbre, qui opposa le gérant de La Presse de Girardin - également beau-frère de Cassagnac et amant de Lola Montes - Alexandre-Honoré Dujarrier, et Jean-Baptiste Rosemond de Beauvallon,  ami d'Alexandre Dumas fils et journaliste au Globe.

Les versions d'Antoine Compagnon et de Wikipédia ne paraissent pas compatibles, puisque le premier donne de Beauvallon, responsable de la mort de Dujarrier, acquitté lors du procès qui suivit, quand Wikipédia le prétend condamné à dix années de réclusion. Sur les détails de l'affaire, chacun y aussi va de détails différents. 

Pour Wikipédia : 

Le 7 mars 1845, à Paris, durant un souper aux Frères Provençaux offert par l'actrice Anaïs Liévenne (maîtresse de François-Victor Hugo), Dujarrier se querella avec le journaliste Jean-Baptiste Rosemond de Beauvallon (...) au sujet d'une dette de jeu de quatre-vingt-quatre louis que Dujarrier avait contractée auprès de Beauvallon. Quoique la somme fut réglée le soir même, Beauvallon lui envoya ses témoins le lendemain, leur différend ayant aussi pour source les faveurs de l'actrice madame Albert.

Alexandre Dumas fils, qui connaissait la force de Beauvallon à l'épée, conseilla néanmoins cette arme à Dujarrier, arguant que M. de Beauvallon, en vrai gentilhomme, remarquant l'ignorance de son adversaire en fait d'escrime, ne prolongerait point le duel ou le rendrait tout au moins sans conséquences funestes. Il ne fut pas écouté. Le mardi 11 mars, à 9 heures du matin, les témoins réglèrent par écrit les conditions de la rencontre et le duel eut lieu. On avait choisi le pistolet.

Dujarrier était un tireur tellement novice qu'il n'atteignit pas son adversaire. Il présenta alors crânement sa poitrine et somma Beauvallon de tirer. Le projectile l'atteignit en pleine face, brisa l'os occipital et commotionna la moelle épinière, provoquant la mort.

A.C., qui n'entre pas dans ces détails, insiste par contre sur des aspects du dossier qui ont mis en cause Granier de Cassagnac. En effet, il fut affirmé qu'en contravention aux règles de loyauté d'un duel, les pistolets utilisés n'étaient pas également inconnus des deux duellistes, puisqu'il s'agissait d'armes appartenant à Cassagnac et que de Beauvallon avait prises en main le jour même, ou la veille. 

Etc.

Est cité, plus loin, Paul de Cassagnac, fils de, au simple titre de duelliste des plus notables de la Troisième République. Et je n'ai rien  noté de plus.

Mais, comme la leçon de l'heure précédente, et même plus encore, j'ai trouvé l'exposé tout à fait distrayant.

Ayant traîné avant de me décider à écouter ces deux leçons, la vidéo était en place sur le site du Collège et ce n'est pas sans amusement que j'ai retrouvé à l'écran le style tout de préciosité retenue mais non dépourvu d'élégance d'A.C., plus gendre idéal que jamais. Il gagne indiscutablement à être vu. Ses atermoiements élocutoires passent mieux, l'attention détournée par sa gestuelle délicate et aérienne. Mais si, mais si ...