Veuillot

VEUILLOT II - Cette fois c'est Veuillot versus Victor Hugo.

 

Un long combat. C'est ainsi qu'A.C. se plaît à détailler les épisodes de sa narration. Veuillot, qui fut de la claque des partisans d'Hernani en 1830 et qui, dans des critiques violemment ambivalentes, plus tard, célèbrera l'immense poète en soulignant ses faiblesses, dénonçant ses prétentions à vouloir guider le peuple et, rallié à l'Empire, attaquant son opposition à  Napoléon le petit. Et l'on entend Veuillot définir le génie d'Hugo comme citrouille aux trois-quarts pleine de diamants. Etc.

La leçon est longue et détaillée. On voit passer Michelet et Quinet (... les deux jumeaux du Collège de France) . L'histoire de leur amitié comme de leur rupture est présentée ici (mais elle n'interfère pas avec la leçon, simple allusion). On voit surtout ferrailler Veuillot, soutenant les positions de Montalembert (Charles Forbes René, comte de Montalembert), artisan important de la loi Falloux que combat Hugo, tandis qu'ils s'affrontent à la Chambre des députés dont ils sont membres, élus tous deux aux élections de mai 1849.

Je ne détaille pas, n'ayant pas retenu. On trouve en suivant le lien ci-après un certain nombre des précisions fournies: http://groupugo.div.jussieu.fr/Groupugo/Textes_et_documents/Journalisme%20et%20pol%C3%A9mique%20religieuse%20au%2019%C2%B0%20si%C3%A8ce;%20L'Univers%20et%20L'Ev%C3%A9nement.pdf 

Paul_Raphael_Montford_-_Music_and_poetry

Quelques références poétiques. A propos d'une expression de Veuillot : ... le poète est un moineau lascif, A.C. qui souligne qu'autodidacte, les humanités de Veuillot sont incertaines, nous renvoie à Catulle, poète contemporain de César et de Cicéron, et à sa pièce Complainte sur le moineau de Lesbie, érotiquement interprétable : 

Petit moineau, plaisir de ma maîtresse,
Amusement qu'en son sein elle presse,
Auquel son doigt elle offre à becqueter
Car l'âcre plaie il lui plaît de causer
Lorsqu'elle cherche, astre de ma demande,
Un je ne sais quel jeu qui la détende
Pour apaiser quelque peu sa douleur
Et soulager, je crois, sa folle ardeur,
Qu'avec toi je voudrais même allégresse
Pour alléger mon cœur de sa tristesse !

Parmi les éreintements auxquels Hugo soumet Veuillot, deux poèmes des Châtiments le retrouvent, avec d'autres, moqué: Un autre où il tient le rôle principal, La caravane où il chemine en bonne compagnie . 

Ce Zoïle cagot naquit d'une Javotte. 
Le diable, — ce jour-là Dieu permit qu'il créât, — 
D'un peu de Ravaillac et d'un peu de Nonotte 
Composa ce gredin béat.

Tout jeune, il contemplait, sans gîte et sans valise, 
Les sous-diacres coiffés d'un feutre en lampion 
Vidocq le rencontra priant dans une église, 
Et, l'ayant vu loucher, en fit un espion.

Alors ce va-nu-pieds songea dans sa mansarde, 
Et se voyant sans cœur, sans style, sans esprit, 
Imagina de mettre une feuille poissarde 
Au service de Jésus-Christ.

Armé d'un goupillon, il entra dans la lice 
Contre les jacobins, le siècle et le péché. 
Il se donna le luxe, étant de la police, 
D'être jésuite et saint par-dessus le marché.

Pour mille francs par mois livrant l'eucharistie, 
Plus vil que les voleurs et que les assassins, 
Il fut riche. Il portait un flair de sacristie 
Dans le bouge des argousins.

Il prospère ! — Il insulte, il prêche, il fait la roue ; 
S'il n'était pas saint homme, il eût été sapeur ; 
Comme s'il s'y lavait, il piaffe en pleine boue, 
Et, voyant qu'on se sauve, il dit : comme ils ont peur !

Regardez, le voilà ! — Son journal frénétique 
Plaît aux dévots et semble écrit par des bandits. 
Il fait des fausses clefs dans l'arrière-boutique 
Pour la porte du paradis.

Des miracles du jour il colle les affiches. 
Il rédige l'absurde en articles de foi. 
Pharisien hideux, il trinque avec les riches 
Et dit au pauvre : ami, viens jeûner avec moi.

Il ripaille à huis clos, en publie il sermonne, 
Chante landerirette après alléluia, 
Dit un pater, et prend le menton de Simone... — 
Que j'en ai vu, de ces saints-là !

Qui vous expectoraient des psaumes après boire, 
Vendaient, d'un air contrit, leur pieux bric-à-brac, 
Et qui passaient, selon qu'ils changeaient d'auditoire, 
Des strophes de Piron aux quatrains de Pibrac !

C'est ainsi qu'outrageant gloires, vertus, génies, 
Charmant par tant d'horreurs quelques niais fougueux, 
Il vit tranquillement dans les ignominies, 
Simple jésuite et triple gueux.

                      (Un Autre - Sept. 1850)

(.......)

Ainsi, quand, de ton antre enfin poussant la pierre, 
Et las du long sommeil qui pèse à ta paupière, 
Ô peuple, ouvrant tes yeux d’où sort une clarté, 
Tu te réveilleras dans ta tranquillité, 
Le jour où nos pillards, où nos tyrans sans nombre 
Comprendront que quelqu’un remue au fond de l’ombre, 
Et que c’est toi qui viens, ô lion ! ce jour-là, 
Ce vil groupe où Falstaff s’accouple à Loyola, 
Tous ces gueux devant qui la probité se cabre, 
Les traîneurs de soutane et les traîneurs de sabre, 
Le général Soufflard, le juge Barabbas, 
Le jésuite au front jaune, à l’oeil féroce et bas, 
Disant son chapelet dont les grains sont des balles, 
Les Mingrats bénissant les Héliogabales, 
Les Veuillots qui naguère, errant sans feu ni lieu, 
Avant de prendre en main la cause du bon Dieu, 
Avant d’être des saints, traînaient dans les ribotes 
Les haillons de leur style et les trous de leurs bottes, 
L’archevêque, ouléma du Christ ou de Mahom, 
Mâchant avec l’hostie un sanglant Te Deum, 
Les Troplong, Les Rouher, violateurs de chartes, 
Grecs qui tiennent les lois comme ils tiendraient les cartes, 
Les beaux fils dont les mains sont rouges sous leurs gants. 
Ces dévots, ces viveurs, ces bedeaux, ces brigands, 
Depuis les hommes vils jusqu’aux hommes sinistres, 
Tout ce tas monstrueux de gredins et de cuistres 
Qui grincent, l’oeil ardent, le mufle ensanglanté, 
Autour de la raison et de la vérité, 
Tous, du maître au goujat, du bandit au maroufle, 
Pâles, rien qu’à sentir au loin passer ton souffle, 
Feront silence, ô peuple ! et tous disparaîtront 
Subitement, l’éclair ne sera pas plus prompt, 
Cachés, évanouis, perdus dans la nuit sombre, 
Avant même qu’on ait entendu, dans cette ombre 
Où les justes tremblants aux méchants sont mêlés, 
Ta grande voix monter vers les cieux étoilés ! 

                                        (La Caravane - 25 novembre 1852).

 

Veuillot2

 

Hugo

Compagnon parlera d'inimitié féconde. La critique, qu'il rejoint, soulignant qu'à partir des Châtiments, le style poétique d'Hugo change et se charge d'accents populaciers qu'on ne lui connaissait pas et qui viendraient du style même de Veuillot, versificateur aujourd'hui oublié, mais en son temps avéré.

 

Ironie des choses, sur le tard, ces deux ennemis se mettent, physiquement, à se ressembler ......