Lydie Salvayre

Trop d'émotion tue l'émotion. Et je ne suis pas parvenu à entrer dans l'exposé de Lydie Salvayre. Je crois qu'elle y mettait trop d'elle. Impression ...

Pas pleurer , dit-elle, a été la tentative d'écrire le coup reçu à la lecture des Grands cimetières sous la lune, de Bernanos. Sans doute. Mais au-delà, lorsqu'elle lit quelques extraits, les enthousiasmes dont elle parle, des débuts de la Guerre d'Espagne au village, du remuement des frustrations qui aspirent à l'utopie, ne passent pas dans sa lecture, hésitante, empêchée, ça ne fonctionne pas. Evocation de quelques grandes références, Céline, Claude Simon, Simone Weil, Apollinaire, Baudelaire. Comprendre ou non la guerre. Pareille à l'amour est la guerre, a écrit Apollinaire. Baudelaire enthousiaste sur les barricades de 1848, qui parlera du plaisir naturel de la démolition, de l'amour naturel du crime. Words. On entend ivresse de détruire, viols joyeux .. Mais la réflexion sous-jacente ne passe pas, ne convainc pas. Quelque chose embarrasse là-dedans, gêne, porte à faux, et la pensée ne se structure pas, la philosophie morale se prend les pieds dans le tapis, et l'horreur effleurée reste abstraite. La guerre est immonde, et cet immonde-là demeure ici obstinément virtuel.

L'échange avec Antoine Compagnon ne sort pas des banalités maladroites. Une tentative pour distinguer la guerre civile de la guerre; l'intelligence n'avance pas, rien n'émerge. J'entends soudain en moi Jean Ferrat chanter Potemkine. C'était plus porteur de sens! Marin, ne tire pas sur un autre marin! Ils tournèrent leurs carabines, Potemkine. 

Un passage terminal un peu plus attachant sur la langue, et celle, le fragnol,  inventée par sa mère. Lydie Salvayre m'avait ému dans Pas pleurer. Je suis resté triste au bord de sa présentation. Je le redis. Trop d'elle, peut-être, qui a brouillé la forme et le fond du message.