Epuisé

Eh oui, leçon n° 12 ... et dernière.

Rendre compte, once again. Fatigue.

A.C. la déplore, cette dernière, elle interrompt son élan ...  et il se livre à quelques coquetteries sur le thème du cours de l'année prochaine, dont il réserve la primeur  à l'assemblée des professeurs du Collège, fin juin ...  Teasing ....

Là, en attendant, il faut en finir avec Sainte-Beuve - on dirait un titre d'Edouard Louis (En finir avec Eddy Bellegueule)...

L'exposé est essentiellement une succession de citations plus ou moins anecdotiques sur les relations parfaitement hostiles de Sainte-Beuve avec Chateaubriand dans la première partie, Balzac dans la seconde ...

... après malgré tout un bref prologue sur la vocation critique de Sainte-Bave (comme disait Victor Hugo) en justicier-vengeur, proclamant guerre littéraire ouverte, décidé à mener représailles et à exercer vengeance tous azimuts. Convoqués, au premier rang: Victor Cousin, Albert Villemain, François Guizot. On entend aussi les noms de Gustave Planche (quelques amusantes anecdotes sur lui ICI) et d'Henri de Latouche , qui avait la plume particulièrement venimeuse. Sur ce dernier, A.C. rapporte deux ou trois choses qu'on retrouve dans Wikipédia . Ce passage par exemple :  Son chef-d’œuvre, publié en 1829, fut "Fragoletta", roman mettant en scène "cet être inexprimable, qui n’a pas de sexe complet, et dans le cœur duquel luttent la timidité d’une femme et l’énergie d’un homme, qui aime la sœur, est aimé du frère, et ne peut rien rendre ni à l’un ni à l’autre", selon les termes de Balzac qui a reconnu par ailleurs sa dette à son égard, notamment pour "Séraphita".  La même année, Latouche écrit dans la Revue de Paris contre les romantiques, qui avaient été ses amis, un article fameux, intitulé "Camaraderie littéraire", auquel Gustave Planche répondit vertement par un article intitulé "De la haine littéraire". Ou encore ceci : Latouche, qui avait le don de découvrir les talents et a d’ailleurs modestement déclaré : "Mon seul orgueil se compose en littérature de deux souvenirs : avoir édité André Chénier et empêché George Sand de s’occuper de portraits à l’aquarelle". Et cette affirmation, enfin : "Ceux qui ont approché Latouche et qui ont pu l’apprécier complètement sont unanimes à faire ressortir la vivacité de son esprit pour la conception d’un sujet, et son infériorité dans son exécution".

Chateaubriand

Et donc, Chateaubiand, parangon du condottiere des lettres, modèle du charlatan de plume, selon Sainte-Beuve.  A.C. parle de la rivalité de Chateaubriand et de Lamartine, le second pensant et écrivant du premier qu'il est un faux grand homme, le premier pensant et disant (dans le salon de Mme Récamier) du second qu'il n'est qu'un grand dadais. Chateaubriand qui, selon Sainte Beuve, aurait laissé exécuter son cousin Armand, condamné par Napoléon pour intelligence avec l'ennemi (il travaillait pour l'Angleterre et les royalistes de l'intérieur au début des années 1800), afin de nourrir sa propre haine et de se conserver un motif de représailles (in De Buonaparte et des Bourbons). 

On reste quelques minutes sur le célèbre : Le pied lui a glissé dans le sang, prononcé par Chateaubriand contre Elie Decazes, favori de Louis XVIII devenu Président du Conseil à 39 ans, à qui il fait porter la responsabilité de l'assassinat du Duc de Berry, poignardé par l'ouvrier Louvel à l'entrée de l'Opéra, rue de la Loi, en 1820.  Le mot fit mouche mais aussi choqua. Sainte-Beuve, s’exprimant à la fois comme historien et critique littéraire, eut une bienveillance inattendue, disant : "Cette parole contre un homme aussi modéré que M. Decazes a pu paraître atroce. Sachons pourtant qu’avec les écrivains, il faut faire toujours la part de la phrase." Decazes démissionnera. Précisions diverses d'A.C. dont le reproche post-mortem de Lamartine.

Balzac

Enfin Balzac. Entre Sainte-Beuve et lui, cela n'avait pas mal commencé. Mais il y a eu ensuite, l'article de Sainte-Beuve dans la Revue des deux Mondes du 11 Novembre 1834 (on peut le trouver ICI). Après la parution de son roman, Volupté, que Balzac avait loué - sans cacher quelques réserves mais dans une lettre à Mme Hanska -  l'étude  sur Balzac qu'il signe (on peut la lire ICI) provoque la fureur de ce dernier qui dit à Jules Sandeau: Il me le paiera ; je lui passerai ma plume au travers du corps. Je referai Volupté. Ce qui donna Le Lys dans la Vallée. Même lu en biais, un article sur cette inimitié est intéressant, qu'on trouve ICI.

A.C. lit quelques lignes de Sainte-Beuve, extraites de Mes poisons

Ayant lu mon article sur lui dans la Revue des deux Mondes, Balzac dit: "Je me vengerai cruellement de Sainte-Beuve. Je referai Volupté". Et il fit Le Lys dans la Vallée.

Nous trouverions qu'il s'est bien vengé en effet, si certaines œuvres pouvaient être souillées de certaines approches. Balzac est un médecin (quelque peu suborneur) de maladies sous-cutanées, des maladies lymphatiques secrètes (…) il y a chez lui du docteur à privautés, qui entre par les derrières de l'alcôve … du manucure et de l'amuseur. Bien des femmes, même honnêtes, y sont prises. On l'aurait pu traduire en jugement pour maléfice. C'est un marchand à la toilette qui vend, rachète … et procure. (…)

Ampère dit de Balzac : "C'est drôle! Quand j'ai lu ces choses-là (certaines descriptions sales, ignobles, triviales), il me semble toujours que j'ai besoin de me laver les mains ou de brosser mes habits."

Il a fallu au plus fécond de nos romanciers, à Balzac, un fumier plus haut [qu'une] maison pour qu'il y poussât quelques fleurs maladives et rares. Et maintenant qu'il n'y a plus de fleurs et qu'il n'en poussera plus, le fumier monte, monte toujours. (…)

Balzac, jusqu'en ses meilleurs romans, a toujours gardé quelque chose de la bassesse et, pour ainsi dire, de la crapule de ses débuts.

Chaque critique a son gibier favori sur lequel il tombe et qu'il dépèce de préférence … Pour moi, c'est Balzac.

C'est à peu près tout. Ayant dit qu'il conclurait ces deux années de cours sans réelle conclusion, A.C. n'a pas conclu. Et ce fut là le fond des dernières minutes.