Ismaïl Kadaré - "Le dîner de trop" .
Paris – Gjirokastër.
C’est un grand roman que ce Dîner de trop, paru en 2009. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu Kadaré. J’ai été un peu déstabilisé dans les premières pages, je cherchais la ligne du récit, j’achoppais sur la mise en place du contexte, et puis, progressivement, je suis rentré dans le roman.
Il faut y aller.
C’est passionnant, de distance, d’humour triste, de lassitude lucide, de lucidité accablée. Kadaré vit à Paris, Kadaré est né à Gjirokastër, dans le sud de l’Albanie, Kadaré est universel et définitivement albanais. Il y a – qu’en penserait-il ? – des points communs avec José Saramago. Ils se rejoignent dans une humanité distanciée - vaudrait-il mieux dire un humanisme ? – où l’absurde structure et conforte la logique des comportements, dictés par le dérisoire. L’accident l’emporte sur le raisonné, l’accessoire dirige les attitudes, le hasard progresse à tâtons, la petitesse impose au destin, hagard, ses voies.
La trame romanesque ? Essentielle et pourtant secondaire, ou l’inverse. Une petite ville contemple des événements incompréhensibles aux enchaînements cahotiques articulés sur la défaite allemande du second conflit mondial, la guerre froide, les grimaces atroces du stalinisme , l’impossibilité de toute sérénité. Des ombres passent, des juges manœuvrent, des notables sont torturés, des passés resurgissent, dans une orchestration implacable où s’agitent des pantins dépassés. La roue tourne, c’est la construction littéraire qui prime, qui peu à peu entraîne et envoûte. C’est magnifique d’incertitude et le rire désabusé qui se retient d’être un ricanement se termine en constat désespéré et poignant.
A lire.






