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Mémoire-de-la-Littérature
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24 février 2015

LECTURES SUIVIES

Beckett

En attendant Godot Samuel Beckett

Au programme de l'aîné de mes petits-enfants, classe de première. J'ai relu ça à l'écran; on trouve facilement le texte sur le net. J'ai vu jouer la pièce il y a une trentaine d'années, il me semble. Un souvenir très vague de plateau désert et de clochards gueulards. Pas grand-chose d'autre.

Là, une première lecture rapide m'a laissé amusé et incertain. Du creux rempli avec du vide. Une interview de Roger Blin m'a bien plu, où le metteur en scène raconte que Beckett, venu voir ce qu'il montait avant même d'avoir à lui proposer Godot, avait été ravi de constater que dans le cadre de ses choix (?) le théâtre était à peu près vide.  On trouve dans lemonde.fr, datant de 2006, un intéressant article (http://www.lemonde.fr/livres/article/2006/06/01/en-attendant-godot-le-jour-ou-la-terre-a-tremble_778378_3260.html).

A lire in extenso, mais j'en extrais la première partie :

Le 5 janvier 1953, En attendant Godot est joué pour la première fois au Théâtre de Babylone, à Paris, dans la mise en scène de Roger Blin. Il n'y a pas grand monde, jusqu'au jour où des spectateurs, excédés qu'il "ne se passe rien", en viennent aux mains. La chose se sait, et il n'en faut pas plus pour que tout le monde veuille voir.Le scandale appelle le triomphe : Godot reste plus d'un an à l'affiche.

2 janvier 1957 : En attendant Godot est joué pour la première fois à Varsovie. Près de la moitié des spectateurs quittent la salle à l'entracte. Les dix jours suivants, il y a beaucoup de places vides dans le théâtre. Puis, tout d'un coup, les réservations "explosent". Des samizdats qui circulent en ville rapportent des informations sur le rapport que Krouchtchev a tenu devant le XXe congrès du parti sur les crimes de Staline. Les Polonais ovationnent Godot. Pour eux, ce qu'il représente est devenu clair : c'est le socialisme.

Des exemples de ce type, il y en a plus d'un : Godot n'étant pas Dieu ("Si j'avais voulu dire Dieu, j'aurais écrit en attendant Dieu (God)", a dit un jour Beckett), il sera d'abord celui par qui le malentendu arrive, ce que son auteur ne cessera de regretter, sans jamais se justifier. Malentendu au double sens, d'ailleurs, de la confusion sur le sens et de la mauvaise audition.

 Aucune pièce dans l'histoire du XXe siècle n'a eu un tel effet. Le théâtre ne s'en est jamais remis. Si, aujourd'hui, toute l'oeuvre de Beckett est jouée, et s'il y a en elle des pièces qui poussent plus loin l'exploration, jusqu'au dernier souffle de l'humain, jusqu'à Catastrophe et Quad, c'est encore et toujours à Godot qu'on revient, comme on se penche sur le tracé d'une ligne de fracture, après un tremblement de terre.

Car, oui, la terre a tremblé quand sont apparus ces deux hommes sur une "route à la campagne, avec arbre". Un seul arbre, Beckett y tenait beaucoup. Un arbre, cela suffit pour se pendre. Deux hommes, cela fait une humanité : Vladimir et Estragon la contiennent, dans leur longue marche immobile, sur le chemin de la vie où ils attendent Godot, mais "Monsieur Godot m'a dit de vous dire qu'il ne viendra pas ce soir mais sûrement demain", leur dit un petit garçon envoyé en messager. Alors ils attendent, en vain et sans fin, et leur attente occupe tout, jusqu'à l'air qu'ils respirent. Et ce n'est pas le passage sur la route de Lucky et Pozzo, le maître et le valet drôlement enchaînés, qui les en détourne.

"Alors, on y va ?", dit à la fin Vladimir. "On y va", répond Estragon. Tombe la dernière phrase, l'indication de Beckett : "Ils ne bougent pas." "Rideau." Ce qui a infiniment bougé, dans l'immobilité des deux hommes, c'est précisément cette immobilité. Beckett avait pour usage de répondre à un ami chaque fois que ce dernier lui demandait : "Comment ça va ?" : "Je me le demande !" Il disait aussi : "Toute ma vie j'ai tapé sur le même clou."

J'avais repris le texte en seconde lecture avant d'avoir pris connaissance de l'article. Bis repetita. Effectivement, un charme opère. Ce vieux couple de clochards, dont l'un prétend avoir dans le temps sauvé l'autre, et qui en fait accotent réciproquement leurs détresses, qui tournent en rond en faisant du sur place, tiennent des propos d'ivrogne dont l'absurdité construit lentement une forme de poésie amère et peut-être sage, ce couple de clochards, dans cette attente aussi vaine que quotidiennement renouvelée d'un hypothétique et indéfini Godot, semble vraiment illustrer l'affirmation Le but, c'est le chemin, prêtée selon les sources, à Gœthe ou à Lao Tseu, le premier peut-être inspiré par le second. L'intérêt de l'espoir, c'est en quelque sorte l'attente qu'il suscite. Pour le spectateur / lecteur ici, en tout cas.

Devant des textes bâtis sur d'impénétrables affirmations ou la compilation de questions dont la répétition ad nauseam finit par créer ce qu'on prend pour une profondeur à explorer, on se trouve comme ici, partagé entre le haussement d'épaules du premier choc, et le questionnement interloqué de la deuxième approche.

Première écoute / lecture : Quelle foutaise!

Deuxième abord : Et si tout cela avait vraiment un sens?

Mais pour revenir à la situation pédagogique qui m'a jeté là-dedans, je suis partagé entre les belles perspectives d'un dialogue de classe rêvé entre de jeunes interlocuteurs curieux dialoguant avec une intelligence expérimentée, et la crainte d'un joyeux foutoir agrémenté de "M'sieur / M'dame, ça veut dire quoi ce truc?".

J'aurai bientôt le compte-rendu …..

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3593659

25 métamorphoses d'OvideLe livre de poche Jeunesse. (Annie Collognat). 

Un petit-fils, en classe de sixième, doit lire cela pendant ces congés d'hiver. Il est à la peine. De lire à ses côtés (avant lui en fait) ce petit livre m'a renvoyé, moi,  très loin en arrière, au temps où j'étais un gamin féru de mythologie grecque et latine.

Il ne m'en est d'ailleurs tristement resté que des bribes navrantes, quelques îlots qui surnagent et une émotion particulière, absolue et comme tout ce qui est excessif, un peu ridicule, à l'évocation de Mme Vernières (ci-dessus, mais j'étais alors ailleurs, en Sup) qui fut mon professeur de lettres classiques plus avant, au lycée, en classes de seconde et de première. Epouse d'un universitaire éminent spécialiste de Diderot, cette femme haute en couleur est morte en 1994 en me laissant le regret de n'avoir pas su maintenir avec elle un contact qui, excédant la relation professeur-élève, m'enchantait.

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Grunspan

Marcel Proust – Tout dire. (Cyril Grunspan).

Voici donc un Normalien supérieur, agrégé et docteur en Mathématiques, passionné de Proust au point de se retrouver coordinateur général de projets d'exposition Proust en Italie et  d'avoir produit en 2005, chez un éditeur  italo-français (Portaparole), ce petit livre de plus qui ne m'a pas désagréablement traversé.

Une micro-biographie qu'il s'est donné le plaisir d'écrire, avec quelques dérapages étonnants (ainsi on y apprend en page 13 que Swann a dîné avec René Coty !) mélangés à des références exactes, par exemple, le faible évidemment fictif de d'Annunzio pour la duchesse de Guermantes : "(…) je n'avais encore fait que quelques pas dans les salons avec la duchesse de Guermantes quand une petite dame brune, extrêmement jolie, l'arrêta : "Je voudrais bien vous voir. D'Annunzio vous a aperçue d'une loge, il a écrit à la princesse de T... une lettre où il dit qu'il n'a jamais rien vu de si beau. Il donnerait toute sa vie pour dix minutes d'entretien avec vous. En tout cas, même si vous ne pouvez pas ou ne voulez pas, la lettre est en ma possession. Il faudrait que vous me fixiez un rendez-vous. Il y a certaines choses secrètes que je ne puis dire ici. (…)" "  

La petite dame brune, c'est Mme Timoleon d'Amoncourt, personnage peu récurrent de la Recherche mais qui donne ici lieu à ce portrait amusant : " C'était une femme charmante, d'un esprit, comme sa beauté, si ravissant, qu'un seul des deux eût réussi à plaire. Mais, née hors du milieu où elle vivait maintenant, n'ayant aspiré d'abord qu'à un salon littéraire, amie successivement – nullement amante, elle était de moeurs fort pures – et exclusivement de chaque grand écrivain qui lui donnait tous ses manuscrits, écrivait des livres pour elle, le hasard l'ayant introduite dans le faubourg Saint-Germain, ces privilèges littéraires l'y servirent. Elle avait maintenant une situation à n'avoir pas à dispenser d'autres grâces que celles que sa présence répandait. Mais habituée jadis à l'entregent, aux manèges, aux services à rendre, elle y persévérait bien qu'ils ne fussent plus nécessaires. Elle avait toujours un secret d'État à vous révéler, un potentat à vous faire connaître, une aquarelle de maître à vous offrir. Il y avait bien dans tous ces attraits inutiles un peu de mensonge, mais il faisaient de sa vie une comédie d'une complication scintillante et il était exact qu'elle faisait nommer des préfets et des généraux."

Nouvelle approximation quand Cyril Grunspan fait redoubler à Marcel sa classe de seconde. Il s'agit de la classe de cinquième. Il venait d'entrer à Condorcet (alors lycée Fontanes) et y a d'ailleurs fait une scolarité assez chaotique. Ou bien encore, c'est John Ruskin, que Proust a traduit et qui devient, au lieu de Sésame et les lys, l'auteur d'un fautif "Les sésames et les lys" . Réunion de deux conférences sur la lecture, l'ouvrage se réfère bien sûr au Sésame ouvre-toi! des Mille et Une nuits et la caverne aux trésors qu'il ouvre est une bibliothèque pleine de livres.

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Unknown

Sur Proust – Jean-François Revel (Les Cahiers Rouges / Grasset)

Je n'avais jamais lu cet essai de JF Revel. C'est une étude que Revel affirme faite "de chic", après la relecture en 1955 , sans doute dans l'alors récente édition de La Pléiade (1954), d'une Recherche une première fois lue quinze ans plus tôt.

Le livre m'a intéressé -  mais de fait, tout texte sur la Recherche ou presque devient intéressant par cette proximité  même – sans que je sois certain qu'il me laisse grande trace. Cela m'a semblé (trop) souvent surplombant, péremptoire, bref, agaçant. L'affirmation tombe : "Antisthène déconseillait à ses disciples d'apprendre à lire. Il avait raison. Lire ne s'apprend pas."

Ce n'est qu'un mot, par ailleurs absurde, sauf développement. Du terrorisme intellectuel. De fait, et comme d'habitude, si le livre éclaire un peu sur quelques idées de Revel, dont son goût pour Montaigne, il n'apprend guère sur les enchantements de Proust. Le mystère de la lecture, comme toujours, demeure. Ce qui nous emporte est inexplicable et le commentaire l'affaiblit. Tout est dans le texte et y reste enfoui. Revel découpe en tranches son approche (Proust et la vie – Proust contre les snobs - Proust et la politique – etc.) , et passe au laminoir, de plus en plus au fil des chapitres, avec un ton de professeur morigénant une mauvaise copie de philosophie, une pensée théorique proustienne sur le piétinement de laquelle, peut-être, il croit asseoir sa profondeur.

Il faut reconnaître que – sans doute comme beaucoup de proustophiles … et comme le Cyrano de Rostand en ce qui le concerne – si je formule in petto des réserves à la lecture, je ne supporte pas "que d'autres me les servent".

Du coup, en circulant autour de Revel sur le net, je suis retombé sur quelques prestations de sa veuve, Claude Sarraute, dont une où elle va se glorifiant, chez Ruquier, de n'avoir en quarante trois ans de mariage, assuré que quatre ans de fidélité. Mais il en faisait autant de son côté. Passons.

Ah! J'oubliais ! Cité ci-dessus, Antisthène, philosophe grec autour des années 400 av. J.C., est donné comme fondateur de l'école Cynique, qu'a tant illustrée Diogène. Il était de caractère ombrageux et on le retrouve dans les vers de Baudelaire consacrés à Don Juan:

Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine


Et lorsqu'il eut donné son obole à Charon,


Un sombre mendiant, l'oeil fier comme Antisthène,


D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron. (…)

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AVT_Annie-Ernaux_676

La PlaceAnnie Ernaux  (Folio – Gallimard)

Un petit repentir, concernant Annie Ernaux sur qui j'ai plusieurs fois porté des jugements fluctuants.

Sommé par le professeur de l'aîné de mes petits-enfants de lire un de ses premiers livres, en l'occurrence celui-ci, je me suis retrouvé du côté du meilleur. Une biographie prenante, émouvante et percutante de son père. Oui, extrêmement touchant. Un livre d'écrivain. 

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  • Compte-rendu subjectif - de l'installation de sa chaire en décembre 2005 à son départ à la retraite - du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. Peut servir de référence. Manque l'année où le sujet a été: 1966 Depuis, comptes-rendus aléatoires selon l'humeur sur l'actualité littéraire et éventuellement d'Antoine Compagnon.
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