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Mémoire-de-la-Littérature
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7 février 2017

SÉMINAIRE N° 5

                  JEAN CHARLES DARMON – Professeur d'université, etc.

jcdarmon

On a parlé de Cyrano, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Il est posé d'emblée comme cas "hors pair" illustrant une Littérature-Sport de combat.

Et Théophile Gautier souligne son courage, rare chez les poètes.

La référence essentielle a été sauf erreur  ses Lettres diverses, satiriques et amoureuses (publiées en 1654),  dont quelques extraits ici ou là ont été lus, mais qui souvent n'ont été que citées par leur numéro ou leur intitulé.

Le fonds :  24 lettres diverses, 19 lettres satiriques et 12 lettres amoureuses.

On peut en prendre connaissance ici :

http://www.livre-et.fr/livret/fichiers%20pdf/Cyrano_lettres.pdf

Les notes que j'ai prises et le souvenir médiocre que j'ai gardé de la séance découragent un peu le compte-rendu. L'échange final avec Antoine Compagnon (un non-échange, en fait) a été un bide tout à fait remarquable.

Il m'est de plus en plus évident que sauf exception particulièrement exceptionnelle, le commentaire de textes est un exercice dont le résultat essentiel est l'appauvrissement du texte commenté. Je ne refuse pas les éclairages sur tel terme rare ou telle allusion historique, mais sinon, de grâce, point de truchement entre le lecteur et le texte. Les Lettres de Cyrano, il n'est que de les lire.

Ont été citées les lettres suivantes :

Le duelliste  (Diverses – XV)

Contre Soucidas ("verlan" de Dassoucy) (Satiriques – V)

Contre un pilleur de pensées (Satiriques – VIII)

Contre les sorciers (Diverses – XIII)

Description d'un cyprès (Diverses – VIII)

Pour les sorciers (Diverses – XII)

Contre un gros homme (Satiriques – X)

Et, une dernière, dépourvue de titre, dans les Lettres  Amoureuses: n°  VII

Personnalités et allusions que l'on a vues passer (notices très, mais pas exclusivement, wikipédiées):

Le Bret (Henry; 1619-1710) : Ami, dans son enfance et sa jeunesse, de Cyrano, dont il publiera, deux ans après sa mort, Les États et Empires de la lune. Il est soldat dans le régiment des Gardes-Françaises, puis avocat au conseil du roi. Entré dans les ordres après la mort de Cyrano, il devient le bras droit de l'évêque de Montauban dans la reconquête catholique de ce bastion du protestantisme. Il publie, en 1668, une Histoire de Montauban.

Dassoucy (Charles Coypeau, dit; 1605-1677): Il écrit et il compose (luthiste). Vers 1640, il vit chez Cyrano de Bergerac (on les a donnés pour amants (?)). Dix ans plus tard ils sont fâchés et Cyrano le poursuit de sa vindicte. L'homosexualité de Dassoucy semble avérée. Il dira lui-même : "Les femmes m’appelaient hérétique, non pas en fait de religion mais en fait d’amour". Emprisonné pour sodomie en 1652, 1655 et 1673.

Scarron (Paul; 1610-1660): Auteur du Roman comique et inspirateur ainsi de Gautier pour son Capitaine Fracasse. Infirme au dernier degré à partir de 1638, il épouse en 1652 Françoise d'Aubigné, orpheline sans fortune, alors âgée de seize ans et demi, et future Mme de Maintenon. Cyrano écrit un Contre Ronscar (Contre Scarron – Satiriques (XI))

Gerzan (François du Soucy, sieur de - on trouve aussi : François Gerzan, sieur du Soucy; 1567-1625): Il est cité dans Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la Renaissance, ouvrage publié chez Droz en 2007, comme romancier, ami de Descartes et de Guez de Balzac (1597-1654; satiriste et grand prosateur).

Garasse (François; 1585-1631): En 1601, Garasse entre dans la compagnie de Jésus : il solliciteet obtient de ses supérieurs la permission de se livrer à la prédication. Il met toute son énergie à lutter contre l'hérésie et le libertinage. Sa propension à la calomnie effraie, dit-on, l'ordre des Jésuites même, et il est démenti par nombre de ses pairs. Son éloquence virulente sert toutefois l'ordre lors de sa querelle avec l'Université de Paris, opposant l'allégeance romaine des Jésuites au gallicanisme de la Sorbonne. Il s'implique dans la mise en accusation de Théophile de Viau qui manque à mener ce dernier au bûcher. 

Théophile de Viau (1590-1626): Poète le plus lu au XVIIe siècle, il sera oublié à la suite des critiques des Classiques, avant d'être redécouvert par Théophile Gautier. Depuis, Théophile de Viau est défini comme un auteur baroque et libertin. Il était entré en contact avec les idées épicuriennes du philosophe italien Giulio Cesare Vanini  qui remettait en cause l'immortalité de l'âme. Banni de France en 1619, accusé d'irréligion et d'avoir des mœurs indignes, il revient en 1620 à la cour. À la publication sous son nom de poèmes licencieux dans le recueil le Parnasse satyrique en 1622, il est, sur dénonciation des jésuites, condamné en 1623 à apparaître nus pieds devant N.D. de Paris  pour y être brûlé vif. La sentence est exécutée en effigie tandis qu'il se cache. Arrêté alors qu'il tentait de passer en Angleterre, il est emprisonné à la Conciergerie pendant près de deux années tandis que le père Garasse se livre à une véritable analyse de texte de ses poèmes pour obtenir sa condamnation à mort en y lisant un éloge de la sodomie. 

Baltasar Gracian (1601-1658): auteur de l'Homme de Cour, souvent rapproché du Prince, de Machiavel. Ici, c'est un traité de 1648, La pointe ou l'Art du Génie (Agudeza y arte de ingenio) , consacré à l'éclair de génie que peut être aussi bien la pointe d'une épigramme que la réaction instantanée à un événement (Alexandre tranchant le nœud gordien), qui est référencé.

Vanini (Giulio Cesare; 1585-1619): ce philosophe et libertin italien poursuit une carrière à religion variable, abjurant le catholicisme puis y revenant. Accusé d'athéisme et de corruption de mœurs par l'Inquisition, il fera partie des victimes du zèle du Père Garasse et sera condamné à avoir la langue coupée, puis à être étranglé et enfin brûlé en place publique (à Toulouse). Les hurlements de Vanini furent, dit-on, de mémoire de Toulousain, les plus horribles jamais entendus.

Il y a eu, bien sûr des présentations théoriques sur l'art et le sens de la pointe, des rapprochements avec l'escrime, des contextualisations et des mises en perspective, des assertions ou citations annexes (La plupart des pointes reposent sur des équivoques / Toujours on a bien fait, pourvu qu'on ait bien dit / La pointe, dans ses excès, qui veulent afficher un manque de sérieux,  peut viser à tourner la censure /  Sous la pointe peut pointer la philosophie / …), et puis, après le constat qu'on n'aurait pas le temps de dire tout ce qu'on avait préparé, une conclusion articulée autour de trois aspects: l'équivoque, la grimace, la souplesse. J'avais décroché. Il y a été question du Dictionnaire Historique et Critique de Pierre Bayle (1647-1706), article Garasse, du démon (daïmôn) de Socrate, de Campanella (Tommaso; 1568-1639), dominicain et philosophe qui n'aimait guère Aristote, de Samuel Sorbière (1615-1670), médecin, philosophe, traducteur de Hobbes et de Gassendi, et j'en ai peut-être oublié.

Quelques applaudissements qui m'ont semblé de politesse et puis, je l'ai dit en commençant, la parodie d'amorce d'un débat avec AC qui a heureusement, inexistant, tourné court.

Je sors une fois de plus de là, enchanté d'avoir découvert les Lettres de Cyrano, dont je ne savais au fond rien et que je vais tranquillement lire, et étonné de constater combien ces "savants universitaires" peuvent distiller d'ennui.  Il y a trop de blancs, la parole hésite, le dynamisme est absent, les exemples fournis ne semblent pas toujours pertinents au regard de leur introduction …

Au moment de déchirer mes notes, je redécouvre que Jean-Charles Darmon a évoqué en passant "le souhait de Caligula", comme si cet énoncé était auto-suffisant. Quel souhait? Abandonner Rome pour aller s'installer à Alexandrie? Nommer son cheval Incitatus sénateur ou consul? Encore un trou dans le tissu de mon suivi …

Incitatus

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  • Compte-rendu subjectif - de l'installation de sa chaire en décembre 2005 à son départ à la retraite - du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. Peut servir de référence. Manque l'année où le sujet a été: 1966 Depuis, comptes-rendus aléatoires selon l'humeur sur l'actualité littéraire et éventuellement d'Antoine Compagnon.
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