SEMINAIRE N° 7 – Joël Dicker - BOXE ET LITTERATURE
Le livre de Joël Dicker, La vérité sur l'affaire Harry Québert, a été un énorme succès d'édition. Dans un billet du 1er décembre 2015 (http://ednat.canalblog.com/archives/2015/12/01/index.html) j'ai affirmé comme voisin de zéro son intérêt littéraire et avoué que je l'avais dévoré en trois jours. On pourra utilement s'y reporter.
L'invitation d'Antoine Compagnon m'a donc un peu surpris. Le roman de gare entre au Collège de France …. Les applaudissements ont été nourris.
Il y a deux façons d'interpréter l'intitulé du cours de cette année, La littérature comme sport de combat. On peut retenir la version Edward Bulwer-Lytton : pour le règlement d'un conflit, pour s'assurer la victoire dans un affrontement, plutôt que de pourfendre à coups d'épée, terrasser par le verbe. Ou bien alors, et c'est au fond le sens de l'exposé de Joël Dicker, on en reste au pied de la lettre et on se demande, stricto sensu, si l'acte d'écrire présente les caractéristiques de l'exercice sportif, catégorie "Sports de combat".
Le choix de Dicker comme séminariste ne me semble pas très heureux. Sur ce créneau, Pierre Jourde, professeur d'université, excellent écrivain et pratiquant assidu de boxe française m'aurait paru plus pertinent.
Dicker me semble un peu léger. Il a avoué 32 ans et il n'était visiblement pas impressionné – sans doute du haut de ses tirages (1,5 millions d'exemplaires en France pour Harry Québert) – par le lieu, pas plus que par les questions de Compagnon. Il n'a énoncé que des banalités personnelles comme on enfile des perles, dans un long parallèle où l'adversaire de l'écrivain-boxeur devient le lecteur-challenger, où la page couverte de signes manuscrits est le sac de sable bourré de coups de poings, etc. Sincère, sans doute. Naïf aussi : visiblement, il pense faire de la littérature. La présentation de sa journée de travail type: lever 4h – écriture – repas consistant : 5h30 – écriture – Repas : 12.30 – écriture – jusqu'à 19h30 me laisse rêveur. Un nouveau Balzac? Il se dit forçat de la plume heureux. Sisyphe aussi, d'après Camus. Je suis dans les deux cas réservé.
Compagnon n'a pas semblé entièrement convaincu (le lecteur comme adversaire l'a surpris; l'acmé du combat au moment de la parution du livre aussi; écrire lui semblait davantage s'apparenter à une exploration qu'à une raclée; etc.) mais s'est dit intéressé.
Tout ça n'est pas allé très loin.
C'est Marc Fumaroli qui avait conseillé Harry Québert à A.C. qui apparemment avait aimé. Deux professeurs du Collège de France pour un roman de pacotille, c'est beaucoup!
Depuis Harry Québert, Joël Dicker a publié Le livre des Baltimore, une sorte de suite. Je n'ai pas eu envie d'essayer. La critique semble lui avoir trouvé quelques qualités et pas mal de défauts. Dont acte. La veine dickerienne ne me paraît pas prometteuse.
