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Mémoire-de-la-Littérature
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7 février 2014

Le Guerrier Appliqué – Jean Paulhan

Jean_Paulhan_(1967)

Un tout petit livre, assez étrange. L'impression immédiate d'un Jean de la Lune, plutôt à côté de ses pompes. Un fatalisme distancié, aux attentes curieuses : "… voici, me disais-je, tout un ordre de joies singulièrement vives, comme de plonger sa baïonnette dans un ventre ennemi, dont je me sens exclu (…)"

Sec, regardé plus que vu, constaté plus que partagé. Glintz a été tué, mais Caronis a la tête ailleurs, il part au village avec l'intention de tirer un coup et les renseignements pour : "Tu rentres, tu lui demandes un verre, tu peux lui proposer ça tout de suite – Elle saisira? – Caronis se peigne la moustache et tire du sac une chéchia neuve – Elle a l'habitude. Ah, nature, tu lui offres aussi quelque chose."

Et puis on apprend la vérité : "Pour Glintz, reprend gravement Delieu, il ne faut pas dire. C'est nous qui l'avons tué; c'est Pourril, de la troisième section. Il n'avait pas été prévenu que la patrouille sortait, il a d'abord cru à des allemands. – Ah, dit Caronis, c'est mort à l'ennemi quand même (Ç'avait été le mot de Glintz [avant de mourir]). Et, après avoir réfléchi: Tout de même, nous en avons aussi qui tirent bien – J'avais eu la même pensée."

Des notations laconiques et lacunaires, parcellaires, pour souligner une antipathie, signaler une amitié. Comme un collage de courtes impressions, de phrases entendues, de bribes d'anecdotes, de débuts de réflexions, abouties ou pas.

La haine aussi, courte haine, au détour d'une phrase, parce que dans la tranchée si proche, on entend chanter des allemands: "… et la haine haute pour tous ces hommes qui chantent sur notre terre où nous restons silencieux."

Il y a des flashes brutaux au milieu du texte, sans avant, ni après : "Vers onze heures, la corvée nous apporta une marmite de bœuf bouilli, du riz et un seau de jus froid. Comme Beaufrère versait un quart à Leyraud, une grenade stupidement éclata entre eux et déchira leurs deux visages. Puis l'on nous ramena à l'arrière (etc. …)"

Paulhan est un curieux narrateur, extérieur à lui-même, étonné devant ses ersatz de réactions, ses esquisses de sentiments, flottant dans ses actions comme dans un costume un peu grand, empêché de réfléchir en même temps qu'il fait. Il enregistre des images, spectateur de son moi agissant. On imagine assez bien Meursault (Camus; L'étranger) au front.

Ça se lit en moins de deux heures. Nettement moins.

Alain et Paul Valéry, paraît-il, n'en pensaient que du bien …

14-18-carte-tranchees-03

 

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  • Compte-rendu subjectif - de l'installation de sa chaire en décembre 2005 à son départ à la retraite - du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. Peut servir de référence. Manque l'année où le sujet a été: 1966 Depuis, comptes-rendus aléatoires selon l'humeur sur l'actualité littéraire et éventuellement d'Antoine Compagnon.
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