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Mémoire-de-la-Littérature
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23 février 2017

LEÇON N°6 – FAIRE DES PERSONNALITÉS

Mardi 21 /2 / 2017

Faire des personnalités

                                                  Journaliste contemporain surpris à Faire des personnalités

 On y a passé la totalité de la séance. Sur la fin, je me suis endormi et c'est une allusion à Charles Demailly qui m'a réveillé. Un trou d'une dizaine de minutes. Après deux semaines de suspension, Antoine Compagnon a annoncé qu'il avait approfondi sa recherche et il a psalmodié la longue litanie des auteurs de tous ordres et des dictionnaires de tous calibres qui avaient utilisé ce mot de personnalité(s) pour l'énoncer ou le définir. Remarquablement ennuyeux.

La personnalité, entendue comme forme discursive de la caricature, est ainsi déroulée dans tous ses états, en gros depuis son apparition au milieu du XVIII° siècle, jusqu'à sa disparition, probablement entre les deux conflits mondiaux.

Elle est l'arme par excellence de la guerre littéraire.

Et l'on entend Diderot, Voltaire, Marmontel (pas très connu, Jean-François Marmontel, né à Bort-les-Orgues le 11 juillet 1723 et mort à Habloville le 31 décembre 1799  -  encyclopédiste, historien, conteur, romancier, grammairien et poète, dramaturge et philosophe français), Rousseau, Mme de Staël, etc. On finira avec Charles Péguy.

Sont au passage cités, à propos d'anecdotes, Armand Carel, journaliste, essayiste, à qui un duel coûtera la vie en 1836, duel avec Emile Girardin, patron de La Presse qui l'avait  menacé de révéler dans son journal l’irrégularité de sa vie privée avec une femme mariée, Paul-Louis Courier, pamphlétaire émérite qui finira en 1825, assassiné par des domestiques mécontents, Rivarol, autre pamphlétaire aussi royaliste que fameux, Jules Janin, Le Poitevin (1791-1854), peu connu, dramaturge et qui écrivait beaucoup dans les petits journaux, etc.

1819 – Introduction du délit d'outrage à la morale publique .

1827 – Loi "Justice et amour", destinée à définitivement museler la presse française .

1828 -  Loi Portalis (1778-1858) visant à supprimer l'autorisation préalable au profit d'un cautionnement important

Blague : argot militaire; terme lié à la blague à tabac. Le blagueur s'apparente du coup au demi-solde. Le Blagueur raille, là où le Bravo tue.

Passage en revue enfin de divers règlements, de l'assemblée constituante de 1789 au Parlement anglais, proscrivant dans les échanges entre parlementaires de se livrer à des personnalités. Le mot est encore en usage et en ce sens aujourd'hui chez les anglo-saxons (personalityto indulge in personalities, c'est faire des remarques désobligeantes – coup bas). 

Antoine Compagnon, pour terminer, renvoie à Auguste Barbier (1805-1882 – il fut élu contre Théophile Gautier à l'Académie Française, ce qui fit scandale ) et à son poème de 1862, Nos raffinés, plus précisément dans ce poème à la septième strophe (Mieux encore, elle unit la plume à la rapière …)  qui lui paraît rassembler, ramasser, en une synthèse dense, nombre des éléments dont ici il débat. Le poème est long, mais coule bien et je le donne ci-après en entier. A.C. en a lu la strophe indiquée. Après quoi le cours consentit à se clore sur quelques applaudissements dont je me demande toujours quelle est l'automaticité et quelle est l'authenticité.    

NOS RAFFINÉS –

Voulez-vous en voir un ? Tenez, voilà qu’il passe
Le nez haut et d’un air disant : faites-moi place ! -
Ce n’est plus, comme au temps du sombre roi Louis,
Un jeune homme à panache, aux talons enfouis
Dans de larges houzeaux doublés de brocatelle,
En pourpoint de velours, en collet de dentelle,
À rapière dressée en-dessous du manteau ;
Non, c’est moins tapageur, moins élégant, moins beau,
Mais non moins agaçant ; ce grand chercheur de noise
Se présente aujourd’hui d’une façon bourgeoise.
Selon le goût du jour, et souvent très-peu neuf,
Son torse est revêtu d’un simple drap d’Elbeuf.
Sur sa lèvre un cigare énormément s’avance,
Entre ses doigts un jonc de Verdier se balance,
Des gants jaunes aux mains, du vernis noir au pied,
À peu de frais voilà notre homme tout entier.

Quel est-il ? D’où vient-il ? Ah ! C’est là le mystère !
Ne cherchons pas trop haut, car ce n’est d’ordinaire

Que le fils d’un marchand ou d’un courtier marron
Qui n’a jamais rien fait et ne s’est trouvé bon
Qu’à battre le pavé, qu’à mener grasse vie,
Manger chaud, boire frais, en folle compagnie,
Et suivre jusqu’au jour sur un divan fumeux
Les étranges hasards d’un baccarat fiévreux.

Pourtant devant son nom la noble particule
Brille et sur le vélin carrément s’articule.
A-t-il droit d’y prétendre ou bien ne l’a-t-il pas ?
Il n’est point très-aisé de résoudre le cas ;
Le fait est qu’il la prend : elle est si nécessaire !
Par elle il se faufile en la bande légère
Des prodigues titrés, puis c’est un passe-port
Auprès des usuriers, princes du coffre-fort,
Des fournisseurs craintifs, des femmes de théâtre
Autour de qui son cœur gratuitement folâtre.

D’ailleurs qui là-dessus voudrait le chicaner ?
Aucun-faudrait-il pas soudain se voir mener
Sur le pré, comme il dit en style de régence.
Pour lui vertu n’est point ce qu’un vain peuple pense,
Obéissance pure aux préceptes de Dieu.
Payer ce que l’on doit, vivre chaste et de peu
N’est pas son idéal... mais en toute querelle
Ne jamais reculer même d’une semelle,
Ne se point démentir, eût-on tort mille fois,
Et toujours, le ton haut, rendre fève pour pois,
Tel est le fin des fins, ce qui le touche aux larmes.
Le type de l’honneur, c’est l’habile en faits d'armes ;
L’école de l’honneur, c’est la salle du tir,
Où tout brave s’en vient d’adresse se munir.

Qu’il est fier, qu’il est beau lorsqu’une triste histoire
De duel malheureux le conduit au prétoire !
Comme il pose en docteur devant le magistrat !
Il professe l’escrime, il se montre en état
D’en donner des leçons à la cour elle-même ;

Du geste il en décrit plus d’un bon stratagème ;
Et s’il parle d’un maître en ce noble métier,
C’est pour dire qu’il est l’ami du grand Grisier,
De l’illustre Grisier ; il sait page par page
Le code du duel, rare et profond ouvrage
De feu Chateauvillard, ce Portalis charmant
Du bel art d’embrocher son homme galamment.
Il en cite le texte et vivement s’étonne
Qu’on connaisse si peu le livre et la personne.
À ce propos, d’un ton légèrement badin,
Il blague, c’est le mot, le procureur Dupin,
Cet ardent ennemi des manieurs d’épée
Et par qui si souvent leur audace est frappée.
Enfin dans son lyrisme il s’écrie avec feu :
« Le duel ! C’est, messieurs, le jugement de Dieu !
Sans lui que deviendrait la dignité des âmes ?
Sans lui plus de respect des vieillards et des femmes ;
Il est, comme l’a dit un penseur magistral,
Monsieur Guizot, il est le fait le plus moral
De nos âges nouveaux. Ah ! Si, par trop sévère,
Thémis le veut bannir aujourd’hui de la terre,
Il trouvera toujours ouvert à son accès
Un asile assuré - le noble sol français... »

Tout cela ne serait que grotesque et risible,
Si messieurs du plastron et messieurs de la cible
S’éloignaient rarement des cafés et tripots
Où leur aplomb se fait admirer par les sots.
Mais cette race, hélas ! Se répand dans le monde ;
En maint riche salon elle pénètre, abonde,
Et tient là sous l’ampleur de sa fatuité
La place du savoir et de l’honnêteté.

Mieux encore, elle unit la plume à la rapière
Et depuis quelque temps s’est faite littéraire.
Héroïques champions des muses, ces bravos
Emplissent de leur bruit le sous-sol des journaux.

Là passe le torrent de leur littérature
En incroyable histoire, en lubrique aventure ;
Et quand l’invention manque et les laisse à plat,
Aux personnalités leur esprit se rabat.
Que d’éreintés alors ! Tout le monde factice
Qu’ils fréquentent, rivaux de plume et de coulisse.
Est d’abord le sujet de leurs lazzis mordants ;
Puis ils frappent ailleurs, et le fiel de leurs dents
Souvent monte imprimer d’affreuses marques noires
Aux respectables fronts de nos plus chères gloires.
Sans réponse pourtant ces venimeux discours
Et ces méchants brocards ne restent pas toujours :
Il arrive parfois qu’un homme de courage
Se lève et, l’arme en main, réprime leur verbiage
En leur flanquant sans art quelque coup bien planté
Qui remet les rieurs soudain du bon côté.

Mais c’est assez parler de cette aimable engeance,
Finissons... j’ai voulu montrer que la semence
De ces fiers capitans que Callot burina
Et que le bon Régnier dans sa verve oublia,
N’est pas toute perdue, et qu’il nous reste encore
Quelques échantillons du genre matamore.

Auguste_Barbier

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  • Compte-rendu subjectif - de l'installation de sa chaire en décembre 2005 à son départ à la retraite - du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. Peut servir de référence. Manque l'année où le sujet a été: 1966 Depuis, comptes-rendus aléatoires selon l'humeur sur l'actualité littéraire et éventuellement d'Antoine Compagnon.
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