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Mémoire-de-la-Littérature
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5 février 2020

HUGO PLUS OU MOINS TARDIF ...

Capture d’écran 2020-02-05 à 11

Capture d’écran 2020-02-05 à 11Capture d’écran 2020-02-05 à 11

Jean-Marc Hovasse est un familier de Victor Hugo.

Je n'ai rien rassemblé qui puisse reconstruire réellement son intervention. Quelques notations et quelques images. L'exposé n'était pas désagréable. Antoine Compagnon a finalement fort peu interrogé, dans ce questionnement rituel qui cultive le silence, comme une hésitation avant de sauter.

Dernier texte publié du vivant d'Hugo, on peut lire L'Archipel de la Manche ICI. Comme une préface ou postface aux Travailleurs de la mer.

Une citation d'Hugo : La vie est une phrase interrompue ... dont l'intervenant pense qu'elle s'inscrit dans le droit fil du thème de l'année et dans le débat sur les fins de la littérature.

Feuilles d'Automne, Hugo n'a pas 30 ans et Charles Nodier, qui en rend compte, s'étonne de ce titre et de ce point de vue décalé (Junior est senior, dit JM Hovasse). On trouvera, trente ans plus tard, dans Chansons des rues et des bois, un poème Senior est Junior qui renverse exactement la perspective.

Capture d’écran 2020-02-05 à 11

Comme de sa source on dévie !
Qu’un petit-fils ressemble peu !
Tacite devient Soulavie.
Herclè se change en Palsambleu.

(...)

JM Hovasse souligne l'emploi à l'absolu (qu'il dit unique référence) de ressembler, verbe transitif indirect (c-à-d toujours suivi d'un complément).

Hugo était inquiet de la réception de ces Chansons qui sera effectivement exécrable. On s'étend sur quelques attaques ( abominable, vieux ténor poudré ou perruqué, ...), de Louis Veuillot en particulier, son vieil ennemi catholique polémiste, même si dans l'entretien terminal, A.C. conteste un peu l'éreintement suggéré par JM Hovasse (mais l'abominable est quand même de Veuillot!)

Défrisé, pour le dire familièrement, Hugo-poète va rester silencieux sept ans, jusqu'à la publication en 1872 de L'année terrible (été 1870-été 1871), production  qui sera mieux accueillie.

Capture d’écran 2020-02-05 à 11Et qu'il dépose aux pieds de Judith Mendès, fille de Théophile Gautier et épouse de Catulle Mendès ... que son beau-père, qui ne l'aimait pas, appelait Crapule m'embête. Elle sera un temps la maîtresse d'Hugo, après la mort de Gautier.

JM Hovasse reste d'ailleurs un peu sur cette attirance du vieux poète (il a 70 ans) pour une jeune beauté (elle en a 28) qui ne fascina pas que lui.

Judith_Gautier_circa_1880C'est en effet à elle que l'on doit le premier sonnet - Ave, Dea, moriturus te salutat - qu'ait composé Hugo, qui n'avait jamais pratiqué cette forme, sonnet qu'il publie dans la revue La Renaissance que venaient de fonder Emile Biémont et Jean Aicard . 

 

Capture d’écran 2020-02-05 à 11

 

La mort et la beauté sont deux choses profondes
Qui contiennent tant d’ombre et d’azur qu’on dirait
Deux sœurs également terribles et fécondes
Ayant la même énigme et le même secret ;

Ô femmes, voix, regards, cheveux noirs, tresses blondes,
Brillez, je meurs ! ayez l’éclat, l’amour, l’attrait,
Ô perles que la mer mêle à ses grandes ondes,
Ô lumineux oiseaux de la sombre forêt !

Judith, nos deux destins sont plus près l’un de l’autre
Qu’on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre ;
Tout le divin abîme apparaît dans vos yeux,

Et moi, je sens le gouffre étoilé dans mon âme ;
Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame,
Puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux.

 

MinchenHerzliebswDe ces "amours" du vieil Hugo et de Judith, JM Hovasse signale l'analogie avec la passion tardive d'un Goethe de 58 ans pour la très jeune (18 ans) Wilhelmine « Minchen » Herzlieb, Minna, qui ne partage nullement son penchant et à qui, lui qui n'en avait jamais écrit, il consacrera dix-sept sonnets.

On termine avec Paul Valéry et son enthousiasme pour le poème d'Hugo qui ouvrira en 1873 Le Tombeau de Théophile Gautier après la mort de ce dernier, et particulièrement pour ses derniers vers, que Valéry avait l'habitude de citer dans ses conférences comme des plus beaux et peut-être, disait-il, les plus beaux qu'on ait jamais écrits (un sentiment qui, malgré leur réussite, me paraît excessif):

 

Passons, car c’est la loi ; nul ne peut s’y soustraire ;
Tout penche ; et ce grand siècle avec tous ses rayons
Entre en cette ombre immense où, pâles, nous fuyons.
Oh ! quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule !
Les chevaux de la Mort se mettent à hennir,
Et sont joyeux, car l’âge éclatant va finir ;
Ce siècle altier qui sut dompter le vent contraire
Expire… — Ô Gautier, toi, leur égal et leur frère,
Tu pars après Dumas, Lamartine et Musset.
L’onde antique est tarie où l’on rajeunissait ;
Comme il n’est plus de Styx il n’est plus de Jouvence.
Le dur faucheur avec sa large lame avance
Pensif et pas à pas vers le reste du blé ;
C’est mon tour ; et la nuit emplit mon œil troublé
Qui, devinant, hélas, l’avenir des colombes.
Pleure sur des berceaux et sourit à des tombes.

 (Hauteville-house, nov. 1872. Jour des Morts.)

Après avoir souligné au passage le cinquième vers cité dont Malraux a tiré le titre de son ouvrage consacré à de Gaulle, Les chênes qu'on abat, JM Hovasse note que les dernières rimes sont celles qui ouvrent Le Cimetière marin:

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes 

(...)

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  • Compte-rendu subjectif - de l'installation de sa chaire en décembre 2005 à son départ à la retraite - du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. Peut servir de référence. Manque l'année où le sujet a été: 1966 Depuis, comptes-rendus aléatoires selon l'humeur sur l'actualité littéraire et éventuellement d'Antoine Compagnon.
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