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Mémoire-de-la-Littérature
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17 septembre 2021

Patrizia LOMBARDO * 1950-2019

Patrizia Lombardo

Je suis extrêmement troublé.

Ce matin, lisant dans Le Point (n° 2562 - pages 116-117) l'entretien accordé à l'hebdomadaire par Antoine Compagnon dans le cadre de la sortie de son livre : La Vie derrière soi. Fins de la littérature, qui semble reprendre pour l'essentiel son cours 2019-2020 du Collège de France, je relève avec sidération ce membre de phrase dans une question de François-Guillaume Lorrain, qui signe l'article : Une mort qui vous touche de près avec la disparition de votre compagne (...).

Il y avait donc, derrière Antoine Compagnon, une compagne. Cet éternel jeune homme, pour reprendre le mot de Barrès, vivait dans le dialogue avec une autre intelligence féminine un échange tenu jusqu'au bout que je n'imaginais pas. J'ai un peu cherché sur internet. Interrogé pour Le Monde par Beatrice Gurrey en février 2020, Compagnon parle de la préparation de son cycle Un été avec Pascal sur France-inter, ensuite publié:  J’ai écrit ces pages à l’hôpital, au printemps dernier. J’en dis quelques mots à l’ouverture du livre, car j’étais en train de perdre ma compagne, Patrizia Lombardo, d’un cancer. Ce fut ma seule activité durant ses derniers mois. Elle a lu ces textes au fur et à mesure que je les écrivais auprès d’elle. Les derniers, je les lui ai lus moi-même. Nos dernières conversations ont porté sur le cœur et la raison, sur la beauté, sur la grâce. La bêtise et l’amour, je vous disais.

Patrizia Lombardo, morte le 28 juin 2019, était professeur de Littérature française, de Littérature comparée et de Cinéma à l'Université de Genève.

Qui bene amat, bene castigat, je me suis plusieurs fois moqué, dans mes comptes-rendus des cours de Compagnon au Collège de France, de tel ou tel détail formel comme de son apparente difficulté assez récurrente à briller dans l'interpellation post-exposé des séminaristes qu'il invitait, et ces menues piques m'ont soudain paru mesquines dans le moment où je prenais connaissance d'un deuil  si peu accordé aux apparences de l'amphithéâtre Marguerite de Navarre.

Et je me suis demandé de quels propos de rapporteur-commentateur j'avais pu enchasser cette période où le professeur était aussi un homme, allant consulter mes archives. De longues notes sur le Colloque Proust organisé par A.C. le 14 mai 2019, puis, en octobre et en décembre, deux billets personnels sur les perspectives du cours à venir, Fins de la littérature, où je m'interroge sur son contenu, et en janvier 2020, le compte-rendu de la première leçon de ce cours, avec cette entame :

" Un premier cours étonnamment rempli d'émotion personnelle et d'aveux . Il était un peu difficile de distinguer  la coquetterie de la sincérité dans la mélancolie affichée et les faiblesses évoquées… je ne parviens pas à préparer mon premier cours car je crains qu'il n'y ait personne pour m'écouter ou l'enseignement, c'est l'art de la déception. Curieuses confessions. Mais oui, l'émotion semblait là. Perte récente d'un très proche, dernier cycle de cours probablement, expérience du deuil, fantasme des fins, mécanique d'un rêve personnel comme projection d'une impasse et une jolie formule : Comment dire l'unique avec les mots des autres ?

Un drôle de début pour aborder les fins. Logique peut-être …"

Voilà. J'ignorais que cette perte récente d'un très proche, c'était la mort de Patrizia Lombardo.

Et, paraphrasant Corneille dans Sertorius et Molière dans Le Tartuffe j'ai été touché, ce matin, de découvrir si tardivement qu'au long de ces années d'écoute critique attentive et de lointaine proximité au Collège de France : Pour être Compagnon, il n'en fut pas moins homme.

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  • Compte-rendu subjectif - de l'installation de sa chaire en décembre 2005 à son départ à la retraite - du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. Peut servir de référence. Manque l'année où le sujet a été: 1966 Depuis, comptes-rendus aléatoires selon l'humeur sur l'actualité littéraire et éventuellement d'Antoine Compagnon.
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