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13 mars 2012

Séminaire de Pierre Pachet - Baudelaire et les Complots - 28 Février 2012.

Je travaille cette année dans le désordre ! J’ai en cours et en retard les comptes-rendus des leçons d’Antoine Compagnon sur Baudelaire et la Ville (14 et 21/2 ; 6/3) que je tâcherai de synthétiser en un seul billet, mais j’ai coupé l’effort pour écouter le séminaire de Pierre Pachet.

Je n’avais pas vraiment l’intention d’en rendre compte, il s’agissait a priori d’une écoute flaneuse. Flaneuse et curieuse, tant, je l’ai dit dans un billet de l’automne, j’avais été irrité par le texte autobiographique de Pierre Pachet, L’amour dans le temps, et étais, du coup, intrigué par le professeur qui pouvait se trouver derrière l’homme. Or son exposé, particulièrement bref, a sonné à mon oreille comme celui d’une intelligence sympathique, sans inutiles contorsions, sans nulle prétention et du coup, malgré une quasi non-prise de notes, invitant à quelques lignes de témoignage.

Outre ma lecture de L’Amour dans le temps, je savais par ailleurs, savoir fort récent, Pierre Pachet ami d’Emmanuel Carrère par la page 117 de Limonov, que je suis en train de lire : « Pour se rassurer, [Limonov] tâchait de se persuader que cette aura n’était pas naturelle à Brodsky, qu’il s’était fabriqué un personnage. Mon ami Pierre Pachet, qui l’a un peu connu, pense qu’il y a du vrai dans ce jugement (…) ». Rien à voir, mais cela m’a amusé.

Je le disais, un exposé très court, étonnamment court, de l’ordre de 30 minutes. Et par suite, une vingtaine de minutes additionnelles difficiles, très difficiles, tant Antoine Compagnon, que j’avais pourtant trouvé en excellente forme dans le cours qui précédait, plus attachant m’avait-il semblé qu’à l’ordinaire, ne parvient pas à insuffler aux dialogues qu’il veut mener la moindre énergie. Avec lui, l’échange s’enlise immédiatement dans un ennui sirupeux. Pierre Pachet dans son exposé m’avait paru plutôt tonique, manifestant un peu d’humour, mais ses fragiles démarrages se sont, là, étouffés dans les cotonneux silences et les relances au ralenti d’Antoine Compagnon. Cette maladresse itérative dans l’entretien fait mon perpétuel étonnement. Elle semble rédhibitoire. Est-ce une inaptitude à l’improvisation ? On a l’air avec lui de « jouer la montre » en racontant un peu n’importe quoi. Pénible.

pachet P. Pachet             Georges Bataille G. Bataille

Pierre Pachet avait entamé l’affaire en indiquant qu’il avait envisagé d’abord l’idée de centrer son propos sur ‘‘Baudelaire et Bataille’’, parce que George Bataille lui semblait, au XX° siècle, plus proche qu’un autre de la modernité baudelairienne, mais qu’une phrase du chapitre Baudelaire de La littérature et le mal, avait brisé son élan. Cette phrase, la voici : ‘‘Des Fleurs du mal à la folie, ce n’est pas l’impossible statue mais la satue de l’impossible qu’il rêva’’. L’étrangeté hermétique de cette belle formule l’a dissuadé de se mesurer à son sens.

Cette mise au point faite, il est quand même encore resté quelques instants sur Bataille, autour d’une affaire impliquant également le Baudelaire de Sartre, et articulée sur l’échange de correspondance (1854) entre Baudelaire et l’acteur Hyppolite Tisserant, qui avait souhaité un drame - à écrire - autour de ‘‘ l’ivrognerie’’, projet (finalement inabouti) dont on trouve les détails dans un très intéressant article de Ioan Pop-Curseu à cette adresse (pages 3 à 21).

Pierre Pachet résume l’aventure, une histoire de scieur de long qui précipite sa femme - sans doute trop parfaite – au fond d’un puits et achève de la tuer en jetant dans le même puits des blocs de pierre. Il tient à rapprocher ce thème de la pièce fragmentaire de Büchner, Woyzeck (ce qui ne me saute pas aux yeux ; le crime du soldat Johann Christian Woyzeck étant plutôt un drame de la jalousie). Sur le  « Pourquoi un scieur de long ? », il indique le goût de Baudelaire pour une chanson populaire dont il donne les premiers vers : Rien n’est aussi-z-aimable / Fonfru-Cancru-Lon-La-Lahira/Rien n’est aussi-z-aimable/ Que le scieur de long. (détails dans Ioan Pop-Curseu).

Sartre d’abord, Bataille ensuite, commentant Sartre, se sont préoccupés de ce projet. Et, en disant deux mots, Pierre Pachet rapproche à son tour ce drame inabouti du poème Le vin de l’assassin (Fleurs du mal) dont, souligne-t-il – non sans un sursaut -  Bataille disait au passage qu’il était un des plus médiocres du recueil : Ma femme est morte, je suis libre ! / Je puis donc boire tout mon soûl. / Lorsque je rentrais sans un sou / Ses cris me déchiraient la fibre. (…)  

Georg Büchner(1813-1837)G.Büchner           Johann Christian Woyzeck              

Au-delà de cette introduction, je n’ai pas vraiment d’éléments sur … le corps même de l’exposé, c’est-à-dire le rapport de Baudelaire aux complots. Pierre Pachet, qui a avoué s’intéresser beaucoup aux bribes de Baudelaire - ses textes en amont de réels aboutissements, ses projections et projets plus ou moins velléitaires, ses intentions restées virtuelles - a mis en exergue quelques lignes signant la fascination de Baudelaire pour le complot, la conspiration, la position de mouchard, dans Mon cœur mis à nu, ou dans Plans et projets … Ainsi :

Belle conspiration à organiser pour l’extermination de la Race Juive – Les Juifs, Bibliothécaires et témoins de la Rédemption . (Mon cœur mis à nu) 

Pile ou Face – Avoir découvert une conspiration – C’est presque une création – C’est un drame dont je tiens le dénouement – Je dispose de l’Empire – Alternative, hésitation – Pourquoi sauver l’Empire ? – Pourquoi le détruire ? – Donc, pile ou face. (Plans et projets)

Or, à peine la conspiration trouvée, toute la jeunesse revient. Les yeux prennent intérêt à la vie. Les souvenirs ne sont plus accablants. (Un souper chez les pauvres. Il y a donc quelque vertu dans l’humanité. Humilité, serviabilité, générosité). – A peine la conspiration éclipsée, le goût du néant revient. (Plans et projets)

Il glose agréablement, sans chercher à épuiser le sujet, autour de ces quelques lignes, peut-être une ou deux autres que je n’aurai pas retenues. Il y aurait assurément davantage à dire, il ne semble pas le souhaiter. Peut-être pense-t-il plus efficace de réserver au dialogue à suivre avec Antoine Compagnon quelques approfondissements … Mauvais plan, diraient mes petits-enfants ! On aurait dû l’informer ….

Ah, notons l’apparition de Mein Kampf  en fin d’échange, rédigé par Hitler entre 1924 et 1925 pendant sa détention à la prison de Landsberg, détention consécutive au Putsch de la Brasserie du 8 novembre 1923, tentative avortée de coup d’Etat contre la République de Weimar. Pierre Pachet ne lit pas dans Mein Kampf  un ‘‘projet de conspiration’’ stricto sensu, même si par la suite les choses ont tourné comme l’on sait, et il y a sans doute, si j’en crois sa réaction, qu’est-ce que j’ai dit, un mouvement dans l’amphi. Sans plus.

Voilà. On a passé trente minutes agréables à l’écouter , on a ramé ensuite vingt minutes avec Antoine Compagnon aux commandes et on a bouclé le tout en moins d’une heure. Un petit tour de piste qui ne tirait pas à conséquences, mais que j’ai eu envie de noter, en passant.

Post Scriptum :

E-CARRERE E. Carrère  E-Limonov E. Limonov

Goncourable, Renaudotisé, le Limonov d’Emmanuel Carrère, ami ai-je dit de Pierre Pachet, à petite moitié de parcours, se laisse lire comme un article d’information pimenté de scènes pornographiques et crapoteuses. C’est littérairement inexistant et journalistiquement enlevé. Peut servir pour voyager en train. 

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  • Compte-rendu subjectif - de l'installation de sa chaire en décembre 2005 à son départ à la retraite - du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. Peut servir de référence. Manque l'année où le sujet a été: 1966 Depuis, comptes-rendus aléatoires selon l'humeur sur l'actualité littéraire et éventuellement d'Antoine Compagnon.
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