Mémoire-de-la-Littérature

Compte-rendu [subjectif] du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France. 2006-2007-2008-2009-... (Avec parfois annexes)

06 novembre 2009

Lectures finkielkraltiennes (VII)

Le septième volet des lectures entreprises et poursuivies sous l'égide (?) de Finkielkraut (Un coeur intelligent) est en ligne sur le site AutreMonde.

Il s'agit cette fois du roman de Vassili Grossman: Tout passe.

Roman magnifiquement émouvant et lecture très fine, précise, ample aussi, adossée à une réflexion particulièrement riche de Finkielkraut. Ses éclairages me semblent, même s'il y a décalage sur un épisode du texte, une extrême réussite.

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03 novembre 2009

Leçons finkielkraltiennes (VI)

La lecture de Finkielkraut relative au premier roman de Kundera, La Plaisanterie (Zert, paraît-il, en tchèque), est mise en ligne sur AutreMonde.

La besogne avance, pas à pas, sur ce Coeur intelligent. Mais ma foi, le pensum n'en est pas vraiment un.

Et force est par ailleurs de constater que c'est, au delà des lectures-relectures imposées, un auto-portrait de Finkielkraut qui se dessine, au fil de ses commentaires critiques. Très meurtri par l'époque à travers , qui sait, son propre parcours, qui affleure ici, à propos de Kundera, dans ses prémices. Il faudra, quand les neuf lectures-relectures seront bouclées, tâcher de ne pas oublier, pour le bilan, cette dimension.

Autre chose: Antoine Compagnon publie un essai sur (?), une biographie de (?) - je n'ai pas encore vu le livre - Bernard Faÿ (1920-1978), professeur de littérature  à Columbia, puis au Collège de France . Tiens, tiens ... (?)

"Le cas Bernard Faÿ. Du Collège de France à l'indignité nationale". Gallimard. 21 euros. Aller lire, peut-être et puis, en parler? Nous verrons.

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20 octobre 2009

Leçons finkielkraltiennes (V)

L'examen de la critique, par Finkielkraut, du livre de Sebastian Haffner , "Histoire d'un Allemand" (toujours dans le cadre de la lecture de son essai: Un coeur intelligent) est mis en ligne sur AutreMonde.

On peut s'y reporter.

C'est derechef un "Ecrire la vie", mais cette fois, au temps de la République de Weimar et de son agonie.

Bis repetita.......: Bien qu'indiqué dans AutreMonde, je souligne ici la très intéressante analyse du livre d'Haffner faite antérieurement sur son blog par Mme de Véhesse. On s'y reportera utilement.

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15 octobre 2009

Leçons finkielkraltiennes (IV)

Le quatrième volet de ces lectures des lectures d'Alain Finkielkraut est en ligne sur AutreMonde.

Mais je redonne la chronique ici in extenso tant le récit autobiographiquement fictionnel de Camus est inscrit dans le thème de nouveau retenu par Antoine Compagnon cette année: "Ecrire la vie".

****************

Lecture d’Albert Camus : Le premier homme.

Le titre intrigue un peu, au premier abord, pour un projet largement autobiographique. Au deuxième rabord, comme disait Frédéric Dard, on se rallie volontiers à la clé fournie par Alain Finkielkraut : « La langue lui a ouvert les yeux : descendant d’une longue lignée de taciturnes, il est sorti de l’opacité, il est le premier homme à voir tout à fait clair. Avec le pouvoir de nommer précisément les choses, il a acquis la faculté de discernement. »

Quand Albert Camus meurt dans un accident de la route, en janvier 1960, il a dans sa sacoche un manuscrit de 144 pages « tracées au fil de la plume, parfois sans points ni virgules, d’une écriture rapide, difficile à déchiffrer, jamais retravaillée… » (Note de l’éditeur). Aménagé (ponctuation ; quelques variantes ; quelques notes) c’est ce texte qu’on trouve dans l’édition Folio Gallimard de 1994 dont je dispose. Les imperfections évidentes du chapitre deux, après un premier chapitre ‘‘soigné’’, gênent un peu l’entrée dans l’écriture. Mais cela ne dure pas et on est ensuite pris  par le fil d’une narration profondément touchante, où abondent les belles pages.

Alain Finkielkraut a choisi de titrer sa lecture : « Voici les miens, mes maîtres, ma lignée … ». Il est assurément, ce faisant, dans le vrai… d’autant que c’est Camus lui-même qui l’énonce. Mais j’aurais plus sûrement été tenté par : « Éloge des frustes » tant domine ce sentiment du caractère superflu de la culture pour atteindre à la profonde vérité de la vie. Paradoxal, bien sûr, tant éclate aussi la reconnaissance de Camus à l’égard de son instituteur de la classe du certificat d’études et de son rôle décisif dans son accès au monde de la parole et de l’intelligence. Néanmoins …

Alain Finkielkraut a composé, du livre, un très beau commentaire global. Je ne chercherai pas à le paraphraser. Son sens de la formule s’y déploie à plusieurs reprises, comme, lorsque le double littéraire du père de Camus, face à des cruautés barbares qu’un camarade veut sinon absoudre du moins contextualiser, énonce, « Un homme, ça s’empêche… », ce développement : ‘‘… rien ne le révoltait davantage que l’escamotage de l’horreur par l’intelligence de son interprétation.’’

Une remarque et une réflexion, simplement.

Finkielkraut – et c’est la remarque – revient sur la phrase célèbre du discours de Stockholm (Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère) pour en dénoncer la citation déformée et, rétablissant la formulation exacte, en modifier totalement la portée : « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère. »

L’hymne récurrent à la mère – et c’est là la réflexion – qu’on trouve tout au long du texte peut donner l’idée d’un travail à faire, qui serait le rapprochement  de cet éblouissement filial (et néanmoins lucide) dans toute la complexité de l’inaptitude à la communication d’un des partenaires (sa mère était totalement inculte, sans accès à l’écrit, une maladie d’enfance l’ayant laissée sourde et de parole embarrassée) avec le tombeau dressé par Barthes en sa douleur extrême dans le Journal de Deuil publié l’an passé qu’il a tenu dans les mois qui ont suivi la mort de ‘‘mam.’’

Il me semble que la blessure narcissique de Barthes n’atteint pas à la dignité du sentiment à la fois de plénitude et d’échec amoureux de Camus, qui me touche autrement.

Sinon, au fil du livre de Camus et des notes spontanément prises sous le coup d’une émotion de lecture (la pagination indiquée est celle de l’édition Folio citée plus haut), ceci :

Beau passage, pages 83-84, sur l’annonce de la mort du père au champ d’honneur.

« … la grand-mère s’était dressée, la main sur la bouche, et répétait ‘‘mon dieu’’ en espagnol. Le monsieur avait gardé la main de [la mère] dans sa main (…) puis lui avait donné son pli, s’était retourné et avait descendu les escaliers  d’un pas lourd. ‘‘Qu’est-ce qu’il a dit ?’’ avait demandé [la mère] – ‘‘Henri est mort. Il a été tué.’’ [Elle] regardait le pli qu’elle n’ouvrait pas, ni elle ni sa mère ne savaient lire, elle le retournait sans mot dire, sans une larme, incapable d’imaginer cette mort si lointaine, au fond d’une nuit inconnue (…) »

Belles pages aussi (autour le la page 95) à propos de l’exécution de Pirette.

« Pirette était ouvrier agricole dans une ferme du Sahel, assez près d’Alger. Il avait tué à coups de marteau ses maîtres et les trois enfants de la maison. ‘‘Pour voler ?’’ avait demandé Jacques [le double littéraire de l’auteur] enfant. ‘‘Oui’’ avait dit l’oncle Etienne. ‘‘Non’’ avait dit la grand-mère, mais sans donner d’autres explications. (… )… l’exécution se déroula à Alger devant la prison de Barberousse, en présence d’une foule considérable. Le père de Jacques s’était levé dans la nuit  et était parti pour assister à la punition exemplaire d’un crime qui, d’après la grand-mère, l’avait indigné. Mais on ne sut jamais ce qui s’était passé. L’exécution avait eu lieu sans incident, apparemment. Mais le père de Jacques était revenu livide, s’était couché, puis levé pour aller vomir plusieurs fois, puis recouché. Il n’avait plus jamais voulu parler ensuite de ce qu’il avait vu. (…)’’

Orthographe, page 103 : on lit : « pain béni » là où il faut orthographier « pain bénit » (comme eau bénite ; un pain qui a été consacré). Confusion usuelle entre le « béni, bénie » anodin : il est béni des dieux ou sois bénie ma fille, etc.  … et le « bénit, bénite » relevant d’un rite religieux, de la messe. Le correcteur a mal relu, là.

Une jolie formule, page 131 au sujet de l’oncle Ernest (il a changé de prénom depuis la page 95 où il était Etienne ( !)) :

« Et il comprit alors que la grand-mère aimait physiquement son fils, était amoureuse comme tout le monde de la grâce et de la force d’Ernest, et que sa faiblesse exceptionnelle devant lui était après tout fort commune, qu’elle nous amollit tous plus ou moins, et délicieusement d’ailleurs, et qu’elle contribue à rendre le monde supportable, c’est la faiblesse devant la beauté. »

Hymne plein d’émotion scolaire page 164 et qui culmine en page 167 avec les Croix de bois de Roland Dorgelès - qui fut battu en son temps sur le fil du Goncourt par À l’ombre des jeunes filles en fleurs (Marcel Proust).

«  [L’instituteur] avait pris l’habitude de leur lire de longs extraits des ‘‘Croix de bois’’ de Dorgelès. (…) Lui et Pierre attendaient chaque lecture avec une impatience chaque fois plus grande. (…) Et le jour, à la fin de l’année, où, parvenu à la fin du livre, [le maître] lut d’une voix plus sourde la mort de D., lorsqu’il referma le livre en silence, confronté avec son émotion et ses souvenirs, pour lever ensuite  les yeux sur sa classe plongée dans la stupeur et le silence, il vit Jacques au premier rang qui le regardait fixement, le visage couvert de larmes, secoué de sanglots interminables, qui semblaient ne devoir jamais s’arrêter. ‘‘Allons petit, allons petit,’’  [dit-il] d’une voix à peine perceptible, et il se leva pour aller ranger ce livre dans l’armoire, le dos à la classe. »

Ces émotions ont-elle encore un sens pour le pédagogue d’aujourd’hui ? Il me semble éternellement que oui, et que nous nous battons pour les conserver. Et pourtant, tant d’échecs, tant de lazzis et de ricanements, au fond des collèges, dans l’effondrement triste de nos illusions éducatives … Comment lutter ? Comment ne pas se décourager ?

Au fond dans le prolongement de la remarque précédente et navrée, en page 170 – comme quoi, in fine, nihil novi sub sole (finalement, rien de nouveau sous le soleil), l’insulte rituelle et suprême .

« À la sortie, Jacques demanda qui l’avait appelé ‘‘chouchou’’. Accepter en effet une telle insulte sans réagir revenait à perdre l’honneur. ‘‘Moi’’ dit Munoz (…) ‘‘Bon, dit Jacques. Alors, la putain de ta mère.’’ C’était là une injure rituelle qui entraînait immédiatement la bataille (…) »

La putain de ta mère / La puta su madre … En gros, toujours d’actualité… Et combien de temps perdu à essayer d’expliquer aux gamins que celui qui est déconsidéré, la plupart du temps, c’est l’insulteur ; et que la réponse digne, c’est le mépris. Mais ce sont là des codes adultes. Eux se jettent l’un sur l’autre. Le temps, ici, ne semble guère avoir changé les mœurs.

Jolie formule, de nouveau, page 173 (la bagarre a eu lieu, Jacques a eu le dessus).

« Il voulait être content, il l’était quelque part dans sa vanité, et cependant, au moment de sortir du champ (…) se retournant sur Munoz, une morne tristesse lui serra soudain le cœur en voyant le visage déconfit de celui qu’il avait frappé. Et il connut ainsi que la guerre n’est pas bonne, puisque vaincre un homme est aussi amer que d’en être vaincu. »

Étonnant récit, page 169, des châtiments corporels en usage chez un maître par ailleurs uniformément admiré et aimé, un récit qui sans être apologétique se dispense néanmoins de tout recul critique. Avec en outre cette impression qu’il y a une contradiction d’importance avec le respect de l’enfant  dans son individualité apprenante dont on a fait l’éloge chez ce maître-là.

« Dans les cas graves, M. Bernard [l’instituteur de cette réalité fictionnelle] opérait lui-même suivant un rite immuable. ‘‘Mon pauvre Robert’’ (ou Joseph, ou …) disait-il avec calme et en gardant sa bonne humeur, ‘‘il va falloir passer au sucre d’orge’’ (…) Le sucre d’orge était une grosse et courte règle de bois rouge, tachée d’encre, déformée par des encoches et des entailles que M.Bernard avait confisquée longtemps auparavant à un élève oublié ; l’élève [puni] la remettait à M. Bernard qui la recevait d’un air généralement goguenard et qui écartait alors les jambes. L’enfant devait placer sa tête entre les genoux du maître qui, resserrant les cuisses, la maintenait fortement. Et sur les fesses ainsi offertes, M.Bernard plaçait selon l’offense un nombre variable de bons coups de règle répartis également (…) »

Narration sans doute encore plus gênante aujourd’hui, dans la dimension trop aisément transposable en pratique pédophile que comporte la lettre même du discours, tant au premier degré que dans ce qui pourrait être, pire encore, un second degré métaphorisé, sur lequel il n’est guère utile d’insister : {sucre d’orge, grosse et courte, [de couleur] rouge, écartait les jambes, tête entre les genoux du maître, resserrant les cuisses, fesses offertes} , tout y est pour décaler le récit dans l’ignoble, avec cette notation finale, un peu plus loin, sur « la posture ignominieuse du supplice ». Oui, un passage que j’ai perçu comme étrangement dérangeant, étrangement choquant, dans une rédaction que, du coup, et pour en atténuer la portée, on n’oserait plus dire ‘‘de premier jet’’ ! Passons.

Un clin d’œil rustique en page 181.

« Quand on disait de quelqu’un, devant la grand-mère, qu’il était mort : ‘‘Bon, disait-elle, il ne pétera plus’’ ».

Il y a bien entendu le renvoi obligé au mot prêté par Jean-Jacques Rousseau à la Comtesse de Vercellis en ses derniers instants, qu’il narre ainsi dans ses Confessions: « Elle ne garda le lit que les deux derniers jours, et ne cessa de s’entretenir paisiblement avec tout le monde. Enfin, ne parlant plus, et déjà dans les combats de l’agonie, elle fit un gros pet. ‘‘Bon, dit-elle en se retournant, femme qui pète n’est pas morte’’. Ce furent les derniers mots qu’elle prononça. »

On peut aussi, dans ce registre de la trivialité comme paravent à l’angoisse de la mort, penser à la pirouette de Georges Brassens dans une de ses chansons (sauf  erreur : Le testament) : « J’ai quitté la vie sans rancune / J’aurai plus jamais mal aux dents ».

Belles pages du côté de la 195 et suivantes. La visite au lieu de naissance et la narration terrible du départ du vieux colon à qui on a imposé l’évacuation et qui pratique la technique de la terre brûlée. La page vaut d’être  recopiée, car elle est caractéristique aussi de ce qui se ressentait, jusques en métropole, dans les milieux de droite.

« Quand l’ordre d’évacuation est arrivé, il n’a rien dit. Ses vendanges étaient terminées et le vin en cuve. Il a ouvert les cuves , puis il est allé vers une source d’eau saumâtre qu’il avait lui-même détournée dans le temps et il l’a remise dans le droit chemin sur ses terres, et il a équipé un tracteur en défonceuse. Pendant trois jours, au volant, tête nue, sans rien dire, il a arraché les vignes sur toute l’étendue de la propriété. Imaginez cela, le vieux tout sec tressautant sur son tracteur, poussant le levier d’accélération quand le soc ne venait pas à bout d’un cep plus gros  que d’autres, ne s’arrêtant même pas pour manger, [sa femme] lui apportant pain, fromage et soubressade qu’il avalait posément, comme il avait fait toute chose, jetant le dernier quignon pour accélérer encore, tout cela du lever au coucher du soleil, et sans un regard pour les montagnes à l’horizon, ni pour les Arabes vite prévenus et qui se tenaient à distance le regardant faire, sans rien dire eux non plus. Et quand un jeune capitaine, prévenu par on ne sait qui, est arrivé et a demandé des explications, l’autre lui a dit : ‘‘Jeune homme, puisque ce que nous avons fait ici est un crime, il faut l’effacer.’’ Quand tout a été fini, il est revenu vers  la ferme et a traversé la cour  trempée du vin qui avait fui des cuves, et il a commencé ses bagages. Les ouvriers arabes l’attendaient dans la cour. (Il y avait aussi une patrouille que le capitaine avait envoyée, on ne savait trop pourquoi, avec un gentil lieutenant qui attendait des ordres.) ‘‘Patron, qu’est-ce qu’on va faire ? – Si j’étais à votre place, a dit le vieux, j’irais au maquis. Ils vont gagner. Il n’y a plus d’hommes en France.’’ »

Etc., etc. Il y a encore d’autres pages, mais j’abrège.

Tout du long flotte, surnage, l’amour pour la mère, l’amour pour les humbles  (tout le chapitre sur la partie de chasse avec l’oncle Ernest et ses copains, baigné de chaleur humaine), le respect de la pauvreté, du dénuement, qui peut conduire au vrai (Finkielkraut en parle très bien), une formidable et émouvante nostalgie – la description de la rue Bab-Azoun avec le départ des hirondelles  ou la cérémonie angoissante de l’égorgement des poules de la grand-mère (et par la grand-mère) ….

La longue prière finale, dans le chapitre Obscur à soi-même, ne manque pas de souffle. Mais l’ultime vœu, la force demandée de vieillir avant de mourir pour n’en mourir que mieux et apaisé, n’a pas été exaucé. Quand la Facel-Vega de Gallimard s’est écrasée contre un platane, Camus avait 47 ans.

C’est peu de dire que, malgré les imperfections épisodiques et très largement minoritaires d’un texte à retravailler, encadrées par de longues et belles pages, on sort de là ébloui par le soleil de l’Algérie et ému de tout ce que, par nécessité pour les uns, par maladresse et manque de lucidité comme de générosité pour les autres, nous avons laissé et perdu dans ce pays-là.

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07 octobre 2009

Leçons finkielkraltiennes (III)

Je signale donc la troisième livraison sur AutreMonde des commentaires adossés à l'essai d'Alain Finkielkraut, Un coeur intelligent .

Thème du billet:  Washington Square d'Henry James.

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30 septembre 2009

Leçons finkielkraltiennes (II)

On peut trouver sur AutreMonde (http://ednat.canalblog.com/archives/2009/09/30/15258302.html) un commentaire développé autour d'une relecture du Festin de Babette de Karen Blixen et de sa lecture par Alain Finkielkraut dans son essai Un coeur intelligent.

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23 septembre 2009

Lectures finkielkraltiennes [I]

Le visiteur intéressé trouvera sous ce titre et dans AutreMonde, en date du 23/09/009, un examen critique de la lecture de Lord Jim (Joseph Conrad) par Alain Finkielkraut dans son dernier essai, Un coeur intelligent.

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15 septembre 2009

Pour information...

Le visiteur éventuellement intéressé trouvera une "bi-lecture" de Guignol's Band (Céline) et du dernier Emmanuel Carrère (D'autres vies que la mienne) dans AutreMonde. Je ne reproduis pas ici la chronique que j'y ai consacrée.

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10 septembre 2009

Des Esseintes & J-K Huysmans?

Voyons voir ça …

Sacré plongeon que la lecture d’À rebours. Le livre est publié en mai 1884. Emile Zola, dont J.K. Huysmans était jusque-là proche, y voit une trahison du naturalisme et les deux hommes s’éloigneront. Enthousiasme au contraire de nombre d’écrivains et d’artistes, dont les catholiques Léon Bloy (1846-1917) et Barbey d’Aurevilly (1808-1889).

J’ai disposé d’un Folio Gallimard que ma fille avait acheté en 1987 pour ses études de licence es lettres : ‘‘Texte présenté, établi et annoté par Marc Fumaroli, Professeur à la Sorbonne’’. Je l’avais exhumé cet hiver d’un fonds de vieux bouquins suite à quelques références à des Esseintes d’Antoine Compagnon dans son cours, et puis j’en étais resté là.

Fumaroli a fait son chemin depuis cette édition. Professeur au Collège de France qu’il a quitté en 2003 (il est né en 1932), élu à l’Académie Française (au fauteuil d’Eugène Ionesco), et même, si j’en crois un récent parcours touristique à travers des hebdomadaires, pigiste au Point ( !)…

Argument du livre ? Résumé ? Abstract ? Pas si évident.

Bible de l’esprit décadent et de la ‘‘charogne’’ 1900, affirme la quatrième de couverture. Cette ‘‘charogne’’, c’est l’image Baudelairienne et la beauté tirée de la pourriture dans le poème des Fleurs du mal :

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme

Ce beau matin d’été si doux :

Au détour d’un sentier, une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique,

Son ventre plein d’exhalaisons. (…)

Des Esseintes, revenu de tout, épuise son mal de vivre et ses névroses en complications inouïes d’érudition dans tous les domaines qui relèvent de la sensualité artistique. Et pourtant – et Huysmans ne dira au fond pas autre chose dans la préface qu’il adjoint en 1903 à une réédition de son roman – on pourrait sans trahir reprendre à son compte le résumé lapidaire et provocateur de Gérard Genette parlant d’À la recherche du temps perdu : ‘‘Marcel devient écrivain’’ pour le transposer ici en : ‘‘Joris-Karl devient catholique’’. Sauf  qu’il se prénommait à l’état-civil Charles-Marie-Georges.

Quoi qu’il en soit, les dernières lignes du roman témoignent assez de ce tourment d’une possible conversion (à laquelle il viendra huit ans plus tard) : «Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute, de l’incrédule qui voudrait croire, du forçat de la vie qui s’embarque seul, dans la nuit, sous un firmament que n’éclairent plus les consolants fanaux du vieil espoir ! » 

En attendant, un assez stupéfiant foisonnement de références se déroule, compilation frénétique de jugements littéraires, de visions picturales, de recettes de parfumerie, de catalogues botaniques, et de ratiocinations égarées luttant contre des migraines fin de siècle dans le feu d’artifice pulsionnel d’un encyclopédisme qui paraît sans limites mais dont on ne sait – faute d’en pouvoir juger tous les soubresauts – jusqu’où il n’est pas de pacotille.

On ressort étourdi de ce parcours à l’exaltation navrée, portée par une prose aux formulations parfois éblouissantes, assises alors sur des néologismes chatoyants et inventifs, où l’on s’est conforté des volumineuses et éclairantes notes de Marc Fumaroli, et dont on court volontiers compléter l’interprétation  globale dans l’également passionnante note de Lucien Descaves à son édition de 1929.

Non moins passionnantes, non moins éclairantes, les pages additionnelles de Fumaroli sur ‘‘le personnage de des Esseintes’’ où l’on retrouve, avec les riches rectificatifs qu’il développe, le même modèle de Robert de Montesquiou que Proust retravaillera en la caricature (épique, dit Fumaroli) du baron de Charlus.

Non moins passionnante et éclairante enfin, la préface dont j’ai parlé et que Huysmans a écrite vingt ans après le roman, passionnante et éclairante, là, sur le sens de l’œuvre dans le parcours de l’auteur, sur sa position par rapport au naturalisme, ses jugements sur Zola, et sur son accès si improbable à la foi : « À rebours a paru en 1884 et je suis parti me convertir à la Trappe en 1992 ; près de huit années se sont écoulées avant que les semailles de ce livre n’aient levé : mettons deux années, trois même d’un travail de la Grâce, sourd, têtu, parfois sensible ; il n’en resterait pas moins cinq ans pendant lesquels je ne me souviens avoir éprouvé aucune velléité catholique, aucun regret de la vie que je menais, aucun désir de la renverser. Pourquoi, comment, ai-je été aiguillé sur une voie perdue alors pour moi dans la nuit ?(…) »

Peut-être au fond, le patchwork incoordonné des nombreuses notes prises au fil de la lecture n’est-il pas, restitué tel quel ci-après, un si mauvais moyen  d’esquisser une (mon) approche étonnée du roman ….. On ne risque rien à s’y essayer.

Donc … (et bonne promenade)  *******

La céruse est un carbonate basique de plomb. Fournit un blanc utilisé en peinture. C’est aussi un poison violent. Dans le contexte, ici, c’est un fard.

Un bref, catholiquement parlant, est une lettre du pape qui, ne portant pas le sceau pontifical, est de moindre importance qu’une bulle.

Un monitoire (vocabulaire du droit canon) est une monition publique qu’un juge ecclésiastique adresse à une personne qui a connaissance d’un fait pour l’obliger à témoigner. Une monition est un avertissement  officiel de l’autorité ecclésiastique.

Un antiphonaire (christianisme) est un livre liturgique contenant les chants exécutés par le chœur à l’office ou à la messe.

Du Cange (Charles Du Fresne, seigneur ; 1610-1688) est un érudit auteur de glossaires sur le latin et le grec non classiques.

Saurer, c’est traiter par salage, séchage, fumage une denrée alimentaire (notamment le hareng … saur !). Image, ici : ‘‘(un) or assombri et quasi sauré’’.

La querelle scolaire est très présente à travers les souvenirs de Huysmans / des Esseintes, avec une opposition manichéenne entre école publique et enseignement religieux: « Les uns (…) élevés (…)  dans les pensions religieuses, avaient gardé de cette éducation une marque spéciale. Ils suivaient les offices, communiaient à Pâques, hantaient les cercles catholiques et ils se cachaient ainsi que d’un crime des assauts qu’ils livraient aux filles, en baissant les yeux. C’étaient pour la plupart des bellâtres inintelligents et asservis, de victorieux cancres qui avaient lassé la patience de leurs professeurs mais avaient néanmoins satisfait à leur volonté de déposer, dans la société, des êtres obéissants et pieux.

Les autres, élevés dans les collèges de l’État ou dans les lycées, étaient moins hypocrites et plus libres, mais ils n’étaient ni plus intéressants ni moins étroits. Ceux-là étaient des noceurs, épris d’opérettes et de courses, jouant le lansquenet et le baccarat, pariant des fortunes sur des cartes, sur tous les plaisirs chers aux jeunes creux. » En fait, le jeune Huysmans a tâté des deux écoles: élève de l’institution Hortus dans les petites classes, il entrera ensuite au lycée Saint-Louis dont, à l’usage, il refusera de continuer à suivre les cours pour passer son baccalauréat à coups de leçons particulières. Il en viendra par la suite à idéaliser les méthodes d’éducation des jésuites, ce dont on trouve la trace un peu plus loin dans le roman.

Hypogée (masculin : un hypogée) . Etymologiquement : ‘‘sous la terre’’. C’est une excavation, un tombeau.

Lendore : le terme est attesté chez Rabelais. Formé à partir du germanique landel et du verbe endormir. Personne lente, endormie. Semble être féminin.

Canaan (ou Chanaan) : c’est le nom biblique de la terre promise par Dieu aux hébreux, la Phénicie-Palestine, c-à-d. l’ensemble Syrie-Palestine. Huysmans moque  ‘‘ces maussades lendores qui vivaient, l’œil constamment fixé sur un vague Chanaan’’.

Pessoa : une remarque de Huysmans au sujet de des Esseintes, ‘‘décidément, il n’avait aucun espoir de s’accoupler avec une intelligence qui se complût, ainsi que la sienne, dans une studieuse décrépitude’’, m’a fait invinciblement penser à une affirmation de Fernando Pessoa, dans Le livre de l’intranquillité, qui me plaît énormément, ‘‘ La seule attitude digne d’un homme supérieur, c’est de persister tenacement dans une activité qu’il sait inutile, respecter une discipline qu’il sait stérile, et s’en tenir à des modes de pensée, philosophique et métaphysique, dont l’importance lui apparaît totalement nulle.’’ Magnifique !

Misogynie : ‘‘… il avait aussi parcouru les coulisses, tâté des actrices et des chanteuses, subi, en sus de la bêtise innée des femmes (…)’’. La bêtise innée des femmes ?! Diable…

Faille : vocabulaire du textile. Tissu de soie à gros grains formant des côtes.

Béguinage : communauté de béguines. Béguine : femme d’une communauté religieuse chrétienne où l’on entre sans prononcer de vœux perpétuels ; se rencontre notamment aux Pays-Bas et en Belgique. Béguin : coiffe des béguines. Avoir le béguin pour serait une variante de Être coiffé de .

Convers, converse (frère, sœur) : christianisme. Religieux qui, dans un monastère, ne participent pas au chœur et sont employés aux services domestiques de la communauté.

Pitchpin : conifère d’Amérique du nord  utilisé en ébénisterie.

Sabord : ouverture quadrangulaire pratiquée dans la paroi d’un navire et munie d’un dispositif de fermeture étanche.

Barnabooth : Héros de Valéry Larbaud (1881-1957). Les poésies d’A.O.Barnabooth paraissent en 1913. Barnabooth : ‘‘dont l’horizon –disait Larbaud – s’étend bien au-delà de sa ville ; qui connaît le monde et sa diversité’’. Dans ses notes, Marc Fumaroli traite des Esseintes de « Barnabooth fin de siècle : le voyage au long cours, sans quitter sa chambre, par accumulation de sensations choisies et de lectures appropriées », à l’occasion d’un paragraphe de rêveries maritimes, ‘‘Il se figurait alors être dans l’entre-pont d’un brick , etc.’’.

Les aventures d’Arthur Gordon Pym : Edgar Poe. J’en ai tout oublié. À relire.

Tan : écorce de chêne moulue servant au tannage des peaux.

Tanin (ou Tannin): substance contenue dans l’écorce de chêne, de châtaigner, dans la noix de Galle (excroissance parasitaire du chêne), … rendant les peaux imputrescibles.

Tender : dans une locomotive à vapeur, c’est la partie – séparée ou pas – qui emporte et contient l’eau et le combustible.

Misanthropie, Agoraphobie : pas franchement porté sur ses prochains et les espaces publics, des Esseintes. ‘‘… sa maison était située à vingt minutes environ de la station [de chemin de fer] de Fontenay, mais la hauteur où elle était assise, son isolement, ne laissaient pas pénétrer jusqu’à elle le brouhaha des immondes foules qu’attire invinciblement, le dimanche, le voisinage d’une gare’’. Et aussi, ‘‘Puis il avait aperçu, dans le village, ce jour-là, des bourgeois ventrus, à favoris, et des gens costumés, à moustaches, portant ainsi que des saints-sacrements, des têtes de magistrats et de militaires ; et depuis cette rencontre, son horreur s’était encore accrue, de la face humaine’’.  Ou encore, un peu plus loin, dans le même chapitre II : ‘‘Positivement, il souffrait de la vue de certaines physionomies, considérait comme des insultes les mines paternes ou rêches de quelques visages (…). Il flairait  une sottise si invétérée, une telle exécration pour ses idées à lui, un tel mépris pour  la littérature, pour  l’art, pour tout ce qu’il adorait (…) Enfin, il haïssait, de toutes ses forces, les générations nouvelles, ces couches d’affreux rustres qui éprouvent le besoin de parler et de rire haut dans les restaurants  et dans les cafés (…)’’. Evidemment …

Et, d’une lecture l’autre, d’un monde l’autre, toute cette haine en vient à se frotter plaisamment, puisque j’en sors, à la bonhomie indulgente d’un Franck Bascombe, le héros de Richard Ford,  à l’endroit de ses frères humains, dans l’Amérique de sa trilogie Un week-end dans le Michigan – Indépendance – L’état des lieux .

La décadence : le début du chapitre III , ‘‘Une partie des rayons plaqués contre les murs de son cabinet, orange et bleu, était exclusivement couverte par des ouvrages latins, par ceux que les intelligences qu’ont domestiquées les déplorables leçons ressassées dans les Sorbonnes désignent sous ce nom générique : « la décadence »’’, donne lieu à une note de Marc Fumaroli dont la portée s’étend à la totalité dudit chapitre, voire du roman. La décadence y est analysée à partir de l’introduction du terme par Désiré Nisard, professeur à la Sorbonne, dans ses Etudes de mœurs et de critique sur les poètes latins de la décadence. L’érudition frénétique que déploie Huysmans à propos de la littérature latine, la connaissance approfondie que semblent supposer la ciselure comme la variété de ses jugements, plongent le lecteur non-spécialiste d’aujourd’hui dans une stupéfaction interrogative. Nous avons perdu tout contact avec ce massif culturel et voici qu’on nous en entretient au microscope. Mais même alors, à quel public, en 1884, le discours s’adressait-il ? S’agit-il vraiment de supposer l’existence contemporaine d’un lectorat suffisamment informé pour analyser, sur le fond, cette avalanche de références commentées ? De faire lever, en ces temps où les langues anciennes tenaient le haut du pavé,  des nostalgies vagues de beautés abandonnées avant que d’avoir été connues au creux du souvenir d’humanités immaîtrisées ?   Fumaroli cite Nisard soulignant que l’art décadent est un art érudit, accablé sous le poids des chefs-d’œuvres antérieurs et dans lequel la « description », cessant d’être un ornement, est devenue le tout de la rhétorique, ajoutant (Nisard)  que l’érudition des poètes de la décadence n’a pas de but critique, qu’elle est tout simplement un besoin de chercher dans les souvenirs du passé des détails que l’inspiration ne fournit pas. On est un peu noyé, quoi qu’il en soit, et faut-il l’avouer, tout honteux d’inculture, sous les déluges de latinité qui inondent la méditation de des Esseintes dans ce chapitre III.  Encore que … s’il semble acquis que Huysmans, qui s’était remis au latin, ait eu une certaine connaissance de première main des textes qu’il commente, il n’en reste pas moins, détaille Marc  Fumaroli dans ses notes, qu’il a procédé à des transcriptions à sa façon de nombreux ouvrages spécialisés, au premier rang desquels l’Histoire de la littérature latine chrétienne depuis les origines jusqu’à Charlemagne, d’Adolphe Ebert , professeur à l’université de Leipzig , alors récemment paru en traduction à Paris, dans ce que je crois comprendre être une réécriture, en fonction de sa réaction personnelle aux commentaires savants recensés, soit en adéquation, soit en opposition, qui peut faire croire qu’il juge d’un texte qu’il a étudié quand il se contente de remettre au goût de sa sensibilité générale le commentaire-écran d’ouvrages qu’il n’est pas toujours allé regarder de si près.

Ainsi, note sévèrement Fumaroli (cette fois dans sa préface), « dans le chapitre sur la littérature latine de la décadence, [il (Huysmans) a] recours, comme dans les chapitres floraux ou parfumés, à une documentation hâtive qu’il réussit, par un remarquable effet de trompe-l’œil littéraire, à faire passer pour érudition encyclopédique chez son héros ».  Et Lucien Descaves, dans la note annexée à son édition de 1929, rapporte copieusement  les réactions négatives du critique Jules Lemaître, par ailleurs  éminent sorbonnard, dans La Revue contemporaine du 25 avril 1885, qui, professeur, a sur la littérature latine d’autres vues que des Esseintes (…) et en profite pour le traiter de nigaud, jugeant ‘‘qu’il y a du Pécuchet’’  dans le personnage et que ‘‘ces nouveaux venus [parmi lesquels il classe le héros de Huysmans] ont fait de très médiocres humanités’’, tranchant : ‘‘Il y paraît  à la façon dont ils parlent des classiques’’.

Satiricon : avec  tout ça, je ne l’ai pas même encore lu, fût-ce (of course) en traduction. Il serait temps de réparer la faute ! Des vagabondages picaresques d’Encolpe, Ascylte et Giton, je ne sais à peu près rien, sinon que le Robert n’est même pas absolument certain que Pétrone (mort en 65), intime de Néron, en soit l’auteur  (ouvrage attribué à) et qu’avant d’inspirer Fellini, ils avaient retenu l’attention de La Fontaine, de Voltaire et des Naturalistes, puisque le conte de La madone d’Éphèse (une veuve éplorée devenue ponctuellement joyeuse ; à cette aune, source également d’une chanson de Georges Brassens !)) se retrouve explicitement dans une fable du premier et a été source d’adaptations dans Zadig comme dans un chapitre des Soirées de Médan. Notoriété aussi du long passage intitulé Le banquet de Trimalcion. On connaît le titre, au-delà ….

Battre son plein : querelle traditionnelle des repas de famille, faut-il dire au pluriel les fêtes battent leur plein ou battent son plein. Il semble acquis que l’interprétation originelle de l’expression est maritime, provient de la désignation de la marée haute comme ayant atteint son plein et que ‘‘son’’ est ici définitivement le possessif. Donc : … battent leur plein. On pourrait – je ne l’ai pas trouvé cité – utiliser comme référence supplémentaire dans ce sens Huysmans prononçant : la langue latine battait le plein

Princeps : une édition princeps, c’est un exemplaire de la première de toutes les éditions d’un ouvrage. Allons ! Élémentaire, mon cher Watson ! Bah, j’ai préféré vérifier. Princeps, cipis (latin ; formé de primus (le premier) et de capio (prendre, saisir)) : qui occupe la première place.

Traduttore, traditore (Traduire, c’est trahir): … à propos d’une note de Fumaroli  citant quelques vers  de Rutilius, poète latin dont des Esseintes chérit, ainsi que chez Claudien et Ausone, la langue tachetée et superbe, et y trouvant – ce qui à la fois m’éblouit de compréhension intime de la langue et me sidère – des résonances qui expliquent que pour un admirateur des Goncourt et des impressionnistes (un Huysmans/des Esseintes) , se révèlent là des précurseurs chez qui goûter (c’est des Esseintes qui parle) le vague des paysages reflétés dans l’eau, le mirage des vapeurs, l’envolée des brumes entourant les monts. 

Les vers retenus par Fumaroli :

Pineaque extremis fluctual umbra fretis   

Que proposer ?

Flotte l’ombre des pins à la marge des flots … ?

Et puis :

Incipit obscuros ostendere Corsica montes

Nubi ferumque caput concolor umbra levat.

C’est-à-dire?

Commencent à surgir les monts secrets de Corse

Aux cimes colorées qui déchirent la nuit ?

Un peu de musique au risque de quelques contresens ? …

Plus savant et plus prudent, Fumaroli a paraphrasé ces lignes où le poète, dit-il, peint l’ombre des pins flottant à la marge des flots, ou montre au loin les cimes des montagnes encore vues et agrandies dans la brume matinale.

Champs Catalauniques : au milieu de deux pages au souffle épique (« La seconde moitié du V° siècle était venue, l’épouvantable époque où d’abominables cahots bouleversaient la terre. Les Barbares saccageaient la Gaule ; Rome paralysée, mise au pillage par les Wisigoths, sentait sa vie se glacer, voyait ses parties extrêmes, l’Occident et l’Orient, se débattre dans le sang, s’épuiser de jour en jour. Etc. »), on voit se dresser la bataille des Champs Catalauniques qui a fait lever pour moi, en des temps où je suais sur mes versions latines, le vent enthousiasmant des exploits héroïques : ‘‘Tout disparut dans la poussière des galops, dans la fumée des incendies. Les ténèbres se firent et les peuples consternés tremblèrent, écoutant passer, avec  un fracas de tonnerre, l’épouvantable trombe. La horde des Huns rasa l’Europe, se rua sur la Gaule, s’écrasa dans les plaines de Châlons où Aetius la pila dans une effroyable charge.  La plaine, gorgée de sang, moutonna comme une mer de pourpre, deux cent mille cadavres barrèrent la route, brisèrent l’élan de cette avalanche qui, déviée, tomba, éclatant en coups de foudre, sur l’Italie où les villes exterminées flambèrent comme des meules.’’

Aetius, génal romain, avait su s’imposer à Galla Placida qui pendant la minorité de son fils gouvernait un empire d’Occident dont il assurait du coup, lui, Aetius, à ses côtés la direction. Conscient du danger qu’était le déferlement des Huns, il portait en 451 une coalition de Francs, de Burgondes et de Wisigoths dont il avait pris l’initiative puis la tête à la rencontre des troupes d’Attila qu’il taillait en pièces au voisinage de Troyes, dans une plaine restée pour l’Histoire les Champs Catalauniques. L’Italie du Nord, pillée par les hordes défaites, devait payer le prix de cette victoire et de la Gaule ainsi épargnée avant que la mort d’Attila en 453 ne disloque définitivement ses troupes. Pourquoi, plus qu’une autre, n’ai-je jamais oublié cette bataille ? Magie des mots, peut-être, et la poésie mystérieuse, le roulement sonore de ce Catalauniques

Historique (complément): Les plaines autour de Châlons (en Champagne) ont été au départ région d’installation d’une population gauloise (le peuple Catalauni) qui y a fondé la ville de Catalaunum (devenu Châlons, dénomination attestée à partir du XIV° siècle). Encore aujourd’hui, les régionalistes locaux revendiquent l’appellation de Catalaunie pour le pays.  Des représentants de ce peuple Catalauni ont plus tard émigré vers les Pyrénées et, implantés entre les actuelles villes de Perpignan et de Barcelone, ont donné naissance à la Catalogne d’aujourd’hui.

Joaillerie & Carapace : des Esseintes  fait laquer d’or et incruster de pierreries la carapace d’une malheureuse tortue, fantaisie aberrante, cruelle et démesurée qui a beaucoup frappé son lectorat mais qui trouvait sa source dans une pratique effective de Robert de Montesquiou-Fezensac. Il semble que ce soit Mallarmé qui, invité (en 1883) chez Montesquiou et très impressionné par ses folies décoratives, aurait, rapportant sa visite à Huysmans, fourni à celui-ci l’information.  La technicité d’apparence érudite (voir des réserves précédentes) déployée par des Esseintes dans l’hésitation entre différentes pierres laisse pantois. Il y a là un snobisme hypertrophié qui porte la préciosité au-delà du seuil du déséquilibre mental. À tort ou à raison ( ?), ces frénésies montesquiviennes m’ont toujours plus ou moins renvoyé de Montesquiou à Dali, et de la décadence de l’un aux provocations de l’autre…

De même les sophistications de l’Orgue à bouche : ‘‘Il s’en fut dans la salle à manger où , pratiquée dans l’une des cloisons, une armoire contenait une série de petites tonnes, rangées côte à côte, sur de minuscules chantiers de bois de santal, percées de robinets d’argent au bas du ventre. Il appelait cette réunion de barils de liqueurs son orgue à bouche. (…) il était parvenu, grâce à d’érudites expériences,  à se jouer sur la langue de silencieuses mélodies, de muettes marches funèbres à grand spectacle, à entendre, dans sa bouche, des solis de menthe, des duos de vespétro et de rhum. Il arrivait même à transférer dans sa mâchoire de véritables morceaux de musique, suivant le compositeur pas à pas, rendant sa pensée, ses effets, ses nuances, par des unions ou des contrastes voisins de liqueurs, par d’approximatifs et savants mélanges. Etc.’’

Fleur : se rencontre (néologisme) au masculin. Signifie alors parfum, odeur.

Le blues du dentiste : entre autres ‘‘dérapages’’, le compte-rendu par des Esseintes d’une rage de dents homérique qu’il a dû affronter atteint, par ses excès, un comique qui m’a fait songer à la pochade de Boris Vian qu’a reprise avec jubilation Henri Salvador : Le blues du dentiste. Extrait d'A rebours : ‘‘Un craquement s’était fait entendre, la molaire se cassait, en venant ; il lui avait alors semblé qu’on lui arrachait la tête, qu’on lui fracassait le crâne ; il avait perdu la raison, avait hurlé de toutes ses forces, s’était furieusement défendu contre l’homme qui se ruait  de nouveau sur lui comme s’il voulait lui entrer son bras jusqu’au fond du ventre, s’était brusquement reculé d’un pas , et levant le corps attaché à la mâchoire, l’avait brutalement laissé retomber sur le derrière, dans le fauteuil, tandis que debout, emplissant la fenêtre, il soufflait, brandissant au bout de son davier, une dent bleue où pendait du rouge !’’

Géminé, e : adj. Disposé, groupé par deux, par paires. À l’occasion de la présentation-critique (par des Esseintes) assez fastueusement délirante de deux tableaux de Gustave Moreau (Salomé et (aquarelle) l’Apparition), Marc  Fumaroli, dans une note, souligne que l’écho réveillé chez Huysmans par ces deux œuvres a dû être profond, en voulant pour preuve un « rêve » en forme de description d’un tableau imaginaire ‘‘à la manière de Moreau’’ dans En rade, description qu’il cite largement et qui m’a semblé assez étonnante dans son lourd érotisme. Extrait (d’où géminé,e) : ‘‘ (…) et la posture qu’elle gardait écartant ses membres, elle aperçut devant elle, dans la glace du pavé noir, les couronnes d’or de ses seins, l’étoile d’or de son ventre et sous sa croupe géminée, ouverte, un autre point d’or. L’œil du Roi vrilla cette nudité d’enfant et lentement il étendit vers elle la tulipe en diamant de son sceptre dont elle vint, défaillante, baiser le bout’’.

Coruscation : vif éclat de la lumière.

Architectonique : qui a rapport avec l’architecture.

Les Macchabées : nom de sept frères qui (vers 150 av. J.C.) subirent ainsi que leur mère le martyre pour avoir refusé de violer la loi de Moïse en mangeant de la chair de porc. L’affaire, abondamment narrée dans l’Ancien testament, s’inscrit dans le prolongement du partage de l’empire grec après la mort d’Alexandre (en 323 avant J.C.). Israël se retrouve sous la coupe d’abord des Ptolémées, tolérants, puis des Séleucides  que choquent la religion juive et ses rites. Le séleucide Antiochus Epiphane veut installer par la force dans la deuxième moitié du II° siècle une hellénisation qui rencontre des oppositions dont témoigne en particulier l’épisode des Macchabées.

Domenico Théotocopuli : Domenikos Theotokopoulos dit Le Greco (1541 – 1614). Le peintre, espagnol d’origine crétoise, voit ici son nom grec italianisé .

Eréthisme : excitation, irritation des fibres d’un tissu animal. Au figuré : excitation violente d’une passion.

Aciérer : verbe transitif ; convertir le fer en acier : le carbone acière le fer.

Solanées de l’art : on hésite parfois entre le pédantisme et l’absurdité, avec des Esseintes, à moins qu’il ne s’agisse du cumul des deux. Ainsi : ‘‘Afin de changer le cours de ses idées, il essaya des lectures émollientes, tenta, en vue de se réfrigérer le cerveau, des solanées de l’art, lut ces livres si charmants pour les convalescents et les mal-à-l’aise que des œuvres plus tétaniques ou plus riches en phosphates fatigueraient, les romans de Dickens.’’ Si on questionne un Larousse, une solanée (ou solanacée) est une plante dicotylédone (= ayant deux cotylédons, ce lobe charnu qui enveloppe la radicule de la graine) gamopétale (ses fleurs sont à pétales soudés) comme par exemple … la pomme de terre ! Ainsi donc, les romans de Dickens sont en littérature de ces patates que méprisent probablement les baudelairiennes orchidées ?

Cant : le ‘‘cant’’, cette hypocrisie anglicisée dont s’est assez souvent naguère gargarisé Antoine Compagnon.

Flaubert : au milieu d’une fantasmagorie sexuelle provoquée par une Miss Urania, ancienne acrobate de cirque  (‘‘C’était Miss Urania, une Américaine, au corps bien découplé, aux jambes nerveuses, aux muscles d’acier, aux bras de fonte’’), voilà que surgit, écrit Huysmans,  l’admirable prose de Flaubert : ‘‘Il se résolut à accomplir des projets jusque-là irréalisables. Il se fit apporter, un soir, un petit sphinx, en marbre noir (…) , et une chimère, en terre polychrome (…) Puis il s’étendit sur un canapé, près de la femme dont l’immobile figure était atteinte par la lueur d’un tison, et il attendit. (…) Et dans le silence de la nuit, l’admirable dialogue de la Chimère et du Sphinx commença, récité par des voix gutturales et profondes, rauques, puis aiguës, comme surhumaines .

« - Ici, Chimère, arrête-toi. »

«  - Non ; jamais. »’’

Il s’agit d’un passage de La tentation de Saint-Antoine, dialogue métaphorique, ou prosopopée, entre le mouvant et l’immobile, la soif des ailleurs et l’envoûtement de la définitive fixité dans une pensée statique. Extrait :

« (…)

LE SPHINX

C'est que je garde mon secret ! Je songe et je calcule.
La mer se retourne dans son lit, les blés se balancent sous le vent, les caravanes passent, la poussière s'envole, les cités s'écroulent ; - et mon regard, que rien ne peut dévier, demeure tendu à travers les choses sur un horizon inaccessible.

LA CHIMERE

Moi, je suis légère et joyeuse ! Je découvre aux hommes des perspectives éblouissantes avec des paradis dans les nuages et des félicités lointaines. Je leur verse à l'âme les éternelles démences, projets de bonheur, plans d'avenir, rêves de gloire, et les serments d'amour et les résolutions vertueuses. Je pousse aux périlleux voyages et aux grandes entreprises. J'ai ciselé avec mes pattes les merveilles des architectures. C'est moi qui ai suspendu les clochettes au tombeau de Porsenna, et entouré d'un mur d'orichalque les quais de l'Atlantide.

Je cherche des parfums nouveaux, des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés. Si j'aperçois quelque part un homme dont l'esprit repose dans la sagesse, je tombe dessus, et je l'étrangle.

(…) » 

… passage dont des Esseintes retient ‘‘ la solennelle et magique phrase : « Je cherche des parfums nouveaux, des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés »’’  qui ‘‘ [lui] racontait sa fièvre d’inconnu, son idéal inassouvi, son besoin d’échapper à l’horrible réalité de l’existence, à franchir les confins de la pensée, à tâtonner sans jamais arriver à une certitude, dans les brumes des au-delà de l’art’’.

Jean Lorrain : curiosité d’un épisode d’une homosexualité digne d’avoir soulevé l’enthousiasme de Jean Lorrain, haute figure de l’inversion, avec qui Huysmans fut ensuite lié d’amitié et qui l’initia aux arcanes de l’underground parisien fin XIX° siècle avant … sa conversion définitive au catholicisme : « Remâchant son dégoût, seul, un jour qu’il se promenait sur l’avenue de Latour-Maubourg, [des Esseintes]  fut abordé, près des Invalides,  par un tout jeune homme (…) La figure était troublante,  pâle et tirée (…) éclairée par de grands yeux humides, aux paupières cernées de bleu (… ) Ils se dévisagèrent pendant un instant, en face, puis le jeune homme baissa les yeux et se rapprocha (…) »

Amphi-Vérole : à la fin de l’épisode précédent, une remarque m’a amusé en me renvoyant à un souvenir personnel : « … la religion avait aussi remué l’illégitime idéal des voluptés ; des obsessions libertines et mystiques hantaient, en se confondant, son cerveau altéré (…) dans des crises célestes ou maudites, également écrasantes par les déperditions de phosphore qu’elles entraînent ». Encore au début des années 1960 (j’imagine que les libérations de Mai 68 ont fait un sort à l’affaire), les promotions entrantes de l’École Polytechnique avaient droit à un amphi du médecin-colonel responsable du service médical, amphi dénommé plaisamment l’Amphi-Vérole. Y étaient détaillées les horreurs attendues de pratiques sexuelles trop contraintes jusque-là par la préparation taupinale des concours et qui pouvaient souhaiter se débrider, avec cette argumentation complémentairement scolaire que, vases communicants obligent, des exploits libidineux menaçaient de priver le rendement intellectuel de sa pleine efficacité pour cause d’analogues déperditions de phosphore, et conduire les malheureux dépravés à de bien médiocres classements de sortie … 

Selam :  au détour d’une dissertation sur les parfums, on trouve l’expression « des selam fulgurants d’épices ». Un ouvrage édité à Paris par F. Astouin et A. Levasseuret et préfacé par Théophile Gautier  porte, en 1834, ce seul titre : Selam. Gautier s’interroge : ‘‘Est-ce du grec, de l’hébreu, du chinois, du sanscrit, de l’iroquois ? – Est-ce un nom d’homme, un nom de femme, un nom de contrée ? – Rien de tout cela. – Alors qu’est-ce donc ? – Tout bonnement un honnête mot turc, et non autre chose. – Maintenant que signifie ce mot turc, et pourquoi sert-il de titre à un livre qui, selon toutes les probabilités, [il s’agit de morceaux choisis de littérature] doit être écrit en français ?’’ Ensuite de quoi, d’après dit-il une note de Lord Byron, il soulève le voile.  En fait selam vient tout simplement du mot arabe qui signifie salut. Il désigne un bouquet de fleurs dont l’arrangement comporte une signification et un message  [comme dans Le Lys dans la vallée, les bouquets de Félix de Vandenesse…] . En matière d’amour, l’Orient et l’Occident font usage des mêmes codes. On raconte là-bas que la belle Axianie avait imaginé un moyen de bavarder avec son soupirant Mohammed sans rien lui dire, au moyen de la seule offrande des fleurs qu’elle cultivait... Elle était fille de pacha, il était pauvre et ils purent ainsi s’aimer. Stratagème, selam.

Baudelaire : « [Des Esseintes] avait autrefois aimé à se bercer d’accords en parfumerie ; il usait d’effets analogues à ceux des poètes, employait, en quelque sorte, l’admirable ordonnance de certaines pièces de Baudelaire, telles que ‘‘L’irréparable’’ et ‘‘Le balcon’’, où le dernier des cinq vers qui composent la strophe est l’écho du premier et revient, ainsi qu’un refrain, noyer l’âme dans des infinis de mélancolie et de langueur ».

Pour donner de chacun de ces poèmes l’exemple de ses cinq premiers vers :

L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,

Qui vit, s'agite et  se tortille,

Et  se nourrit de nous comme le ver des morts,

Comme du chêne la chenille ? Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords?

(...) 

Le balcon

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,

Ô toi, tous mes plaisirs ! ô toi, tous mes devoirs !

Tu te rappelleras la beauté des caresses,

La douceur du foyer et le charme des soirs,

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses !

(…) 

Strigile (Strigiles) : Dans l'Antiquité, sorte d'instrument de toilette en forme de faucille creuse qui servait à se racler la peau après le bain pour enlever les surplus d'huile et de poussière. (in Site web : Archéologies en chantier)

Malvacées, Rubéfiant :

Malvacées : n. f. plur. Famille de plantes herbacées ou arbustes, avec souvent des poils étoilés ; stipules présentes. Feuilles alternes, généralement palmatilobées. Fleurs régulières, 5 sépales libres, 5 pétales libres ; étamines nombreuses, soudées ensemble. Fruit capsulaire. Plus de 1000 espèces réparties en 80 genres. Principaux représentants : les mauves, les lavatères dont la plus connue est la rose trémière.(in site web: Education à l’environnement). Rubéfiant, ante. adj. *T. de Médec. Il se dit Des médicaments qui, appliqués sur la peau, y causent de l'inflammation, de la rougeur. Un emplâtre rubéfiant. * Il s'emploie aussi comme substantif, au masculin. Un rubéfiant. (in Dictionnaire médical)

Utilisation par Huysmans des  deux  termes, le premier à titre métaphorique plus encore que le second, dans la phrase : : « … les lénitives histoires, les douces malvacées de l’auteur anglais [Dickens] se défeuillèrent et  les impitoyables révulsifs, les douloureux rubéfiants d’Edgar Poe surgirent. … »

Le carme Dosithée : à propos des littérateurs catholiques et de l’indigence de leurs productions (aux yeux de Des Esseintes), Huysmans livre une longue liste d’ecclésiastiques estimés insuffisamment talentueux qui débute avec Mgr Dupanloup et se clôt avec le Révérend Chocarne, liste dont chaque membre est soigneusement resitué dans son temps et ses œuvres par les notes érudites de Marc Fumaroli … à l’exception d’un seul : le carme Dosithée. Fumaroli se contente d’énoncer, lapidaire : Je n’ai pas trouvé trace du carme Dosithée.

Google, que je me suis obstiné, trente ans après cet aveu d’échec, à consulter un moment, ne fait pas mieux. Sauf Dosithée de Samarie, contemporain de Jésus et premier hérésiarque, qui selon les deux sources visitées soit se prenait pour le messie, soit ne reconnaissait comme tel que Jean-Baptiste, et Dosithée de Gaza, saint chrétien du VI° siècle, on ne trouve trace que d’un grammairien à peu près inconnu du IV° siècle après JC, auteur d’une grammaire latine qui « sous une construction des plus classiques, présente de nombreuses originalités, à commencer par le public auquel elle s'adresse : cette grammaire n'est pas pour débutants, mais vise des étudiants déjà érudits et versés dans les lettres grecques, d'où la glose, en grec, qui accompagne le texte. Ainsi la grammaire de Dosithée se présente plus comme une réflexion savante de linguiste que comme une méthode d'enseignement », et, last but not least, d’un martyr du Carmel sacrifié sur l’autel des débordements de la période  révolutionnaire. Enfin, un carme Dosithée ? Sans doute, mais qui ne semble guère littérateur. La mention qui en est faite, dans un article du Net sur les troubles religieux de la fin du XVIII°, fournit en passant ces seuls détails : « …parmi les religieux ayant fui le territoire, deux carmes français, le P. Dosithée de Saint-Pierre, du couvent de Rouen et le P. Théodose de Saint Alexis, du couvent de Saint Omer,  avaient pu reprendre depuis deux ans la vie religieuse en exil chez les carmes déchaussés d’Ypres, lorsque Ypres tomba aux mains des français. Dans la nuit du 24 au 25 juin 1794, ils furent arrêtés et conduits à Arras avec 17 autres prêtres avant, le 30 juin, d’être guillotinés. »

Le carme Dosithée de Huysmans, ce littérateur honni, est donc toujours dans l’ombre… s’il a jamais existé !

Génésique, Satyriasis :

Génésique : qui a rapport avec la génération (la procréation)

Satyriasis : pendant masculin de la nymphomanie, exacerbation maladive (morbide, pathologique) du désir sexuel chez l’homme.

Huysmans écrit : « …se vautrer parmi les excès de la chair, aiguisés par de sanglants sévices, (…) écart des sens génésiques, (…) cas de satyriasis arrivé à son point de maturité suprême. »

Catholicisme libéral, catholicisme ultramontain (compilation Web + Petit Robert) :

Le catholicisme libéral est un courant religieux catholique qui se développe au tournant des XIX°-XX° siècles et se distingue par ses positions politiques. Le libéralisme catholique se définit comme étant essentiellement une tendance, chez des catholiques sincères, à exalter la liberté comme valeur première avec les conséquences que cela entraîne pour les principes qui régissent la vie sociale, politique et religieuse jusqu’à vouloir concilier des inconciliables, les principes sur lesquels étaient fondés la France chrétienne et ceux qui découlent de la Révolution.

Ce courant de pensée introduit en France une modernité de substance catholique et révolutionnaire, incarnée par le respect des principes de la laïcité. Largement représenté chez les clercs, il façonne le catholicisme français et le rend sensible aux idées modernes de tolérance, de réduction de l'Église au droit commun, d'exaltation de « la liberté comme valeur première » ; les courants hostiles déclarent immédiatement que ce tour d'esprit va :

*          contre la vérité imposée ;

*          vers une relativisation des dogmes du catholicisme;

*          et finalement de tous ses fondements : rite et liturgie, histoire sainte, hiérarchie ecclésiale et doctrine sociale.

Ce catholicisme libéral trouve ses sources dans le serment dit de liberté-égalité du 26 août 1792 (réfuté par le pape Pie VI) et le Génie du christianisme de Chateaubriand (1802) puis la Charte octroyée par Louis XVIII en 1814 (et critiquée par le pape Pie VII). On comprend que l'ultramontanisme (dont l’origine est plus lointaine : cf. (1) ci-dessous) s’articule parallèlement et contradictoirement sur le même mouvement et se positionne, ainsi, comme option politique en faveur de la monarchie absolue.

Le vrai créateur du libéralisme catholique est Félicité de Lamennais (1782-1854) qui, dans un premier temps, s’était fait le champion de l'ultramontanisme (lequel  prône une Église catholique romaine forte, centralisée, et dominée par le pape, seul garant de l'ordre social). avec Louis de Bonald et Joseph de Maistre. C'est à Lamennais que l'on doit cette phrase célèbre: Sans pape, point d'Église; sans Église, point de christianisme; sans christianisme, point de religion et point de société. Mais il ira ensuite jusqu'à préconiser une séparation totale de l'Église et de l'État, sans pour autant abandonner ses thèses ultramontaines. Car, converti au libéralisme, aux côtés de l'abbé Henri Lacordaire et du comte Charles de Montalembert, ses collaborateurs au quotidien l'Avenir(2), il énonce : l'humanité est la véritable Église (dont) toutes ses hautes prérogatives, ses divins attributs, forment dans leur ensemble ce qu'on a appelé la souveraineté du peuple ; à lui, sur toutes choses, le commandement suprême, la décision dernière, le jugement infaillible, principes condamnés par l'encyclique Mirari Vos du pape Grégoire XVI du 15 août 1832. Déçu, et refusant de se soumettre, Lamennais quittera l'Église catholique.

(1) Ultramontanisme :  

En France, l'ultramontanisme est un courant de pensée favorable à la primauté spirituelle et juridictionnelle du pape ( au-delà des mont(agne)s, c-à-d en Italie, à Rome) sur le pouvoir politique (en matière religieuse et notamment de nomination des évèques), par opposition au gallicanisme. L'ultramontanisme trouve son origine  dans les suites du concile de Trente (qui s’étale de 1545 à 1563 ; convoqué à la demande de Charles Quint pour faire face aux progrès de la Réforme protestante) et de la consolidation du pouvoir pontifical qui en résulte. Les ordres religieux, en particulier celui des jésuites, se sont faits les champions d’une doctrine qui entendait rénover la catholicité en la soudant plus étroitement qu’autrefois au centre d’où partent maintenant les consignes de rajeunissement spirituel.

L'ultramontanisme qui s'impose au cours du XIX° siècle se développe lui dans le contexte de la Restauration en France, et s'associe à un courant politique qui, à partir de Charles X, tend à prendre le contre-pied de la Révolution Française, ses principaux penseurs étant Joseph de Maistre et Louis de Bonald. L'ultramontanisme se dresse contre le gallicanisme qui a été porté à son paroxysme avec la Constitution civile du clergé de 1790.

Les idées ultramontaines s'imposent grâce à l'action de nombreux apologistes, au premier rang desquels Lamennais, dom Guéranger, Montalembert, Lacordaire, et d'évêques, en particulier Mgr Gousset et Mgr Pie. Les thèses romaines sont popularisées grâce au journal L'Univers  fondé en 1833 et dirigé par Louis Veuillot. Défenseur de l’Église et du Saint Siège, critiquant la politique italienne de Napoléon III après avoir approuvé le coup d’état du 2 décembre 1851, porte parole après 1870 de la tendance légitimiste (comte de Chambord), l’Univers disparaît en 1914.

(2) Fondé par Lamennais, au lendemain de la Révolution de 1830, le journal L'Avenir exerça, pendant les quelques mois que dura sa publication, une influence considérable sur la jeune génération romantique, mais il dut cesser de paraître dès le 15 novembre 1831, devant l'hostilité du haut-clergé et du gouvernement de Louis-Philippe. Parmi ses collaborateurs, il faut citer Lacordaire, Montalembert, les abbés Gerbet et Rohrbacher, ainsi que Lamartine, Vigny et Maurice de Guérin. Hugo y donna, avant la publication en librairie, des extraits de Notre-Dame de Paris. 

VERLAINE  (1844-1896) :  Ce jugement de Des Esseintes: « … Paul Verlaine avait jadis débuté par un volume de vers, les ‘‘Poèmes saturniens’’, un volume presque débile, où se coudoyaient des pastiches de Leconte de Lisle et des exercices de rhétorique romantique, mais où filtrait déjà, au travers  de certaines pièces, telles que le sonnet intitulé ‘‘Rêve familier’’ [en fait : Mon rêve familier] la réelle personnalité du poète. ».

[Je ne résiste pas au plaisir de redonner le poème in extenso :

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.

Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore

Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues. »]

Une jolie formule : « … des livres qui le délassaient de la perfection des écrivains de plus vaste encolure… » Sportule  (n.f.  une, la sportule) (recherche Web et  dictionnaire Gaffiot):  antiquité romaine ; de sportula,æ : petit panier  à provisions. C’est dans ce type de panier que les patriciens faisaient distribuer à leurs clients  des dons en nature ou en argent , l’usage ayant adopté le nom du contenant: la sportule. « Le mot apparaît sous l'Empire, mais la chose est ancienne, et même on peut dire que c'est surtout sous la République , au temps du suffrage populaire , que l'usage de la sportule a dû être répandu ou tout au moins le plus utilement pratiqué. » (G. Bloch ; La République romaine -1913) (Par extension) (Littéraire) Aumône en nature. « Vérité plus frappante encore en Allemagne que dans le reste du monde: six millions de chômeurs, tant bien que mal assurés contre la crevaison de faim, et autant de sans-travail et sans allocation, réduits, avec leurs familles, à la sportule de la charité publique ! » (Victor Margueritte ; Debout les vivants ! - 1932)

Tristan Corbière (Edouard, Joachim, dit Tristan (1845-1875)) : Huysmans est un des rares admirateurs de Corbière (avec Jules Lafforgue) qui ont contribué à le faire connaître après que Verlaine l’ait sorti de l’anonymat en le citant dans ses Poètes maudits (1883) aux côtés de Rimbaud et de Mallarmé. Son recueil de poèmes, Les Amours jaunes, édité en 1873, était passé inaperçu.

Explicitement, dans À rebours :

« (…) Tristan Corbière  , qui en 1873, dans l’indifférence générale, avait lancé un volume des plus excentriques intitulé : ‘‘Les Amours jaunes’’. Des Esseintes qui, en haine du banal et du commun, eut accepté les folies les plus appuyées, les extravagances les plus baroques, vivait de légères heures avec ce livre où le cocasse se mêlait à une énergie désordonnée, où des vers déconcertants éclataient dans des poèmes d’une parfaite obscurité, telles ces litanies du Sommeil, qu’il qualifiait à un certain moment d’« Obscène confesseur des dévotes mort-nées » C’était à peine français ; etc. »

Le long poème (200 vers environ) de Corbière (titré exactement Litanie du sommeil et de fait hymne inversé et douloureux à l’insomnie) délire non sans exercer une indiscutable fascination au milieu de formulations juxtaposées et souvent absconses dont la musicalité (particulièrement de celle retenue par Huysmans) séduit. Je donne le « treizain » introductif :

« Vous qui ronflez au coin d'une épouse endormie,

Ruminant ! savez-vous ce soupir : l'Insomnie ?

Avez-vous vu la Nuit, et le Sommeil ailé,

Papillon de minuit dans la nuit envolé,

Sans un coup d'aile ami, vous laissant sur le seuil,

Seul, dans le pot-au-noir au couvercle sans œil ?

Avez-vous navigué ?... La pensée est la houle

Ressassant le galet : ma tête... votre boule.

Vous êtes-vous laissé voyager en ballon ?

Non ? – bien, c'est l'insomnie. – Un grand coup de talon

Là ! – Vous voyez cligner des chandelles étranges :

Une femme, une Gloire en soleil, des archanges...

Et, la nuit s'éteignant dans le jour à demi,

Vous vous réveillez coi, sans vous être endormi.

(…) »

Louis Edmond Duranty (1833-1880) : « Les labyrinthes psychologiques de Stendhal, les détours analytiques de Duranty, le [Des Esseintes] séduisaient (…) » . Edmond Louis Duranty, né à Paris en 1833, est le fils de Louis Edmond Anthoine, auditeur au Conseil d’Etat (1833), inspecteur de la Compagnie d’assurances la Nationale, puis magistrat. Duranty n’est pas le fils de Prosper Mérimée comme on l’avance à tort parfois. Il se consacre au journalisme comme critique d’art, et parallèlement, à la littérature. Duranty publie en 1858, avec un bon succès d’estime, Les Malheurs d’Henriette Gérard. En 1864, il entre au Progrès de Lyon où il donne, à partir du 11 décembre, une Correspondance littéraire. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance d’Emile Zola, alors employé à la librairie Hachette, et qu’il cite ses Contes à Ninon dans le Progrès de Lyon du 16 décembre 1864. C’est le début d’une profonde amitié entre les deux hommes. Zola aide, dans la mesure du possible son ami Duranty qui vit difficilement. Romancier, on lui doit : Les Combats de Françoise Du Quesnoy, paru en feuilleton en 1868, dans l’Evènement, et Le Chevalier Navoni dans l’Avenir National en 1872. Ces deux romans n’ont pas le succès escompté, loin de là. Emile Zola l’appuie pourtant auprès de l’éditeur Charpentier. Edmond Duranty meurt dans la misère à Paris en 1880. E. Zola est son exécuteur testamentaire.

Bradamante : … est un personnage de fiction, héroïne de la littérature de la Renaissance italienne. Elle apparaît dans le Roland amoureux (Orlando innamorato, fin XV° ; inachevé), de Matteo Maria Boiardo et dans le poème épique Orlando furioso (vers 1500) de l’Arioste (Ludovico Ariosto). Bradamante est l'une des grandes figures à la fois féminines et martiales de la littérature. Combattante aguerrie, elle porte une lance magique qui désarçonne tous ceux qu'elle touche. Elle tombe amoureuse du prince sarrasin Roger et l'épouse lorsqu'il se convertit au christianisme.

Robert Garnier, auteur dramatique du XVIe siècle, compose une tragi-comédie, Bradamante, qui a pour sujet les amours de la jeune guerrière et de Roger.

Bradamante est également l'héroïne du roman surréaliste d'Italo Calvino, Il Cavaliere inesistente.

Aloysus Bertrand ( 1807-1841 ; Louis, dit) : Ardent disciple de Victor Hugo. Ses poèmes en prose, Gaspard de la nuit, fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, furent salués par Baudelaire dans la dédicace de son Spleen de Paris et ont inspiré trois ballades pour piano à Maurice Ravel. La recherche des images étranges et les résonances secrètes de certains textes peuvent faire d’Aloysius Bertrand un précurseur du surréalisme. (in Le Robert).

Suc cohobé : Cohober, c’est en chimie distiller. Suc cohobé est à comprendre comme synonyme de ‘‘concentré absolu’’, ‘‘quintessence’’ ou ‘‘substantifique moelle’’ …

Dyspepsie : médical ; digestion difficile et douloureuse.

Plain-chant, Frère (Sœur) lai (laie) (in Larousse) :

Le plain-chant est un chant d’église médiéval à une voix, de rythme libre, récité ou mélodique (Remarque additive : on hésite entre le Rap et le Slam ?).

Lai, laie : religieux ou religieuse appartenant à un ordre ou à une congrégation qui observe la règle tout en conservant un statut laïc.

Dieu et la fécule : « Depuis des années, les huiles saintes étaient adultérées par de la graisse de volaille (…) Maintenant enfin, on était allé plus loin ; l’on avait osé supprimer complètement le blé et d’éhontés marchands fabriquaient presque toutes les hosties avec de la fécule de pomme de terre. Or, Dieu se refusait à descendre dans la fécule. C’était un fait indéniable, sûr (…) selon l’expression ecclésiastique [il ne pouvait y avoir là] à aucun titre, matière compétente du sacrement. » J’avoue avoir adoré ce ‘‘Dieu se refusait à descendre dans la fécule’’.

MALLARMÉ (Stéphane ; 1841-1898) : Huysmans consacre à Mallarmé , auteur alors confidentiel, des soins délicats, en des pages élogieuses accompagnées de la citation de quelques vers (de l’Après-midi d’un faune):

« Alors m’éveillerai-je à la ferveur première,

Droit et seul, sous un flot antique de lumière,

Lys !et l’un de vous tous pour l’ingénuité. »

… avec commentaire développé et enthousiaste sur ce ‘’Lys !’’ en rejet.

Flatté, Mallarmé, répondra par un poème depuis célèbre, mais particulièrement obscur, voire réputé inexplicable (la quintessence de l’inintelligible, en dira Albert Thibaudet) , la ‘‘Prose pour des Esseintes’’ : 

« Hyperbole! de ma mémoire

Triomphalement ne sais-tu

Te lever, aujourd'hui grimoire

Dans un livre de fer vêtu:

Car j'installe, par la science,

L'hymne des coeurs spirituels

En l'œuvre de ma patience,

Atlas, herbiers et rituels (…) »                           

                                                            The End ! Pas su faire plus court ! Désolé. 

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04 août 2009

Antoine Compagnon. Cours 2009-2010

Collège de France .       Écrire la vie II

COURS

Les mardis, à 16h30 

Premier cours : 5 janvier 2010
Dernier cours : 6 avril 2010

Pas de cours le 23 février 2010

Séminaire

En relation avec le sujet du cours

Les mardis, à 17h30

Premier séminaire : 5 janvier 2010
Dernier séminaire : 6 avril 2010

Pas de séminaire le 23 février 2010

Voici donc annoncée la session 2009-2010 telle qu'on en trouve le libellé sur le site du Collège de France.

Lapidaire.

On viendra sans doute de nouveau voir et pourquoi pas, complimenter.

Cela posé, on observe sur le même site une mise à disposition de l'internaute des enregistrements des cours et séminaires passés propre à décourager tout prurit de compte-rendu exhaustif à venir. Reste le goût marginal pour les commentaires que malgré tout, dans la mesure où auditeur on reste, on aura probablement du mal à réfréner.

On aura noté que cette année de nouveau, une interruption dont la nature skieuse est supputable mais non démontrée est prévue fin Février. Je m'en réjouis pour la paix des ménages, l'assiduité aux séances du mardi redevenant compatible avec les joies d'enneigement familiales  planifiées.

Restent quand même à courir suffisamment de semaines avant la réouverture d' hostilités littéraires aléatoirement admiratives pour que quelques lectures de circonstance viennent nourrir de préalables réflexions et d'éventuelles chroniques récapitulatives ce blog. Mais ce sera désormais pour Septembre.

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