Mémoire-de-la-Littérature

21 janvier 2017

SUR LEÇON N° 3 – LETTRE C …. Mardi 17/1/2016

Un certain nombre de noms. Du coup, on va aux nouvelles. Certaines sont amusantes.

L'Arétin

L'Arétin (1492-1557) par exemple, très vite cité. Poète satirique et licencieux, inventeur, dit A.C. du chantage littéraire. Surnommé le fléau des princes pour son aptitude à obtenir des Grands des gratifications en contrepartie de son silence de satiriste … Ses Sonetti lussuriosi (Sonnets luxurieux), écrits pour accompagner seize dessins érotiques l'ont contraint à fuir Rome et il finira ses jours à Venise, dans un palais du Grand Canal   où il reçoit poètes, comédiens, artistes et surtout courtisanes. On lui a fait une réputation peut-être outrée. Rémy de Gourmont  a écrit que l'Arétin méritait "d'être scruté attentivement et sans préjugés." 

Et Guy de Maupassant (Chroniques . 1885): "Les gens qui ne savent pas grand-chose, c'est-à-dire les neuf dixièmes de la société dite intelligente, rougissent d'indignation quand on prononce ce seul mot, l'Arétin. Pour eux l'Arétin est une espèce de marquis italien qui a rédigé, en trente-deux articles, le code de la luxure. On prononce son nom tout bas; on dit: " Vous savez, le Traité de l'Arétin. " Et on s'imagine que ce fameux traité traîne sur les cheminées des maisons de débauche, qu'il est consulté par les vicieux comme le code Napoléon par les magistrats et qu'il révèle de ces choses abominables qui font juger à huis clos certains procès de mœurs. Détrompons quelques-uns de ces naïfs. Pierre l'Arétin fut tout simplement un journaliste, un journaliste italien du XVIe siècle, un grand homme, un admirable sceptique, un prodigieux contempteur de rois, le plus surprenant des aventuriers, qui sut jouer, en maître artiste, de toutes les faiblesses, de tous les vices, de tous les ridicules de l'humanité, un parvenu de génie doué de toutes les qualités natives qui permettent à un être de faire son chemin par tous les moyens, d'obtenir tous les succès, et d'être redouté, loué et respecté à l'égal d'un Dieu, malgré les audaces les plus éhontées. Ce compatriote de Machiavel et des Borgia semble être le type vivant de Panurge qui réunit en lui toutes les bassesses et toutes les ruses, mais qui possède à un tel point l'art d'utiliser ces défauts répugnants qu'il impose le respect et commande l'admiration. (…)"

Edmond Rostand ( discours de réception à l'Académie française, le 4 juin 1903) n'est pas convaincu : "[L'Arétin] glorieux et obscène, pourri de débauche et de talent, bravant et bavant, polygraphe et pornographe, ruffian de tableaux et courtier de filles." 

Il était d'Arezzo, au cœur de l'Italie, en Toscane, d'où son nom : L'Arétin, qui ne fait que dire cela.

 

Granier de Cassagnac

Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac (1806-1880). A.C. le donne, avec Louis Veuillot, comme l'un de plus redoutables polémistes de son époque, et l'affirme très violent. Il est bonapartiste, et approbateur enthousiaste du coup d'Etat du 2 décembre 1851. Mais ce que je découvre  à travers le Net, et qui m'étonne et m'amuse, c'est qu'il est le grand-père de Saint-Granier, dont j'ignorais qu'il s'appelait Jean Granier de Cassagnac. Car Saint-Granier, et même plus précisément La minute de Saint Granier, c'est une madeleine de mon enfance, chronique brève tenue dès 1935 sur Radio-Cité et passée après guerre sur Paris-Inter (devenu France-Inter) où Saint-Granier a officié, vers 13h15, jusque dans les années 1960. J'étais monté en marche dans les années 1950 où mes parents appréciaient son bon sens conservateur sur les sujets d'actualité qu'il abordait. Un souvenir qui rejoint celui de la chronique caritative de Clara Candiani (Les Français donnent au Français), laquelle chronique, qui me semblait larmoyante, a duré, je le découvre, jusqu'en 1981; mais cela faisait 20 ans que je ne l'entendais plus  …

Cette affaire de minute radiophonique quotidienne me renvoie automatiquement à ce must télévisuel du début des années 1980 qui fit mes délices: La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, où s'exprimait l'absurde extravagant de Pierre Desproges. La seule consultation des intitulés de la petite centaine de chroniques produites est déjà jubilatoire. J'avoue beaucoup aimer, en termes d'accroche : Evaluons le quotient intellectuel de Beethoven. On peut revoir semble-t-il le tout ici.

Émile_Deschanel

Emile Deschanel (1819-1904). Il est titulaire au Collège de France, de 1881 à 1903,  de la Chaire de "Langue et Littérature françaises modernes". A.C. s'y réfère comme à un prédécesseur dans sa Chaire, devenue de "Littérature française moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie".  Début 1901, s'apprêtant à commencer son cours, il est revolvérisé par une jeune russe. A.C. commente : "Il faut toujours se méfier des jeunes russes". La saillie ne provoque pas l'hilarité peut-être attendue. Le Petit Journal du 10 Mars 1901 raconte : "On se souvient du drame du Collège France. Au moment où le père du président de la Chambre, le vénérable M. Emile Deschanel, se dirigeait vers sa chaire pour faire son cours, une jeune fille russe, Mlle Vera Gelo, armée d'un revolver, se précipita sur lui et fit feu. Sa compagne, Mlle Zélénine, avait vu le mouvement ; elle s'élança entre Mlle Vera Gelo et le professeur.  Ce fut elle qui fut blessée et si grièvement que l'on n'a pas encore l'assurance de la sauver. Tandis qu'on la transportait à l'Hôtel-Dieu, la meurtrière était emmenée au dépôt. Interrogée, elle déclara avoir voulu se venger d'une grave insulte. Mise en présence de M. E. Deschanel, elle déclara ne point le reconnaître, elle avait été trompée par une ressemblance. Et ce fut tout ; il a été jusqu'à présent impossible, en dépit des sollicitations les plus pressantes, d'obtenir d'elle le moindre détail, soit sur l'attentat antérieur dont elle dit avoir été victime, soit sur celui qui s'en est rendu réellement coupable. Quand à Mlle Zélénine, elle a été l'objet des attentions les plus délicates de la part de M . et de Mme Deschanel, ainsi que de celle de M . Paul Deschanel (…); quand elle peut parler elle s'affirme très heureuse d'avoir pu, en se sacrifiant elle-même, éviter un grand malheur ; elle n'a que des paroles affectueuse pour son amie, dont elle ne cesse de réclamer la présence. Autant pour lui donner satisfaction que pour éclaircir le mystère dont s'entoure Mlle Vera Gelo, le juge d'instruction a ordonné dernièrement que les deux jeunes filles fussent confrontées. Sortie sous la conduite de deux agents de la prison de Saint-Lazare, Mlle Vera Gelo a été conduite à l'Hôtel-Dieu. M . de Valles, juge d'instruction, l'y attendait avec Me Albert Salmon, son avocat, et le docteur Socquet. Ils assistèrent à l'entrevue qui fut des plus touchantes. Mlle Vera Gelo demanda pardon à sa victime qui ne lui répondit qu'en lui jetant les bras autour du cou et en l'embrassant longuement. On eut beaucoup de peine à les séparer ; toutes deux pleuraient, étroitement enlacées. (…)"

Il ne semble pas que l'on ait pu éclaircir l'affaire. L'instruction n'a rien apporté au-delà du refus de Vera Gelo de livrer des détails sur l'épisode moteur de son geste. Les témoignages de moralité sont en sa faveur: " … jeune fille très honnête, laborieuse et incapable d'un acte de méchanceté, et, à plus forte raison, d'un crime, etc."

La blessée n'a finalement pas survécu. Il y a eu un procès en assises et, à la surprise désapprobatrice du Petit Journal du 5 mai 1901, un acquittement : "Nous ne reviendrons pas sur les détails de ce procès que nos lecteurs connaissent à merveille, ils savent aussi que Mlle Vera Gelo, qui tua son amie en tirant sur M. Emile Deschanel qui ne lui avait rien fait, a été acquittée. Elle est partie maintenant pour son pays sous la conduite de M. Zélénine qui, sur la prière de sa sœur, s'apprêterait, assure-t-on, à l'épouser. Qu'elle ait été acquittée, nul ne s'en étonnera. Le jury ne pouvait résister aux prières de cet ange que fut Mlle Zélénine, il a pardonné. Soit, mais que cet acquittement ait été transformé en une sorte de triomphe, voilà qui me semble plus que déplacé. On a fait à Mlle Gelo une ovation après le prononcé du jugement, c'est presque monstrueux. Qui pense à honorer pendant ce temps, par un souvenir quelconque, Mlle Zélénine, cette douce, pure et miraculeusement bonne jeune fille, qui, après avoir donné courageusement sa vie en se jetant au-devant du revolver armé par la névrose de son amie, n'a songé durant sa douloureuse et longue agonie qu'à obtenir la grâce de celle qui l'a frappée? Où sont les souscripteurs pour élever un monument sur sa tombe, pour y déposer seulement quelques fleurs? Non, on réserve se forces pour acclamer Mlle Vera Gelo. Je ne veux point prononcer contre elle de paroles malveillantes, je crois que le remords de son acte lui  sera un rude châtiment, mais il me semble qu'un rappel au bon sens, à la mesure, n'est point superflu, et je m'associe aux sages paroles du président qui, après avoir appris à la meurtrière qu'elle était libre, lui a conseillé de retourner au plus tôt dans son pays, de s'y enfermer dans ses devoirs de famille et … de se faire oublier."

On a en fait démarré la leçon sur le mot Condottiere. Avec ses significations d'époque et en littérature, essentiellement journalistique, prolongeant l'introduction de Bravo en fin de leçon précédente, les deux termes étant au fond, ici, synonymes. Homme de main, exécuteur, signataire d'éditoriaux d'autant plus choquants qu'anonymes, parangon des lâchetés de la pensée, etc. Compagnon cite le personnage d'Andoche Finot, dans Balzac (La maison Nucingen) taxé de brillant condottiere de plume, proxénète littéraire, spadassin des lettres. Et le Titien, son fidèle ami, parlant de l'Arétin comme d'un condottiere de la piuma (condottiere de plume), on est parti sur ce dernier.

On a évoqué Sainte-Beuve parlant de gladiateurs en littérature au milieu de la querelle romantisme-classicisme des années 1830-1840, et Emile Deschanel, chronologiquement un peu décentré, s'est retrouvé sur le tapis, sans que j'aie retenu le lien.

Et puis, Compagnon s'est mis à chercher d'autres termes, d'autres synonymes, disant guerillero, puis matador. Le premier, guerillero, est à la mode, dit-il, depuis l'expédition d'Espagne de 1823, décidée par Louis XVIII pour rétablir sur son trône Ferdinand VII, dont était si fier Chateaubriand: "Enjamber d'un pas les Espagnes, réussir là où Bonaparte avait échoué, triompher sur ce même sol où les armes de l'homme fantastique avaient eu des revers, faire en six mois ce qu'il n'avait pu faire en sept ans, c'était un véritable prodige ! " (Mémoires d'Outre-Tombe).

Alphonse Karr

Au passage, un autre nom surgit … Alphonse Karr ( 1808 – 1890). Revue satirique Les Guêpes, dont il est l'unique rédacteur. Ami de Victor Hugo. L'outing (pour oser l'anachronisme) auquel il se livre en soulignant en public la liaison de Louise Colet (future confidente et maîtresse de Flaubert) et de Victor Cousin, qui régna sur la philosophie universitaire de son siècle, lui vaut un couteau de cuisine que celle-ci lui plante (heureusement sans gravité réelle) dans le dos et qu'il conservera en souvenir, après avoir refusé de porter plainte. Journaliste efficace, ironiste, il a été rédacteur en chef de 1836 à 1838 au Figaro. C'est un spécialiste des bons mots et un grand amateur d'horticulture, les deux se rejoignant dans le titre d'un traité de jardinage qu'il publie : Comment insulter les plantes en latin.

J'entends passer un distinguo: l'ennemi particulier, c'est l'inimicus latin, quand l'ennemi public (collectif) c'est l'hostis. A distinguer aussi: l'ennemi de l'adversaire. Augustin Grisier, maître d'armes qui nous a occupés la dernière fois : "… avec l'épée on tue son adversaire, avec la baïonnette, son ennemi" (rapporté par Alexandre Dumas).

L'ennemi, c'est souvent l'ex-ami.

Baudelaire : "La sympathie littéraire déçue, c'est ce qui fait les ennemis" . A.C. évoque les Conseils aux jeunes littérateurs (le texte ici). On n'y trouve pas cette citation-là, mais un "deux en un" qui renvoie A.C. à Saint Paul: "ambos in uno" (Lettre aux éphésiens) dans le paragraphe Des sympathies et des antipathies, dont il lit le début : " En amour, comme en littérature, les sympathies sont involontaires ; néanmoins elles ont besoin d'être vérifiées et la raison y a sa part ultérieure. Les vraies sympathies sont excellentes, car elles sont : deux en un - les fausses sont détestables, car elles ne font qu'un, moins l'indifférence primitive, qui vaut mieux que la haine, suite nécessaire de la duperie et du désillusionnement".

Recours à Balzac (Illusions perdues) : "Il n'a pas encore d'ennemi qui puisse faire sa fortune en l'attaquant".

On reste un moment sur Camaraderie. C'est un néologisme apparu dans les années 1840 et avec un sens aujourd'hui disparu. Péjoratif alors, camaraderie signifiant favoritisme, népotisme, prenant la place de compérage. Stendhal : "On connaît le compérage des journaux" (dans Racine et Shakespeare – 1823). Balzac fait d'Henri de Latouche, auteur en 1829 d'un article contre les romantiques dans la Revue de Paris intitulé De la camaraderie littéraire,  l'inventeur du mot. Henri de Latouche est donné (Wikipédia) pour l'amant intermittent, pendant trente ans, de Marceline Desbordes-Valmore qui l’appelle « Olivier » dans sa poésie et aura de lui une fille. Balzac , dit Compagnon, se fera reprendre par Jules Janin  qui affirme que camaraderie a été mis en évidence par Louis-Sébastien Mercier qui a publié en 1801 Néologie, ouvrage sous-titré Vocabulaire des mots nouveaux, à renouveler, ou pris dans des acceptions nouvelles.

Eugène Scribe est cité pour sa comédie en 5 actes de 1837, La camaraderie ou la courte échelle. Puis, parce qu'il a énoncé de longtemps les principes de cette camaraderie-compérage littéraire, Molière : "Nous serons de nos lois les juges des ouvrages / Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis / Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis" (Les femmes savantes). Proust enfin, par la bouche de M. Verdurin, s'écriant : "Tout pour les amis! Vive les camarades!" Stendhal vient encore à notre secours, parlant de "canaille écrivante" par reprise d'une formule de Voltaire dans Candide: On aperçut enfin les côtes de France. Avez-vous jamais été en France, monsieur Martin ? dit Candide. (…) Mais, monsieur Martin, avez-vous vu Paris ? -- Oui, j'ai vu Paris (…) c'est un chaos, c'est une presse dans laquelle tout le monde cherche le plaisir, et où presque personne ne le trouve (…) j'y fus volé, en arrivant, de tout ce que j'avais, par des filous à la foire Saint-Germain (…) après quoi je me fis correcteur d'imprimerie (…) Je connus la canaille écrivante, la canaille cabalante, et la canaille convulsionnaire.  Flaubert cite cette dernière phrase dans sa correspondance et pour lui, la "canaille convulsionnaire", ce sont les illuminés qui croient aux tables tournantes . Etc.

En passant, j'entends A.C. parler du terme puffer, tiré de l'anglais, qu'il indique comme synonyme de prôner et oppose à éreinter. Les dictionnaires effectivement donnent comme traduction de puff up : vanter exagérément.

J'entends aussi: sigisbée. Un sigisbée, c'est un chevalier servant, un jeune homme qui, dans la noblesse italienne du XVII° siècle, accompagnait officiellement et au grand jour, en l'absence de son époux, une dame mariée; c'était un amant de cœur et bien souvent un amant tout court.

Etc.

Pour conclure sur le sujet, la camaraderie de ce milieu du XIX° siècle s'appelle aujourd'hui le copinage.

Copinage

Enfin, comment Compagnon aurait-il pu ne pas parler du compagnonnage? Un bien beau nom, souligne-t-il, gourmand, provoquant une petite onde rieuse dans l'amphithéâtre. Et, face à une camaraderie péjorativement connotée, c'est, dit-il d'abord, un terme très positif à l'époque dont nous parlons. Le compagnonnage est généreux, désintéressé, et Barbey d'Aurevilly souligne sa différence, évoquant cette dégradation du compagnonnage que peut être la camaraderie.

Sans unanimité. Sainte-Beuve professe une opinion contraire, estimant le compagnonnage encore pire que la camaraderie, car il voit poindre à travers lui n'utilisât-il pas le mot, les prémisses du syndicalisme, des coalitions d'ouvriers.

Bien. J'ai dû sauter pas mal de choses et ajouter quelques détails glanés sur le net. Je n'ai rien dit de Louis Veuillot, dont la vigueur polémique fut citée, aux côtés de Granier-Cassagnac, ni guère gratté du côté d'Eugène Scribe et de Victor Cousin. Je n'ai pas trouvé de poème emblématique de Marceline Desbordes-Valmore, avec pourtant le sentiment qu'il y avait dans un coin de ma mémoire deux ou trois vers d'elle qu'on trouve partout …

Louis_Veuillot

Eugène Scribe

Victor Cousin

Marceline Desbordes Valmore

 

 

 

 

 

 

 

On saura s'en contenter ….

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14 janvier 2017

AGONAL, AGONISTIQUE …. IL VOIT DE L'AGÔN PARTOUT!

              Agon          Claude Calame

Je n'ai pas trouvé de photographie plus récente de Claude Calame, invité du séminaire de ce mardi 10 janvier 2017. Son érudition relative aux Dionysies m'a épuisé. Et malgré quelques notes, ma pulsion compte-rendesque a trouvé ici ses limites. Je n'ai jeté sur ma feuille que quelques noms épars, sans vraiment parvenir à suivre, sous l'avalanche des précisions de tous ordres.

Au demeurant, qu'aurais-je gagné à mieux faire? Il n'y a là rien qu'on puisse espérer réellement retenir et au fond, pour s'en tenir au thème général du cours, dont les séminaires sont censés être des appendices, l'apport est dans des détails non littéraires, le littéraire se résumant à cette banalité que tout concours est une compétition et toute compétition un combat, dans l'Athènes du Vième siècle (av. JC) comme partout ailleurs!

Car Claude Calame n'a fait, mais d'abondance, que des circonvolutions savantes autour de cette idée que depuis la nuit des temps théâtraux, le poète, le dramaturge, l'auteur dramatique est dans le fracas des batailles, soit qu'il les mette en scène, soit qu'il s'y implique pour lutter contre d'autres poètes, d'autres dramaturges, d'autres auteurs dramatiques.

Des références de tous ordres volent. Sans lien forcément logique avec le discours du conférencier, j'ai griffonné successivement:

Chronique du "marmor parium". Elle est référencée comme "Chronique de Paros" sur Wikipédia, que je pille : … c'est une inscription chronologique grecque composée de trois fragments en marbre  trouvés dans l'île de Paros ; datée de 264-263 avant JC, elle a pour ambition de fournir une liste de tous les événements marquants du passé jusqu'à cette date, (…) des événements de toute nature, politique, littéraire aussi bien que religieuse. (…) La chronique couvre la période qui va de l'ascension sur le trône du roi mythique Cécrops, qu'elle date de 1581-1580 av. J.-C., jusqu'au moment de la compilation, datée de 264-263 av. J.-C. (…) Bien qu’elle se prétende universelle, l'inscription utilise exclusivement le cadre athénien pour dater les événements.

Tyrannie de Pisistrate : VIième siècle avant J.C.  Une tyrannie assez peu tyrannique, semble-t-il, dont on trouvera une version intéressante à lire ici: http://www.philisto.fr/doc-52-la-tyrannie-de-pisistrate-a-athenes-561-528.html . Les Dionysies s'installent sous Pisistrate, avec des concours de dithyrambe ( hymne religieux chanté par un chœur d’hommes accompagné d'un aulos (précurseur du hautbois) et d'une danse représentant à l'origine l'emprise de Dionysos  sur les hommes). Le dithyrambe mobilisait dix groupes de cinquante adolescents et dix groupes de cinquante hommes (un pour chaque tribu (subdivision administrativo-démographique) d'Athènes).

Thespis, poète : … vers – 550. Plus ou moins aux origines de la tragédie. On dit qu'il passait de ville en ville, sur un chariot, jouant des pièces de sa composition.  Monter sur le chariot de Thespis = devenir acteur. Claude Calame évoque une victoire de Thespis dans un concours (des Dionysies, je pense) dont le prix était un bouc (tragos), pour aboutir à tragôidia (chant du bouc) et expliquer ainsi le vocable "tragédie".

Simonide de Céos: … vainqueur d'un concours des Dionysies après Marathon (-490) , bataille à laquelle Claude Calame souligne qu'aurait pris part, comme soldat, Eschyle.

Aristophane (vers -445 / vers -370) : … dans Les Grenouilles, on trouve un agôn (dit-il) entre Eschyle et Euripide, arbitré par Dionysos.

Archonte éponyme : … éponyme est depuis quelques années "tendance". Signifie "qui donne son nom à". Ici, l'archonte éponyme est le magistrat (désigné pour une année) chargé de l'administration civile et de la juridiction publique à Athènes. Il est le tuteur des veuves et des orphelins et surveille les litiges familiaux. Il s'occupe aussi du théâtre en nommant les mécènes et les vainqueurs des tétralogies (réunions de quatre pièces dramatiques représentées dans la même séance théâtrale, et généralement liées entre elles par l'analogie plus ou moins étroite des sujets). L'archonte éponyme donne son nom à l'année de son archontat.

Thucydide (vers -460 / vers -400): … je ne sais plus pourquoi l'auteur de La Guerre du Péloponnèse (le conflit entre Athènes et Sparte qui s'est déroulé entre - 431  et - 404 et s'est achevé sur la défaite d'Athènes) est cité ici.

Réformes de Clisthène : réformes politiques introduites par Clisthène en -508.  Elles ont pour but de transformer le système politique afin d’empêcher le retour de la tyrannie (exercice du pouvoir absolu dans le cadre d'une prise dudit pouvoir en dehors de tout cadre légal). Toutefois, ces réformes n’aboutissent pas immédiatement à la démocratie. En effet, les réformes de Clisthène visent l’implantation (intermédiaire) de l'isonomie, c’est-à-dire de l’égalité de tous devant la loi, qui n'est qu'un premier pas vers la démocratie. Les réformes portent essentiellement sur une nouvelle division de l’Attique en tribus ainsi que sur l’implantation de nouvelles mesures toujours dans le but d’empêcher le retour d'un tyran. Des fonctions nouvelles, notamment celle de stratège, entrent en vigueur et marquent profondément les institutions. Cette révision du système politique touche l’Attique entière et transforme le mode de participation aux affaires publiques.

Pausanias : … sans doute "Pausanias le Périégète", géographe, grand voyageur, IIième siècle de notre ère, auteur d'une Description de la Grèce (une Périégèse; d'où son nom) en dix livres.

Rapt d'Ariane : … légende. Abandonnée à Naxos, après qu'il a tué le Minotaure, par Thésée, roi mythique et grand réformateur d'Athènes, elle aurait été enlevée par Dionysos et conduite à Lemnos.

Démosthène (-384 / -322): … le grand orateur est ici évoqué pour une agression aux Dionysies (en -349) alors qu'il y était  chorège (animateur-organisateur-chargé (à ses frais) d'un chœur), que Claude Calame attribue à un Bravo (tiens, tiens, voilà le mot !!) payé par Midias, homme politique et orateur avec qui Démosthène était depuis longtemps en conflit.

On trouve ici (http://ugo.bratelli.free.fr/Demosthene/Discours_Judiciaires/Demosthene-Discours_contre_Midias.htm), en chapeau d'un discours contre Midias (préparé en vue d'un procès qui n'eut pas lieu),  des éléments détaillés d'information qui ne reprennent pas cette histoire de Bravo et sont intéressants à consulter.

Mode étiologique : En médecine, l'étiologie (ou étiopathogénie) est l'étude des causes et des facteurs d'une maladie. Ce terme est aussi utilisé dans le domaine de la psychiatrie et de la psychologie pour l'étude des causes des maladies mentales. L'étiologie définit l'origine d'une pathologie en fonction des manifestations sémiologiques (Wikipédia). Je ne me souviens pas du contexte d'emploi par Claude Calame.

Ensuite, en vrac, j'ai encore noté, un peu somnolant, l'assemblée extraordinaire, l'ecclésia, qui se tenait dans le théâtre de Dionysos à l'issue des Dionysies et au cours de laquelle s'examinaient les conflits non réglés surgis pendant les fêtes (comme celui opposant Démosthène à Midias). J'ai retenu ces deux piliers de l'éducation athénienne qu'étaient les concours athlétiques et les concours musicaux (musicaux en un sens large, athénien, celui du domaine des muses), et entendu Claude Calame affirmer que l'agôn était inscrit dans le rituel de la poésie mélique (c'est à l'évidence fort savant, mais on peut envisager de commencer à se pré-informer là, via Claude Calame himself : http://www.fabula.org/actualites/la-poesie-melique-entre-genres-rituels-et-institutions-civiques_9310.php)   …

Ensuite encore, mais l'affaire touchait à sa fin, j'ai vraiment décroché.

Il y a eu semble-t-il un échange avec A.C.

Ce dernier m'a paru peu certain de la pertinence de ses propres questions et en être vaguement ennuyé, comme j'ai cru deviner que Claude Calame ne cernait pas bien ce qu'on lui demandait et remettait une petite couche de ce qu'il avait déjà dit. Mais je n'étais plus en mesure de m'affirmer auditeur concentré et réceptif.

Dormeur

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13 janvier 2017

SUR LA LEÇON N° 2 – Mardi 10/1/2017

  Paul Valéry   Eric Cantona

La question est : Paul Valéry, qui se disait philosophe sportif, était-il pour autant un sportif philosophe, catégorie qui, pour ses aphorismes sentencieux, pourrait inclure Eric Cantona?

Passons ………..

Pas mal de citations, aujourd'hui. Finalement, quelle est la méthode? Choisir un vocable du champ lexical de l'affrontement, de la guerre, ou de son pendant pacifique, le sport, en attendant le grand banditisme, et en chercher les traces dans la grande littérature ou la moins grande, en passant s'il le faut par le journalisme.

Puis dire qu'on traite ainsi de la littérature comme sport de combat.

Au détour d'une phrase, A.C. nous affirme que la règle, dans la grande maison qui désormais l'accueille, c'est d'avancer sans trop savoir où l'on va. De la maternelle à l'université, on enseigne ce qu'on sait. Au Collège de France, on  raconte ce qu'on cherche. Là, des enseignants, ici des encherchants.

Profession? Encherchant au Collège de France. Soit.

Compte-rendu non objectif, lacunaire et décousu .

Majeure partie de la leçon du jour : Qui a parlé d'athlète à propos de quel littérateur? Dernier quart d'heure : Qu'est-ce donc qu'un Bravo, avec B majuscule, quand il ne s'agit pas de le crier? Période concernée : 1820-1870.

Victor Hugo, Odes et Ballades, Livre  Quatrième.

Odes X (Le champ de l'Arène), XI (Le chant du Cirque), XII (Le chant du Tournoi) (https://fr.wikisource.org/wiki/Odes_et_Ballades)

Ode X.

L’athlète, vainqueur dans l’arène,
Est en honneur dans la cité ;
Son nom, sans que le temps l’entraîne,
Par les peuples est répété

(…)

Le même, dans Les Contemplations.

Je suis le poète farouche (…)

Le songeur ailé, l'âpre athlète

Au bras nerveux

Et je traînerai la comète

Par les cheveux.

(…)

Le même, dans une lettre à Auguste Vacquerie : … votre style a des muscles d'athlète, vous convainquez et vous vainquez.

Vigny, Les destinées :

Un soir il arriva que l'antique planète

Secoua sa poussière. - Il se fit un grand cri :

" Le Sauveur est venu, voici le jeune athlète

(…)

Banville , Les deux frères :

Deux lutteurs aguerris, formidables athlètes
Jetés dans le champ clos de la société,
Deux nobles parias, en un mot deux poètes,
Fouillant dans la nature avec avidité.

(…)

Lamartine, dans sa correspondance : Je lis l'abbé De Lamennais (...) c'est une conscience de martyr, toujours prête à s'immoler à ce qu'il croit la vérité, une conscience qui, comme la mienne, ne le laisse pas dormir, mais qui l'éveille en sursaut quelquefois au milieu d'un rêve qu'il prend pour une réalité. C'est un grand athlète antique qui ne craint pas d'ôter son habit et de combattre nu devant le peuple.

Les Goncourt, au sujet d'Alexandre Dumas : Une sorte de géant, aux cheveux d’un nègre devenu poivre et sel, au petit œil d’hippopotame, clair, finaud, et qui veille même voilé, et, dans une face énorme, des traits ressemblant aux traits vaguement hémisphériques que les caricaturistes prêtent à leurs figurations humaines de la Lune. Il y a, je ne sais quoi, chez lui, d’un montreur de prodiges et d’un commis voyageur des Mille et une nuits. (…) Il ne boit pas de vin, ne prend pas de café, ne fume point : c’est le sobre athlète du feuilleton et de la copie

Sainte-Beuve, en 1850, sur Balzac, dans ses Causeries du lundi : Monsieur de Balzac avait le corps d'un athlète.

Banville, parlant à propos de Gautier de sa forte main de géant et d'athlète.

Sur cette épithète d'athlète ….

Idée que le littérateur, pour affronter l'énorme travail qu'est l'élaboration de son œuvre, doit avoir le corps d'un colosse. Compagnon signale qu'il ne la voit, l'épithète d'athlète, pour la période qu'il examine, généreusement attribuée qu'à Alexandre Dumas, Balzac et Gautier.  Sauf Jules Janin, il ne trouve guère de commentateur qui l'accole au nom de Hugo. Entre nous l'image est pourtant assez banale et on nous la sert facilement. Jean-Paul II avait été désigné comme l'athlète de Dieu.

Anecdotiquement, c'est Baudelaire, faisant le portrait d'Edgar Poe : Jeune, il avait montré une rare aptitude pour tous les exercices physiques, et, bien qu’il fût petit, avec des pieds et des mains de femme, tout son être portant d’ailleurs ce caractère de délicatesse féminine, il était plus que robuste et capable de merveilleux traits de force. Il a, dans sa jeunesse, gagné un pari de nageur qui dépasse la mesure ordinaire du possible. On dirait que la Nature fait à ceux dont elle veut tirer de grandes choses un tempérament énergique, comme elle donne une puissante vitalité aux arbres qui sont chargés de symboliser le deuil et la douleur. Ces hommes-là, avec des apparences quelquefois chétives, sont taillés en athlètes, bons pour l’orgie et pour le travail, prompts aux excès et capables d’étonnantes sobriétés.

Sur cette affaire de "pari de nageur", Wikipédia affirme :En juin ou juillet 1824 , il nage six ou sept miles le long de la James River, tandis que son maître suit sur un bateau. Né en janvier 1809, Poe est donc alors âgé de 15 ans. La distance annoncée, de l'ordre au moins de dix kilomètres, est effectivement remarquable. Pour mémoire, la James River est un fleuve de l'état de Virginie, USA, côte Est.

Chez les Goncourt, encore, dans Charles Demailly : Né batailleur, taillé pour la guerre du pamphlet politique et philosophique, Franchemont était un audacieux et merveilleux remueur de pensées et de paradoxes, un bel athlète de polémiques, n'estimant la littérature que comme un formulaire d'idées sociales, méprisant la poésie, insensible à la musique des phrases; un homme non tant du parti que de la doctrine de la force, ...

Etc.

Auguste Grisier

À chercher quel sport, dans le contexte du XIX° siècle, servait la métaphore et se cachait derrière le vocable d'athlète, AC est passé à l'escrime, et au maître d'armes qu'il dit de référence : Auguste Grisier, auteur de l'ouvrage ci-contre, avec préface d'Alexandre Dumas. Tout le gotha parisien a pratiqué l'escrime chez Grisier, "maître d'armes idéal". Sa salle était au 4, rue du Faubourg Montmartre. C'est, dit A.C, le Carrefour des écrasés, formé par le boulevard Montmartre, la rue Montmartre et la rue du Faubourg-Montmartre, à l'époque un des endroits de Paris les plus dangereux pour les piétons, à cause de la quantité de voitures qui s’y croisent et de la pente du boulevard Montmartre qui ne permet pas aux cochers d’arrêter leurs chevaux à temps. 

De là, on glisse vers l'anecdotique, hors sujet.

Grisier (1791-1865) admirateur (à distance chronologique) du Chevalier de Saint-Georges (1745-1799), mulâtre qui a reçu l'éducation parfaite du jeune noble  d'ancien régime, fleurettiste hors pair, violoniste virtuose et franc-maçon. Boxeur, aussi, et anti-esclavagiste, opposé dans un fameux affrontement mondain, fleuret en main, au (à la) Chevalier(ère) d'Éon, en 1787 et à la cour d'Angleterre, dont il ne semble pas qu'il se soit outre mesure tiré à son avantage.  Le prince de Galles aimait alors à opposer la chevalière d'Éon aux plus vaillants hommes d'armes. À sa prière, celle-ci consentit à soutenir, sous ses habits de femme, contre le fameux Saint-Georges, un assaut dont les gravures anglaises ont conservé le souvenir (in Mémoires du Chevalier d'Éon)

Deux romans, cités : Le chevalier de Saint Georges, de Roger de Beauvoir ; Le maître d'armes, d'Alexandre Dumas, qui se présente comme l'autobiographie de Grisier.

Et on passe aux Bravi.

Un Bravo, vocable peu usité, italien, désigne un assassin à gages, un spadassin, un demi-solde et dans le milieu journalistique, un  maître chanteur, dit A.C., un spécialiste de l'éreintement, un homme de main de la critique.  On reste là-dessus dix minutes .

Rien noté.

Mais je comprends soudain que la lettre B vient d'être traitée et que Bravo succédait à Athlète (lettre A) et précédait, il l'annonce, Condottiere (lettre C), prévu next week …. Ah bon? C'est donc parti pour l'alphabet, avec des raccords qui me semblent assez hypothétiques en direction de la littérature, sport de combat. Bizarre démarche. À ce compte, pour B, on aurait pu choisir Bordel. Il y aurait eu davantage de références et un repos du "guerrier littéraire" propice à l'arrimage au thème annoncé.

Un grand n'importe quoi est-il en marche (comme dirait Emmanuel Macron)?

Pompeii

 

 

 

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07 janvier 2017

SÉMINAIRE N°1 – 03/01/2017

 

Ruth Amossy

    RUTH AMOSSY

                                                                     Polémique littéraire, polémique publique, controverse, etc.

Une séance plaisante. Houellebecq, cité en début de séance pour Soumission, disparaît immédiatement de la discussion. La réflexion, au-delà d'un souci de définition des termes qui est intéressant sans outre mesure éclairer d'un jour nouveau la présentation des controverses évoquées, se déploie tranquillement pendant une quarantaine de minutes, appuyée sur la projection des notes "tapuscrites" de la conférencière, qui en reste très près.

Norton Cru, avec Témoins (sur la guerre de 14-18) largement évoqué par AC lors de son année sur La guerre littéraire,  occupe un petit quart du temps, les autres trois quarts plutôt centrés sur Jonathan Littell et Les Bienveillantes.

Discussion sur la valeur du témoignage fictionnel.

En termes d'ouvrages, seul Le Feu de Barbusse complète en quatuor le trio déjà cité.

Qu'apprend-on (?) :

- Que le terme polémique apparaît pour la première fois en 1718 dans le dictionnaire de l'Académie française.

- Que la polémique suppose un sujet d'intérêt public, relève du conflictuel, engage une argumentation, conduit à une dichotomisation (blanc/noir), à une polarisation (deux camps adverses), et suppose la volonté de discréditer l'adversaire. Que le pathos n'y est pas nécessaire, ni la violence verbale. Que la tension s'y installe entre l'expression du désaccord et l'adhésion des parties à des normes et des valeurs communes, cadre obligé des divergences. Polémiquer, c'est encore partager.

- En termes de vocabulaire, on parle d'éristique, qui est l'art de la dispute, du débat. On parle d'épidictique, qui est le domaine de la louange et du blâme. On évoque l'axiologie, qui est le domaine des valeurs (morales). On évoque des témoignages dysphoriques, quand le Larousse définit la dysphorie comme "un trouble psychique caractérisé par une humeur oscillant entre tristesse et excitation".

Et Ruth Amossy soulève la question de savoir ce que la littérature apporte comme valeur ajoutée à la polémique lorsque elle aborde un sujet qui fait débat.

 

Discussion ensuite avec A.C. Souriante, sans prétention, un échange aimable et détendu (ils se tutoient) comme on en aurait autour d'un verre. Rien de savant. De la conversation bienveillante entre gens cultivés, en restant à un niveau élégamment élémentaire, où AC cherche à obtenir quelques précisions et montre qu'il a trouvé tout cela agréablement superficiel et tranquillement imprécis.

 

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05 janvier 2017

SUR LA LEÇON N°1 – 3/1/2017

 

      Archiloque  Anatole France

Archiloque et Anatole France. Deux références énoncées, parmi d'autres, avec renvoi pour le premier à ses amours contrariées au septième siècle avant JC, et pour le second, à la violente charge des surréalistes au lendemain de sa mort.

Archiloque, inventeur du vers iambique,  se promettait de convoler en justes noces avec Néoboulé, fille de Lycambe, autre poète grec. Refus du père aux motifs obscurs. Archiloque se déchaîne contre lui, puis le désir devenu haine, contre sa fille. Insultes versifiées diverses à l'impact mortel: père et fille finiront par se pendre.

L'anecdote est tirée de l'abbé Irail, auteur en 1761 des Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la République des Lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours.La rage, y est-il dit, fut la muse d'Archiloque.

Consultable ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k82822m.pdf

Quand Anatole France meurt, couvert de gloire et d'honneurs en Octobre 1924, Breton, Soupault, Eluard, Aragon, Deltheil, se fendent de deux feuillets recto-verso d'attaques virulentes contre son image sous le titre Un cadavre. On peut en prendre connaissance ici: http://www.andrebreton.fr/work/56600100143070

C'est inégal (et même assez médiocre, littérairement), mais gratiné .

Ainsi, André Breton : "(…) Loti, Barrès, France, marquons tout de même d'un beau signe blanc l'année qui coucha ces trois sinistres bonshommes : l'idiot, le traître et le policier. Avec France, c'est un peu de la servilité humaine qui s'en va. Pour y enfermer son cadavre qu'on vide si on veut une boîte des quais de ces vieux livres "qu'il aimait tant" et qu'on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière."

Ou Louis Aragon, qui a titré Avez-vous déjà giflé un mort?: "(…) Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le vœu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on.

Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs.

(…) Que donc celui qui vient de crever au cœur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine."

images

J'ai été scandalisé, lundi, en voyant circuler sur Facebook cette photographie de François Chérèque (mort le jour même) avec ce commentaire imbécile : Finalement, l'année commence plutôt bien. Force est de constater que l'imbécile en question a eu de plus illustres (et prolixes) prédécesseurs dans la matière. Nihil novi sub sole.

                                                                                                         SINON?

Antoine Compagnon a repris, égal à lui-même, son prêche au rythme lent. Je renonce aux comptes-rendus quasi-exhaustifs. J'écoute. C'est un peu ennuyeux mais on apprend des choses et l'un dans l'autre, je m'y retrouverai, je pense.  C'est amusant ( un peu irritant?) cette manie qu'il a de répéter  (bis repetita … soit) et d'enfiler un maximum de synonymes une fois énoncé un terme qu'il doit juger "clé" (?). Il donne une certaine impression d'embarras, d'hésitation, de rodage peut-être. Premier cours.

Phrases saisies au vol :

La littérature est un sport, son dopage, c'est le plagiat.

Barrès n'était pas d'un tempérament belliqueux. Je ne lui connais pas de duel. Cette affirmation est en contradiction avec la notice Wikipédia où l'on lit:  "Barrès se bat en duel le 3 novembre 1889 contre un avocat de Nancy. Nouveau duel à l'épée le 11 novembre 1889 à Nancy, contre Groulette, directeur de l'Est républicain (boulangiste), à la suite d'un article polémique dans le Courrier de l'Est, dont il sort légèrement blessé. Et nouveau duel en 1894 contre Francis de Pressensé." Ce qui ferait donc au moins trois!

L'esprit français, c'est l'esprit scolaire. Décrocher le pompon, la première place.

Deux allusions :

La règle du "winner-takes-all" (le gagnant rafle tout), qui est au fondement de la désignation des grands électeurs dans les élections américaines.

La fable des abeilles de l'écrivain néerlandais Bernard Mandeville, parue à Rotterdam en 1714 (et sa ligne directrice : Les vices privés contribuent au bien public). Elle inspirera la main invisible du marché d'Adam Smith.

Quelques conseils de (re)lecture (Baudelaire: Conseils aux jeunes littérateurs (http://www.toutelapoesie.com/poemes/baudelaire/conseils_aux_jeunes_litterateurs.htm); Balzac: Illusions perdues, deuxième partie; les frères Goncourt : Charles Demailly)

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29 décembre 2016

SUR UN MESSAGE ....

  • Message du 27/12/16 12:22
    > De : eurydice@college-de-france.fr
    > A : eurydice@college-de-france.fr
    > Copie à : 
    > Objet : Cours

    > Chers amis,

    > Mon cours et mon séminaire, “De la littérature comme sport de combat”, commenceront dès le mardi 3 janvier à 16h30.

    > Tous mes voeux pour 2017 et bien fidèlement à vous.

    > Antoine Compagnon
    > Littérature française moderne et contemporaine



    > _________________________________________________________________________________
    > Pour ne plus recevoir ces informations, veuillez cliquez sur le lien suivant : 

    > mailto:listes-diffusion.cdf@college-de-france.fr?subject=unsubscribe%20eurydice
    > puis validez l'envoi de ce courriel.
    > _________________________________________________________________________________

 

Ainsi donc, pareils à Orphée,

Voici l'hommage d'Eurydice.

Espérons que nous serons prêts.

Entre le matador en lice.

 

L'amphi sera plein, je présume.

Cyrano

Et tout ouïe le public, acquis

D'avance, oui, et que subsume

De l'orateur le juste dit.

 

Quittant avec grâce son feutre

Fera lentement l'abandon

Du long manteau qui le calfeutre

Et tirera son espadon.

 

Elégant comme Céladon,

Agile comme Scaramouche,

Il préviendra: Chers Myrmidons,

Attention, je vais faire mouche.

 

Ainsi, le rendez-vous est pris,

Le buccin sonne la victoire,

Athéna regarde et sourit,

Ici recommence l'histoire. 

 

 

 

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21 décembre 2016

ACROSTICHE PRÉVISIONNEL …

Guernica

Ainsi donc, Compagnon, le trois janvier arrive.

Nul sinon toi ne sait comment tu vas parler.

Ton verbe dans l'amphi prompt à se déployer,

Oracle à déchiffrer ou lumière trop vive,

Irrite ou satisfait l'auditeur assoiffé,

Nourrit son appétit ou provoque son ire

Et il repart repus ou de rage étouffé.

 

Car vois-tu, Compagnon, comme les années passent,

On devient exigeant, on critique, on maugrée.

Madeleine de Proust, où t'en es-tu allée?

Pauvre petit Marcel, ton souvenir trépasse.

A nous donc cette fois la guerre littéraire.

Giclées d'encre et fureurs, combats picrocholins,

Nous essuierons les tirs des écrivailleurs nains

Occupés à s'entretuer. Vont-ils nous plaire ?

Nul ne sait l'avenir. Il est temps de se taire.

 

AC2017-1

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07 décembre 2016

UNE REMARQUE LIMINAIRE

Scudéry

Accueil - Littérature Française Moderne et Contemporaine ... sur le site du Collège de France, on lit depuis peu  (ou je n'ai remarqué que depuis peu) cette brève introduction à son prochain cours d'Antoine Compagnon:

« D’une plume de fer sur un papier d’acier », c’est ainsi que Ronsard, combattant de la cause catholique et royale, s’adresse à Catherine de Médicis en 1562. « The pen is mightier than the sword », résumera Edward Bulwer-Lytton dans son drame Richelieu en 1839. Gautier disait de Scudéry, le capitaine Fracasse, qu’il « quittait l’épée pour la plume et ne se servait pas moins bien de l’une que de l’autre ». Depuis Homère et Hésiode, la poésie est aussi une agonistique ou une pugilistique. Au XIXe siècle, il est partout question de duel, d’éreintage littéraire. Au XXe, l’image de la boxe a pris le relais chez Hemingway ou Montherlant. La longue histoire de la métaphore de la «plume de fer», puis de l’« escrime », de la « boxe littéraire », sera explorée.

 

singe qui doute

Une phrase attire mon attention : Gautier disait de Scudéry, le capitaine Fracasse, qu’il « quittait l’épée pour la plume et ne se servait pas moins bien de l’une que de l’autre ». Attire mon attention et m'étonne. Telle que formulée, elle me semble fautive, car le capitaine Fracasse  n'est pas Scudéry, dans le roman. Georges de Scudéry, homme de lettres (XVII° siècle) qui existe par ailleurs et que Gautier cite en tant que tel.

Ne manquerait-il point un "dans"? Et n'attendrait-on pas: Gautier disait de Scudéry, dans le capitaine Fracasse, qu’il « quittait l’épée pour la plume et ne se servait pas moins bien de l’une que de l’autre »? 

Car le passage existe, effectivement (chapitre VIII): "Hérode avait choisi pour la représentation du lendemain, annoncée et tambourinée par toute la ville, Lygdamon et Lydias, ou la Ressemblance, tragi-comédie d’un certain Georges de Scudéry, gentilhomme, qui, après avoir servi aux gardes françaises, quittait l’épée pour la plume et ne se servait pas moins bien de l’une que de l’autre, et les Rodomontades du capitaine Fracasse, où Sigognac devait débuter devant un véritable public, n’ayant encore joué que pour les veaux, les bêtes à cornes et les paysans, dans la grange de Bellombre. Tous les comédiens étaient fort affairés à apprendre leurs rôles ; la pièce du sieur de Scudéry étant nouvellement mise en lumière, ils ne la connaissaient point.

Vétille? Certes, mais qui peut prêter à confusion ... car, sauf erreur, même en notant que Scudéry, auteur vantard dont s'est moqué Boileau, a un côté matamore, je n'ai rien vu qui laisse supposer qu'il ait pu servir de modèle à Gautier en tant que personnage. 

Je me suis autorisé un signalement . Rien ne bouge. Wait and see

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06 octobre 2016

BABYLONE, CELLE QUE VOUS CROYEZ, GARGANTUA, LA FILLE DU TRAIN - LECTURES...

Babylone

C'est Yasmina Reza (Babylone) qui remporte la palme du divertissement. Son livre est absolument savoureux, dans un dialogue continu avec le lecteur qui m'a ravi.  La narratrice est très attachante et très amusante, très humaine, un peu inattendue dans des situations et des réactions à la fois crédibles et invraisemblables. L'ironie des mondanités bascule dans un thriller où il y a peut-être des traces de Marcel Aymé – je n'en suis pas sûr. Quoi qu'il en soit, je me suis régalé.

 

Celle que vous croyez

Camille Laurens (Celle que vous croyez) ne m'a qu'à demi séduit. Au sens propre. La première partie emporte l'adhésion (je me serais quand même passé du (fort heureusement court) prologue préchi-précha).  Le long monologue, ensuite, en direction d'un interlocuteur caché rappelle Camus (La chute) et est tout à fait excellent. La seconde moitié du roman m'a moins retenu et peu à peu, je me suis lassé des ratiocinations sur le désir (féminin), puis le désir du désir, etc. Ce n'est pas franchement inintéressant, mais je me suis senti à côté de la plaque. Et les personnages masculins sont navrants de bêtise. Très bon départ mais bilan mitigé.

Gargantua

Alcofribas Nasier (François Rabelais) et son Gargantua, ça relevait du pensum obligé, pour suivre un peu une petite parente embarquée dans le navire 2016-2017 en partance pour l'épreuve anticipée de français au baccalauréat. Les obscénités du début sont plus pénibles que drôles (question d'époque?) et il faut attendre la guerre pricrocholine pour être un peu touché par l'humanité de Grandgousier, père de Gargantua. Pour le reste, j'ai revu passer les épisodes étudiés lors de ma propre scolarité, l'invention du torche-cul idéal, les exploits de frère Jean des Entomeures, l'abbaye de Thélème, avec au moins cette satisfaction de constater que le texte original  est beaucoup plus accessible que je n'en avais gardé le souvenir et qu'aidé par la translation en français moderne fournie en regard, on se débrouille fort bien , cette dernière ne servant que de roue de secours quand l'intuition ne suffit pas. Je ne suis toutefois pas sorti de là avec, inentamée, l'admiration convenue de la prose rabelaisienne. C'est potache et bon enfant, l'humanisme latent est indiscutable et plaisant, les étripements et exploits scatologiques relèvent de la blague de gamins de troisième, oui, bon …  sans plus, en somme.

La fille du train

La fille du train, enfin, premier roman de Paula Hawkins. Le film va sortir prochainement (26 octobre). C'est un bon thriller, un peu trop englué dans l'alcool, jouant un peu trop sur les fausses pistes, mais enfin qui se développe bien et qui accroche. Parfait pour un voyage … en train, par exemple un Paris-Toulouse, de jour. Bon, on a compris un peu avant la fin. Pas trop, disons à la hauteur de Montauban. 

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08 septembre 2016

HAUT LES COEURS !

                     Cassius Clay

 

 

Il va falloir un jour penser à s'y remettre,

Antoine Compagnon. Un chef d'œuvre est à naître.

Je le sens, je le sais, l'été fut fructueux

En réflexions, lectures et travaux vertueux.

 

Là, il faut accoucher du cours enfin sublime

Apte à faire oublier le chiffonnier qui trime

Et boit, et qui nous a récemment ennuyé.

Onze leçons, Monsieur, que l'on s'est appuyées!

 

Mais je vais sur le site et je vois, Ô miracle,

L'intitulé tout neuf, la promesse, l'oracle

Annonciateur d'un cours à la boxe dédié

Qu'on pourrait croire par l'ami Jourde inspiré.

 

Vivent le pugilat, les coups, l'écrabouillage,

Enfin la torpeur fuit! Triomphe l'étripage!

Ça va saigner, Tudieu! Fini de roupiller!

Du neuf! Et que l'ennui périsse, balayé!

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