Mémoire-de-la-Littérature

19 janvier 2018

SEMINAIRE n° 2 - du 16 janvier 2018

AVEC FLORENCE AUBENAS .

(écoute audio)

Florence_Aubenas

Otage en Irak en 2005, chacun se souvient de cela. Femme de ménage plus tard, en immersion, pour témoigner (Le Quai de Ouistreham). Deux hauts faits publics connus. La voix est très tonique et bouscule Antoine Compagnon, comme toujours emberlificoté dans ses questionnements. En vérité, la séance n'est rien d'autre qu'un aperçu de la carrière de la journaliste par elle-même. On suit sans déplaisir. Que retenir?

La débâcle continue de la presse française depuis la première guerre mondiale, relancée à chaque conflit (39-45 ; événements d'Algérie - L'indochine et d'autres conflits coloniaux n'ont pas été évoqués). Falsification de l'information et effondrement des tirages et des titres. On voit mal, dans le prolongement, comment il peut rester une presse aujourd'hui et ce qu'elle a à nous offrir de solide ...

Ensuite, un survol anecdotisé de terrains de conflit. L'image du journaliste, respecté il y a quelques décennies sur le front des combats, aujourd'hui gibier recherché par les parties prenantes comme outil de communication et de propagande  via son enlèvement et sa séquestration.

Le portrait globalement proposé du correspondant de guerre n'est pas outre mesure valorisant.

Intégrité? Revendiquée, mais encore ...

Une fable à l'écoute agréable, à la morale incertaine. En sait-on davantage après qu'avant? 

Et où est là-dedans la littérature?

L'opportunité de la prestation dans le cadre de l'intitulé du cours ne saute pas aux yeux.

L'intérêt portait d'évidence sur celle qui parle bien plus que sur ce qu'elle dit. 

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17 janvier 2018

LEÇON N° 2- du 16 Janvier 2018

Courier-Paul-LouisON TRAITE AUJOURD'HUI  DE PAUL-LOUIS COURIER

(Ecoute audio)

Stendhal, son cadet de dix ans, voit en lui l'anti-Chateaubriand.

Passage en revue de quelques opinions et faits d'époque.

Courier, c'est le Voltaire et le Pascal de son temps - Il fait dans le dilettantisme militaire (guerres napoléoniennes: officier fréquemment aux arrêts, peu pressé de rejoindre ses affectations) et la croisade anti-cléricale - Les termes pamphlet et pamphlétaire ne naissent qu'avec lui et à propos de lui (son grand-oeuvre : Le pamphlet des pamphlets) en 1823/1824 - Regard étymologique sur pamphlet qui serait quoi qu'il en soit un anglicisme. Deux choix : origine savante, déformation de Pamphilus, attestée par le dictionnaire d'Oxford, d'un nom propre (Pamphilus, de amore : comédie élégiaque en latin du XII° siècle); origine populaire, déformation de palm feuillet (feuillet qui se tient dans la main).

 L'Affaire de la tache d'encre - En Italie, à Florence, en 1807, avec les troupes impériales, Paul-Louis Courier découvre un manuscrit de Daphnis et Chloé, attribué à  Longus , auteur grec du II° ou III° siècle après J.C., dont un passage avait échappé à la traduction d'Amyot de 1559, passage éclairant sur les relations de Daphnis et de Chloé. Il n'en dit rien et revient en 1809 pour s'attaquer (c'est un grand helleniste) à la traduction. Mais une malheureuse tache d'encre, qu'il dira involontaire, rend la page concernée du manuscrit illisible après son passage. Les italiens l'accusent d'avoir voulu se réserver l'exclusivité définitive de sa découverte. Amusant. Mais, scandale. L'affaire remontera à l'empereur. 

L'Assassinat de PL Courier le 10 Avril 1825 - La rumeur courra sur un crime politique (ses ennemis jésuites) ou une affaire familiale (sa femme? sa belle-mère?). On découvrira en 1829 qu'il s'agit d'un meurtre commandité par deux de ses serviteurs, amants de son épouse, de vingt ans plus jeune que lui (version incompatible avec ce que raconte (pudiquement?) Wikipédia à propos de domestiques chassés ou menacés de l'être). 

Autres évocations : Stendhal (Le rouge et le noir ; Racine et Shakespeare) - Sainte-Beuve (Paul-Louis Courier purge une peine de deux mois de prison à Sainte-Pélagie (où l'on est très bien!) en 1821), parlant de "l'âge d'or de l'incarcération politique".

Une prestation A.C. standard. Ça se laisse écouter, tranquillement, sans plus, ni guère moins. 

 

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12 janvier 2018

SÉMINAIRE N° 1 - du 9 Janvier 2018

Emmanuel Carrère

EMMANUEL CARRERE est un auteur, un très bon auteur!

Son intervention est épatante (écoute audio). Une demi-heure sur son livre consacré à Limonov (et intitulé ainsi), avant en deuxième partie, le thème annoncé : Journalisme et Littérature

On repasse en fait par deux autres livres d'E.C. 

L'Adversaire , consacré à l'affaire Jean-Claude Romand, et Le Royaume , sur les origines de la chrétienté, autour en particulier des écrits  de Saint Luc.

Emmanuel Carrère, clair sur ses positions, semble très à son aise, aux côtés d'A.C comme toujours embarrassé dans son expression (il n'est décidément pas fait pour l'oral). 

On n'apprend rien sur le thème retenu, mais on s'aperçoit qu'on s'en fout!

Une très bonne séance.

J'en recommande l'écoute sur le site du Collège de France.

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LEÇON N°1 - du 9 Janvier 2018

antoine-compagnon-480x360-4Ecoute Audio du 12/1.

Long et lent. Une mise en route particulièrement filandreuse autour de ses difficultés personnelles de construction d'un prolongement sur  thème  maintenu du cours 2016-2017.

On se centrera finalement sur quelques grands combattants des lettres, au premier rang desquels, Paul-Louis Courier. Le pamphlétaire par excellence, dit-il, associé à la restauration de 1815.

Suit une liste de pamphlétaires ou combattants plus mineurs à propos desquels il amorce surtout des prétéritions. 

Enfin, la figure de Sainte-Beuve, sa haine littéraire partagée avec Balzac, Chateaubriand comme modèle des écrits polémiques et pour citer un nom qui pourrait clore extensivement la liste, Léon Bloy.

Les douze minutes terminales recentrées sur Paul-Louis Courier sont le meilleur moment de la séance.

On n'en dira pas plus.

PL Courier-Pléiade

Sur sa déploration de l'inaccessibilité ou du moins de l'accessibilité difficile des œuvres de PL Courier, en particulier de l'édition 1941 de ses œuvres complètes dans la Pléiade, on trouve celle-ci en vente (46 €) sur amazon.fr

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09 janvier 2018

BON, BEN, FAUT Y ALLER ...

 

AC2018

Voilà, on remet ça ...

Je pars avec l'intention de suivre d'assez loin. 

J'attends toutefois les séminaires avec une certaine curiosité cette année, quelques noms m'ont retenu, à commencer par celui d' Emmanuel Carrère, cet après-midi.

Et comme tout un chacun, je m'interroge sur la tournure du cours.

Comme ça, sans réfléchir, je ne sais déjà plus de quoi on a parlé l'an dernier . 

Triste ...

PS. M'étant aperçu que je ne l'avais jamais fait, je viens de lire la nouvelle de Joseph Conrad, Le Duel. Très décevant. L'idée est intéressante, mais le développement bien plat. Je n'ai pas vu le film de Ridley Scott. Du coup, je viens de le commander. Pour comparer les traitements.

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11 décembre 2017

AUTO PROMOTION

Lièvre

Objectivement, j'ai plutôt tendance à oublier que j'écris de temps en temps des livres. Il faut bien reconnaître, eu égard à leur empreinte médiatique, que je ne suis pas le seul.

Mais bon, cette fois-ci (pourquoi cette fois-ci?), je vais me laisser aller à un coup de projecteur. C'est à cause peut-être d'un petit bouquin écrit l'été passé et qui vient de sortir, et c'est là: https://www.thebookedition.com/fr/18558_auguste-sejan

Le titre : Sans ralentir le pas.

Le contenu: L'extrapolation de cinq moments de vie effectivement traversés et légèrement distordus par la fiction.

Légèrement, c'est-à-dire,  pas tant que cela .... 

ET?

Eh bien, comme il me semble que ça se laisse  lire, je le signale ...

De fait, depuis une quinzaine d'années, j'ai écrit une dizaine de bouquins, un peu plus même, dont quelques-uns seulement sont accessibles à l'adresse indiquée ci-dessus.

J'avais commencé avec Ed Nat, qui narre les trajets en TGV Paris-Lyon et retour d'un professeur au bord de la retraite rendant visite à sa mère malade et mettant à profit cet entre-deux qu'est le voyage pour se souvenir.

Quelques années plus tard, Roman-Roman mettait en scène, au fond, le même professeur, retraite prise cette fois, dans le village où il s'est replié, s'impliquant dans la vie du petit collège local en même temps qu'en hommage à Robert B. Parker, l'auteur américain d'Appaloosa, western porté à l'écran par Ed Harris qui a eu, en 2008, un joli succès, il clôt à sa place, en un effort en quelque sorte posthume, les aventures de son héros, Virgil Cole, à qui Parker avait consacré encore trois livres avant de mourir en 2010. Pour terminer ce cycle, qui l'avait enchanté, mon narrateur s'est donc attaqué au cinquième volume qui se lit - mise en abîme - dans Roman-Roman.

A l'automne 2016, c'est l'approche de l'élection présidentielle de 2017 qui m'a conduit à un essai-fiction de prospective politique : Trois jours de réflexion. Le narrateur, qui n'est pas sans point commun avec ceux des deux précédents livres, à sa grande surprise et servi par un concours de circonstances imprévisible (mais qu'il raconte), se retrouve Président de la République et va s'atteler à sa grande tâche : la réforme, la vraie, enfin, du système éducatif.

Et puis donc, là : Sans ralentir le pas.

J'ai un peu bricolé, à côté, au fil du temps, traduisant les quatre bouquins de Parker du cycle Virgil Cole évoqué ci-dessus, transposant en français le livre de souvenirs d'un ami anglais, transcrivant dans sa langue maternelle le premier roman d'une lointaine cousine partie "aux Amériques" et tant américanisée qu'elle n'en écrit plus en français, me plaisant à faire une nouvelle traduction d'un vieux (et excellent!) roman d'aventures lu à 11 ou 12 ans dans la Bibliothèque verte, un livre d'Edison Marshall, The skyline of spruce,  titré par son premier traducteur, Louis Postif,  La loi de la forêt, et qui me semblait avoir été un peu affadi par ce dernier ... Mais tout cela, non commercialisé, les fichiers dormant au fond du disque dur. Il faudrait faire des démarches, se heurter à des refus ... Tout le plaisir est dans le travail. 

Enfin, là, oui, pour cette fois, l'envie un peu plus forte d'en parler, d'être lu ?

                                              Golden RTetriever

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16 novembre 2017

SEMINARISTES 2018

 AINSI DONC - se reporter pour le détail des thèmes au site du Collège de France - Antoine Compagnon a arrêté la liste de ses séminaristes pour l'année à venir.

Jetons un coup d'œil.

Ils sont dix, 4 femmes et 6 hommes.

Moyenne d'âge 62 ans.

La benjamine a 48 ans, le doyen 73.

La médiane du groupe est à 64 ans : cinq sont plus jeunes, cinq sont plus âgés. 

TROMBINOSCOPE (par ordre d'intervention ou presque): 

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Jean Christophe Rufin

 De gauche à droite, de haut en bas : 

Emmanuel Carrère. Né en 1957. Fils d'Hélène Carrère d'Encausse, de l'Académie Française. On lui pardonne. Excellent romancier. J'aime beaucoup ses livres.

Florence Aubenas. Née en 1961. Journaliste. Rendue célèbre par son enlèvement à Bagdad en 2005. Libérée après 5 mois de captivité. A tendance à m'agacer. J'en ignore la raison (ou alors, il faudrait creuser ...)

Jean-Christophe Rufin. Né en 1952. Médecin. Benjamin de l'Académie française quand il y est élu en 2008. A tendance à m'agacer . J'en connais la raison : Académicien.

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Jean-Marie Guéhenno. Né en 1949. Fils de Jean Guéhenno, illustre Académicien. Diplomate de son état. Sans opinion, sauf que, fils d'Académicien, il pourrait m'agacer ... mais je n'en suis quand même pas encore là.

 

 

  

             Laurent_MauvignierJacques Semelin

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De gauche à droite, de haut en bas :

Laurent Mauvignier : Né en 1967. Romancier, sauf erreur de bonne réputation. Sans opinion personnelle : jamais lu. 

Jacques Semelin : Né en 1951. Historien et Politologue. Prof à Sciences Po. Sans opinion, sauf le couvre-chef. Un peu ridicule?

Anne Nivat : Née en 1969. Journaliste (Prix Albert Londres 2000). Accessoirement épouse de Jean-Jacques Bourdin, né en 1949, journaliste de radio bien connu, savoureusement et régulièrement caricaturé par Nicolas Canteloup . Comme disait Guy Bedos  dans l'un de ses sketches: Quoi la différence d'âge? Quoi la différence d'âge? C'est jamais qu'une différence d'âge!

Boltanski

Alice KaplanChristian Boltanski : Né en 1944. Artiste plasticien. Marié à Annette Messager, née en 1943, artiste plasticienne dont j'ai vu il y a quelques années une installation qui ne m'a pas laissé grande impression. Me fait penser à Hitchcock. Très connu et travail de moi quasiment inconnu . Je suis a priori très réservé, sans vraie raison.

Alice Kaplan : Née en 1954. Universitaire américaine. A publié en 2016 : En quête de L'Etranger, une étude sur la genèse du livre de Camus. Pas lu. Mais un a priori favorable.

Lydie Salvayre : Née en 1948. Médecine psychiatrique après des études de Lettres. Goncourt 2014 pour Pas pleurer. Je n'ai pas lu le roman. A faire. Un a priori très favorable. J'ai vu Lydie Salvayre au Louvre, le 17 Octobre 2007, dans le cadre d'un parcours littéraire proposé par le musée dont j'ai en son temps parlé. Elle commentait  La Vierge et l’Enfant entourés d’anges, de Saint Frediano et de Saint Augustin, dite Pala Barbadorie de Filippo Lippi (Dpt des peintures, Denon, ét.1, salle 4). Je l'avais trouvée très touchante et j'avais ainsi rendu compte de sa présentation: 

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Lydie Salvayre n’est pas très grande. Elle m’a paru agréable et très rousse dans sa petite robe noire découpée en carré dans le dos, très rousse et très appliquée, sérieuse, soucieuse d’être près du sujet, du tableau de Filippo Lippi et des anges qui y sont peints. Elle lit son texte en bonne élève, c’est à dire qu’elle accroche beaucoup ... Elle tient à nous situer Lippi (1406 - 1469), peintre favori des Médicis, élève de Masaccio et maître de Botticelli. Lippi, moine scandaleux qui enleva la nonne Lucrezia Butti , religieuse à Prato quand il était en train d’en décorer la cathédrale d’une "Vies de saint Stéphane et de saint Jean", pour lui donner deux enfants. Le garçon, Filippino (l’autre fut une Alessandra), sera peintre à son tour et de Botticelli l’élève. Et puis les anges, auxquels Lydie Salvayre revient, les anges avant toute chose, des anges descendus de leur angélisme conventionnel pour devenir, comme Masaccio déjà les y incitait, de plus en plus incarnés et terrestres, et humains. Elle dit: “Dieu habite désormais le visage de l’homme”. Joli. Elle cite Saint Augustin, souligne combien les anges sont forcément muets - puisqu’ils ne parlent que quand ils ont quelque chose à dire - et risque une courte réflexion littéraire dont le fond n’est jamais que cette sagesse populaire qui veut que le bonheur n’ait pas d’histoire: "Seul le mal mérite d’être écrit"... Elle dit Amen en terminant et dans un rire réprimé, confus et charmant, avoue reconnaître qu’elle a trop psalmodié: "J’ai l’impression d’avoir lu un sermon". Elle aura au moins gagné notre sympathie et montré qu’elle aimait ce tableau. Le Monde des Livres de ce vendredi 19 [Octobre 2007] fait par la plume de Josyane Savigneau une recension fort élogieuse du dernier livre de Lydie Salvayre : "Portrait de l’écrivain en animal domestique" , en titrant: "La gaieté féroce de Salvayre". Au Louvre, elle n’était que souriante et concentrée.

                                                  *********************

Il ne nous reste qu'à attendre les prestations de cette décurie.

Et à leur tête, Antoine Compagnon valeureux décurion. 

Wait and see ...

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08 novembre 2017

LECTURES D'AUTOMNE

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Un petit bilan de lecture et de lecteur? 

J'en étais resté à Albert Camus et à La peste, mais le temps a coulé. Les obligations scolaires des petits enfants, quelques remarques de critiques au détour d'un journal, quelques échanges amicaux au chevet d'un malade, cela fait bien sa demi-douzaine de livres à lire ...

Dans l'ordre ...

Par transition, peut-être, j'ai profité de la préface de Camus au livre de son ami Louis Guilloux, pour lire La Maison du peuple, suivi de Compagnons. De beaux livres simples, touchants et tristes sur le père, sur l'amitié. Mais qui vont s'oublier, quand la figure extraordinaire de Cripure, ainsi baptisé par ses élèves dans Le sang noir, parce qu'il les saoulait avec Kant et sa Critique de la raison pure, figure de professeur dont Guilloux a pris le modèle chez Georges Palante qui fut son ami, est, elle, inoubliable. Mon vrai conseil est donc : lisez Le sang noir.

J'ai relu La Bête humaine pour accompagner l'effort de ma petite fille dont le professeur de seconde avait retenu l'ouvrage. Les gamins d'aujourd'hui peinent sur un tel roman, bien sûr un peu vieilli dans des descriptions (il n'y en a pourtant pas tant que ça) de vues de gare, de brouillard sur les locomotives au petit matin et de rails enchevêtrés qui ne les accrochent guère, mais véritable thriller et thriller psychologique passionnant. Seulement voilà, il faut lire, et lire concentré, entrer dans l'univers que pose Zola, et c'est pour eux bien plus difficile que la galopade effrénée à travers les rebondissements incessants et feuilletonnesques d'un roman qu'elle avait dévoré en juillet : L'affaire Harry Québert. Joël Dicker, l'auteur, n'écrit pas un roman, il dévide le scénario haletant d'une série télévisée. Pour la génération de l'image, il n'y a pas - si j'ose dire - photo. Dommage.

Je n'avais jamais lu Le paysan de Paris. D'Aragon, j'avais essentiellement pour référence Aurélien, souvenir magique de ma classe de première, à ce point magique que je n'ai jamais voulu le relire, de crainte de ne pas retrouver ce moment d'enthousiasme. Un ami, un peu perdu de vue et réapparu pour m'apprendre, après un ennui de santé, une convalescence emplie de livre et traversée, entre autres, par ledit Paysan de Paris, m'y a jeté. Quel pénible fatras de narcissisme boursouflé! Je suis allé au bout mais j'ai trouvé insupportable. Il y a des trouées de style, mais enfin, le nombrilisme et l'autosatisfaction suintante y passent les bornes de ma tolérance. Je ne suis allé au bout que pour pouvoir dire que je l'avais lu et décrocher par là le droit d'en penser tout le mal que je viens d'écrire.

Au détour d'un billet de Pierre Jourde, universitaire et écrivain, invité il y a quelques années du Séminaire (au Collège de France) d'Antoine Compagnon et qui tient un blog sous l'égide de l'Obs (http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/), une double injonction de lecture m'a retenu. Deux auteurs: Philippe Videlier, Laurent Chalumeau; un historien passé par la fiction, un auteur de polars. Pierre Jourde s'était enthousiasmé à la découverte du dernier Chalumeau : VIP (Grasset), et chantait les qualités du récent Videlier : Dernières nouvelles des bolcheviks (Gallimard). Côté achat de livres, je joue petit bras, j'attends leur parution en poche, ou je les cherche d'occasion. Du coup, j'ai lu l'avant dernier Chalumeau : KIF, et un Videlier antérieur : Nuit turque

De KIF, que dire d'autre que ceci : formidable! L'invention langagière autour du parler mi-"djeune", mi-truand, mi-banlieue (j'aurais dû dire tiers) est un régal constamment renouvelé. Le scénario est solidement complexe et tenu. Ce serait dommage de se priver d'un tel moment de jubilation.

Nuit Turque est bien, quasi documentaire, sur la mise en place du génocide arménien, mais j'attends un peu pour m'emballer. Dans un commentaire du blog de Jourde, une enthousiaste a fait référence, du même auteur, à Dîner de Gala, sous-titré L'étonnante aventure des brigands justiciers dans l'Empire du milieu. J'en ai trouvé un exemplaire d'occasion bon marché et comme neuf. Je vais m'y lancer (dès que m'en vient le courage : c'est un pavé ...). 

Et là, je viens d'achever Un prêtre marié, de Barbey d'Aurevilly. Etonnante expérience. Je ne sais pas pourquoi je l'ai tentée, peut-être un instant de rêvasserie devant les rayons de la bibliothèque et ce titre, qui me fait souvenir que je ne l'ai pas lu et me renvoie à La faute de l'abbé Mouret, un Zola de l'été. Rien à voir en termes d'intrigue. Sacré bouquin que ce Prêtre marié. Totalement caricatural avec les yeux d'aujourd'hui, écarquillés devant ses excès permanents, son romantisme échevelé, sa mythification constante du moindre personnage, l'hypertrophie des réactions de chacun. J'ai eu du mal à essayer de prendre tout cela au sérieux, mais dans le dernier tiers, une certaine émotion passe à travers la frénésie dramaturgique qui se saisit de l'auteur et l'on constate, sidéré, qu'on s'est malgré tout inscrit dans ses brisées. L'affaire finit en apothéose grandguignolesque, mais quel souffle! Le jeune héros se nomme Néel de Nehou. Rien que cela, si j'ose dire, il faut le faire ...

La femme du prêtre

Cette photographie est une malhonnêteté intellectuelle.

Le roman de Barbey d'Aurevilly n'a aucun rapport avec la comédie de Dino Risi La femme du prêtre (1970). Mais c'est Marcello Mastroianni et Sophia Loren. Pour le plaisir de les montrer. 

 

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12 septembre 2017

LA PESTE

"Au bout du compte, j'ai fini "La Peste". Mais j'ai l'idée que ce livre est totalement manqué, que j'ai péché par ambition et cet échec m'est très pénible. Je garde ça dans mon tiroir, comme quelque chose d'un peu dégoûtant." 

C'est Albert Camus qui écrit ceci à Louis Guilloux, dans une lettre du 12 septembre 1946. Je viens de relire le roman. Allons, il était trop pessimiste! Ce n'est pas si mal …

Voyons un peu : 

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Présenté par Simone de Beauvoir dans un courrier à son amant américain Nelson Algren, en 1946, comme le roman de Paris sous l'occupation allemande, ce que Roland Barthes considérait comme un malentendu, mais que Camus lui-même a revendiqué, le roman s'il peut effectivement se prêter à toutes les interprétations métaphoriques adossées au couple fléau-résistance, donne surtout envie, il me semble, d'une lecture au premier degré.

On trouve ici : (https://www.canal-u.tv/video/ens_paris/la_peste_comme_analogie.3135) une présentation savante de ce problème interprétatif. Malheureusement, j'ai des difficultés avec l'exploitation de la vidéo proposée que je ne parviens à charger que par petites tranches successives de quelques minutes.

Quoi qu'il en soit et pour en rester à une lecture "naïve", je suis frappé, cinquante ans après ma première approche du roman, par le caractère vieillot de quelques procédés de style, à commencer par l'incipit : "Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194. à Oran. De l'avis général, ils n'y étaient pas à leur place, sortant un peu de l'ordinaire. À première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu'une préfecture française de la côte algérienne."  Le qualificatif de curieux, au vu de la suite, semble tout à fait inapproprié … Quant à chronique

À commencer par l'incipit, disais-je, et, à finir par ce qui est au fond un épilogue: "Cette chronique touche à sa fin. Il est temps que le docteur Bernard Rieux avoue qu'il en est l'auteur. Mais avant d'en retracer les derniers événements, il voudrait au moins justifier son intervention et faire comprendre qu'il ait tenu à prendre le ton du témoin objectif."

Il y a là une technique qui fait penser … aux romans du XVIII°. L'Abbé Prévost, par exemple, l'incipit de Manon Lescaut : "Je suis obligé de faire remonter mon lecteur au temps de ma vie où je rencontrai pour la première fois le chevalier des Grieux. Ce fut environ six mois avant mon départ pour l’Espagne. (…) Je dois avertir ici le lecteur que j’écrivis son histoire presque aussitôt après l’avoir entendue, et qu’on peut s’assurer par conséquent, que rien n’est plus exact et plus fidèle que cette narration. Je dis fidèle jusque dans la relation des réflexions et des sentiments que le jeune aventurier exprimait de la meilleure grâce du monde. Voici donc son récit, auquel je ne mêlerai, jusqu’à la fin, rien qui ne soit de lui."

Curieux, oui. Non pas les événements, mais le principe de narration. Enfin … mon rapprochement avec l'Abbé Prévost est sans doute contestable et subjectif.

Sinon?

Quand on lit La peste à vingt ans, on trouve le roman profond et philosophique. Quand on le lit septuagénaire, on s'aperçoit qu'on a quarante ans de plus que son auteur …  Vieillir, c'est perdre ses illusions. La philosophie humaniste de Camus, qui me séduisait tant, me semble aujourd'hui moins profonde, plus phraseuse, et, dans ses assertions, un peu sentencieuse. Le lyrisme, sous-jacent ou explicite, ne me touche plus autant, voire, ne me touche plus. Words … Le narrateur, le docteur Rieux, dans son obstination à être médecin et à "persévérer dans son être" - ce conatus spinoziste dont il est quelque part fait mention dans le livre – personnage dont on sent qu'il tient aussi de l'autoportrait de Camus, est visiblement là pour nous indiquer une ligne de force de ce qu'est, à ses yeux, être un homme, un mensch au sens yiddish. Mais j'ai passé l'âge des leçons et ses lignes sur l'amitié, l'amour, la mer, le soleil et la terre, thèmes camusiens récurrents, me semblent relever de moments qui pour moi sont dépassés. Je le redis : Vieillir, c'est perdre ses illusions. Camus, il me semble, est ici un homme jeune qui, parce qu'il n'est plus un jeune homme, croit qu'il est déjà vieux et à même de tenir des propos définitifs. Et ce qu'il écrit me fait penser qu'il se trompe.

Disons-le différemment: il donne à plusieurs de ses personnages des préoccupations méthaphysiques et/ou morales qui me laissent comme on peut voir rêveur : 

Matin de NaplesMais en dépit de tout ce que je dis, cela fait quand même un grand livre, à lire et à discuter. 

Détail microscopique et que j'ai raconté déjà, ailleurs, ma belle-mère, oranaise, était la collègue de l'épouse de Camus dans une école primaire de la ville et une fois, ce qui devint à mes yeux après-coup un titre de gloire, cette dernière étant empêchée, elle était allée porter je ne sais quel paquet au domicile des Camus où elle avait trouvé, à son bureau, Albert, qui faisait quelques lectures et travaillait – lui avait-il dit - à son roman, La peste

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15 août 2017

REPRISE DES COURS LE 9 JANVIER ......

 

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Ainsi donc il insiste et, je viens de le voir,

La prochaine session de Combats sera faite.

Ceux de l'année passée faisaient lever l'espoir

De n'avoir pas d'enfants et, la mine défaite,

On suivait le propos en se disant : Tiens bon !

Il n'ira pas plus loin ; si l'intérêt trépasse,

On glane malgré tout des morceaux de leçons

Au bout du bout desquels quelque chose s'amasse.

Il faut serrer les dents quand l'ennui nous élance,

On sortira de là, l'avenir sera nôtre …

 

Las, ce n'est pas fini. Je pense aux douze apôtres.

Quand le discours s'est tu, après le coup de lance,

Qu'ont-ils senti, réellement, au fond du cœur ?

Et quel soulagement a rempli leur poitrine

À voir cesser le flot des mots du locuteur

Divin qui sans arrêt, de sa prose divine,

En psalmodiant toujours les mêmes assertions,

Fatiguait leurs tympans et tuait l'attention.

 

Ont-ils dit 'Ouf !'? Bien sûr, c'est pensée sacrilège

De les prétendre ainsi navrés du privilège

Que Jésus, fils de Dieu, bavard impénitent,

Leur consentait en ratiocinant constamment.

Mais tout lasse dit-on, excepté de comprendre,

Et comme justement ils ne comprenaient rien,

Le silence enfin là de la bouche sacrée

A dû leur enlever une épine du pied.

 

Mais je m'égare. Allons, compagnons, tels Damien,

Posons-nous la question : Quel parti doit-on prendre ?

Écartelés qu'on est, car le désir d'apprendre,

Est bien là, que l'ennui menace constamment,

Poursuivant son travail de sape, sourdement.

Le choix est bien cruel : Subir encor ? Se pendre ?

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