La Grande Guerreimages

J'avais un peu mis le livre de côté et puis, l'opportunité des congés scolaires de Toussaint …

Il faisait beau à Montesquieu-Volvestre et, bercé (?) par les sonnailles du clocher du village (assez capricieux en vérité et à qui il arrive de remplacer l'angélus par un glas, mais là, au fond, c'était de circonstance!), j'ai lu le copieux mélange des textes rassemblés par A.C.

Le dernier, d'ailleurs, de Roland Barthes, dont le père a coulé le 27 octobre 1916 au large du cap Griz-Nez avec le patrouilleur Montaigne, torpillé, qu'il commandait.

J'ai été arrêté par ce choix terminal, alourdi de cette double proximité d'A.C. avec Montaigne, dans son parcours de réflexion, et avec Barthes, dans son parcours de formation. On cherche toujours des significations, où peut-être il n'y en a pas. Le texte est très court, très décalé et qui interroge mon interrogation. Il est tout à fait intéressant. Je le reproduis:

M. B., professeur de la classe de troisième A au lycée Louis-le-Grand, était un petit vieillard, socialiste et national. Au début de l'année, il recensait solennellement au tableau noir les parents des élèves qui étaient "tombés au champ d'honneur"; les oncles, les cousins abondaient, mais je fus le seul à pouvoir annoncer un père; j'en fus gêné, comme d'une marque excessive. Cependant, le tableau effacé, il ne restait rien de ce deuil proclamé – sinon, dans la vie réelle qui, elle, est toujours silencieuse, la figure d'un foyer sans ancrage social: pas de père à tuer, pas de famille à haïr, pas de milieu à réprouver: grande frustration œdipienne!

J'ai évoqué ailleurs  mes tâtonnants débuts de professeur dans ce prestigieux établissement; la Grande Guerre était bien loin, et les fils de notables avaient remplacé les fils de morts glorieux, mais avec une égale densité.

La lecture de ce gros folio classique s'avère étonnamment fluide, aisée, sans aucune solution d'intérêt, où chaque texte est introduit par une notice extrêmement précise – travail où la collaboration de Yuji Murakami, maître de conférence au Collège de France rattaché à la chaire d'Antoine Compagnon, a eu assurément sa part - , notice même (rarement mais) parfois plus intéressante pour moi que le texte lui-même.

La préface d'A.C. (à ne lire "qu'après") contient des notations personnelles  (familiales) touchantes, et resitue clairement les choix d'édition dans un cadre où l'on retrouve des indications du cycle des leçons de l'hiver 2014 au Collège de France.

Les auteurs retenus ? J'ai mis en italiques ceux qui m'étaient soit parfaitement inconnus, soit connus seulement en tant que sonorités, dont je n'aurais rien su dire, ce qui en signale quand même 11 sur 68. Peu glorieux!

Alain / Apollinaire / Anna Akhmatova / D'Annunzio / Aragon / Barbusse / Maurice Barrès / Roland Barthes / Henry Bataille / Bernanos / Jean-Richard Bloch / Brasillach / André Breton / Rupert Brooke / Albert Camus / Céline / Blaise Cendrars / Paul Chack / Colette /  E.E.Cummings / Bakary Diallo / Roland Dorgelès / Dos Passos / Drieu la Rochelle / Eluard / Faulkner / Benjamin Fondane / Ford Madox Ford / de Gaulle / Maurice Genevoix / Gide / Giono / Giraudoux / Robert Graves / Louis Guilloux / Hemingway / Max Jacob / Ernst Jünger / Kessel / Velimir Khlebnikov / Kipling / T.E.Lawrence / Emilio Lussu / Malaparte / Ossip Mandelstam / Katherine Mansfield / Roger Martin du Gard / Montherlant / Jean Norton Cru / Wilfrid Owen / Paulhan / Ezra Pound / Proust / Pierre Reverdy / Jacques Rivière / Jules Romains / Siegfried Sassoon / Sédar Senghor / Jean Schlumberger / Claude Simon / Italo Svevo / Teilhard de Chardin / Georg Trakl / Jacques Vaché / Edith Wharton / Virginia Woolf / Marguerite Yourcenar / Stefan Zweig .

Au fil de la lecture et de mes (rares) notes :

Un touchant poème de Rupert Brooke, affecté dans la marine royale anglaise à la fin de l'été 1914 et qui meurt d'une septicémie "causée probablement par une piqûre de moustique à Port-Saïd" quelques mois plus tard. Intitulé Le soldat, et traduit par A.C.,  le bref poème est une réflexion nostalgique et douce-amère de l'auteur valant prolepse – puisqu'elle se réalisera – et témoignant d'une Angleterre intérieure et aimée qui ne saurait quoi qu'il advienne le quitter: Si je devais mourir, pensez seulement ceci de moi / Qu'il est quelque coin d'une terre étrangère / Qui sera pour toujours l'Angleterre (…)

Une notation d'Eluard dans le poème Merveille de la Guerre  me renvoie à un souvenir astronomique oublié . Eluard évoque l'apothéose quotidienne de toutes [ses] Bérénices dont les chevelures sont devenues des comètes. "En 246 avant J.C., Ptolémée III Evergetes, pharaon d'Egypte qui a été à l'origine du rayonnement culturel d'Alexandrie, part guerroyer en Syrie. Son épouse Bérénice se rend alors au temple d'Aphrodite pour lui faire la promesse solennelle de sacrifier ses longs cheveux, dont elle était très fière, si son mari rentre sain et sauf de la guerre. Trois ans plus tard, Ptolémée revient. Bérénice se coupe les cheveux et les dépose en offrande au temple de la déesse, selon son engagement. Dans la nuit suivante, la chevelure disparaît mystérieusement. Rage de Ptolémée qui fait fermer les portes de la ville pour la faire fouiller de fond en comble, sans résultat aucun. Pour apaiser le roi et la reine outragés (et pour sauver la vie des prêtres du temple), l'astronome de la cour, Conon de Samos affirme que l'offrande a tellement plu à la déesse qu'elle l'a placée dans les cieux. Et il montre au couple royal un amas d'étoiles, à l'ouest de la constellation du Lion, dés lors appelé la Chevelure de Bérénice" (source: Wikipédia). Quand on recroise Eluard, beaucoup plus loin dans le volume, c'est pour prendre connaissance de quelques Poèmes pour la paix de 1918 qui m'ont semblé particulièrement banals, gnangnan.

Shrapnells, de Blaise Cendrars, trois minuscules poèmes (comment dit-on? en vers libres?) me laissent coi. Apparemment plus ou moins la  forme du haïku? Je reste totalement indifférent.

Les obsessions de Montherlant me dégoûtent assez. Ses fascinations morbides et ses envolées où une sexualité potentiellement malsaine se couvre d'un lyrisme viril hypertrophié. "Calme s'endormit le jeune homme. Il avait tué. Il avait possédé (…) Il était prêt pour l'âme." Comme on le surligne dans les phylactères des BD : Beurk! Ou alors : Bull shit! Le jeune homme en question est Alban de Bricoule, dans Le Songe. Dans un texte donné plus loin, Montherlant confirme le caractère odieux de sa pensée et je supporte mal des passages comme celui-ci, qui vient après qu'on a communié dans un discours aux morts dont le principe même me paraît toujours obscène : Les mères en deuil regardaient de près ces grands garçons pareils au leur, les questionnaient sur la vie de là-bas, silencieusement les comparaient à lui. La foule s'écoulait, elles restaient en arrière, hésitantes, comme fascinées par un papier sur le mur qui répandait une sorte de sourire. Lorsque, avant de repasser le seuil, elles s'arrêtèrent sous le cadre où sont inscrits les noms des morts du collège, pour lire une fois de plus celui qu'elles savaient bien y être, ce nom qui plus jamais ne sera mêlé aux affaires de ce monde, il leur parut que la liste funèbre, et puis celle des Croix de Guerre, à côté, n'en faisaient qu'une dans le même bonheur sans réserve. Dans une minute peut-être irretrouvable, elles pensèrent qu'il valait bien que leurs fils fussent morts pour qu'une telle heure eût existé.

On ne peut, de nouveau (j'en avais parlé dans un compte rendu de leçon, suite à une lecture d'A.C. cet hiver, dans le cours ) qu'être fasciné par les pages extraordinaires de Teihard de Chardin (La nostalgie du front), brancardier en première ligne. "Tous les enchantements de l'Orient, toute la chaleur spirituelle de Paris ne valent pas, dans le passé, la boue de Douaumont (…) Heureux peut-être ceux que la mort aura pris dans l'acte et l'atmosphère même de la guerre, quand ils étaient revêtus, animés d'une responsabilité , d'une conscience, d'une liberté plus grandes que la leur, quand ils étaient exaltés jusqu'au bord du monde , - tout près de Dieu." Comment accéder à la compréhension intime de telles aspirations?

Emouvantes pages de Bakary Diallo  (Force-Bonté) pleines d'une touchante et formidable disponibilité à l'amour de la France et  de son prochain.

Je me suis amusé (?) à un poème de 9 lignes (Soldat) et d'André Breton, au demeurant obscur en première lecture (mais qui donne peu l'envie d'une deuxième …), en raison de ceci que la notice qui le précède couvre une page. On se retient : Tout ça pour ça?

L'amusement (bis : ?) se poursuit d'ailleurs quand on file à la page suivante. On y  trouve un poème d'Aragon. Il s'intitule Brouf et je pense surtout: Boff! La notice m'apprend le succès de ce dernier et l'échec de Breton au même examen de médecin auxiliaire (printemps 1918) qu'ils préparaient à l'hôpital du Val-de-Grâce où, affectés tous les deux, ils venaient de faire connaissance. Quant à mon jugement, le même Aragon se rattrape quelques pages plus loin avec un extrait du Roman inachevé, intitulé Classe 17, plutôt bien, puis plus loin encore avec un autre, attachant aussi, dans la notice duquel je découvre  que c'est lors de son départ au front en juin 1918 que sa mère, qu'il croyait sa sœur, lui révèle le secret de sa naissance et l'identité de son père, Louis Andrieux, avocat, homme politique qui fut Préfet de Police de Paris et qui était marié, mais pas avec elle. Merde alors !

Velimir Khlebnikov , mort comme Rupert Brooke (mais après-guerre) de septicémie, fait partie de ceux dont le nom a été pour moi une découverte absolue! Le texte de 1919 retenu, extrait de La guerre dans une souricière, est attachant, avec le sentiment qu'on a affaire à une belle traduction (Luda Schnitzer (1913-2002), française née de parents russes, Grand Prix de la Ville de Paris de littérature enfantine en 1981). Soudain, au détour du poème, certainement à cause de la phrase ressassée de Maurice Barrès à la mort de Proust, on pense à ce dernier en lisant : Il n'est plus le jeune homme, il n'est plus, notre roi aux yeux noirs des bavardages à table.

Autre surprise (le nom) et positive (le texte Dulce et decorum est ) : Wilfred Owen, jusque -là de moi inconnu. La traduction est d'A.C. Je cite les dernières lignes : Si vous pouviez entendre à chaque secousse, le sang / Monter en gargouillis des poumons infectés d'écume / Obscène comme un cancer, amer comme le renvoi / De plaies vives et incurables sur des langues innocentes / Mon ami, vous ne diriez pas avec tant de noble enthousiasme / Aux enfants passionnés d'un peu de gloire sans espoir / La vieille scie : Dulce et decorum est pro patria mori.

J'ai aimé - et trouvé assez terrible - la nouvelle de Barbusse, écrite en 1928, Jean qui pleure et Jean qui rit, sur un thème déjà traité dans Le Feu, dans ce champ d'Argoval où a été fusillé Cajard, soldat du 204, resté en arrière pendant la relève, condamné pour l'exemple … et pour sa mauvaise réputation.

J'ai dit terrible? Moins pourtant que le texte qui suit, Au bivouac, de Jean Schlumberger, mettant en scène, pénible dans sa mise en place et l'aléatoire de son déroulement, une exécution sommaire déguisée en mort au champ d'honneur qui laisse un goût amer.

J'apprends grâce à Malaparte ce qu'est une doline, ou plutôt l'utilisation qu'il fait du mot me conduit à en chercher le sens, que j'ignorais. La doline est une forme caractéristique d'érosion des calcaires dans certains contextes géologiques. La dissolution des calcaires de surface conduit à la formation de dépressions circulaires mesurant de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres. Leur fond est souvent occupé par des argiles de décalcification ou terra rossa (terre rouge), fertiles et plus ou moins imperméables. La rétention locale d'eau ainsi permise rend les dolines propices au développement d'une riche végétation qui contraste avec le plateau calcaire environnant. (source Wikipédia)

Un passage impressionnant d'Emilio Lussu, extrait de son ouvrage Les hommes contre de 1938, archétypique d'une certaine imbécillité proprement militaire.

Un beau poème d'Apollinaire, rimé avec un certain bonheur, Tristesse d'une étoile, dont les rythmes du dernier quatrain me font invinciblement penser aux quatre derniers vers de l'Heureux qui comme Ulysse de Du Bellay . Ici : Et je porte avec moi cette ardente souffrance / Comme le ver luisant tient son corps enflammé / Comme au cœur du soldat il palpite la France / Et comme au cœur du lys le pollen parfumé . Et là : Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine / Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin / Plus mon petit Liré que le mont Palatin/ Et plus que l'air marin la douceur angevine.

J'ai trouvé, oserai-je le dire, rigoureusement dépourvus du moindre intérêt deux poèmes de Drieu la Rochelle, Jazz et TSF, publiés dans Fond de Cantine en 1920. Ils étaient sans doute vraiment au fond! Je les y aurais laissés. Facile, mais si tentant …

Stefan Zweig, dans Convalescence de la Galicie, délivre une leçon cruellement lucide autour de cette idée centrale que l'élan reconstructeur qui succède aux dévastations peut en arriver à souligner le caractère positif de celles-ci, tant aussi on aime les re-départs qui arrachent aux situations et aux inerties acquises.  Il y a là une leçon de vie à l'usage des survivants que l'on retrouve partout, mais qui n'en diminue pas moins le drame des disparus. Oui, dure leçon d'oubli et d'élan vital, impitoyable, ambiguë et sans doute nécessaire.

Suit un très joli texte de Colette, Répétition générale, scène de la vie parisienne pendant le conflit. Il y a par contre, plus loin, des pages reproduites de la Fin de Chéri dont il m'a un peu étonné qu'elles me déçoivent, témoignage peut-être simplement que le charme d'un roman, son pouvoir,  s'installent progressivement, vous enveloppent, et qu'à en rencontrer à froid des fragments isolés, on puisse ne plus retrouver ce délicieux enveloppement, le dialogue qu'il avait installé.

Dans un très bon texte du Labyrinthe du monde, Marguerite Yourcenar développe en quelques lignes ce qui m'a semblé être une analyse critique partiale, sans doute injuste et excessive, mais perspicacement cruelle relative au passage célèbre du Temps retrouvé où Proust livre un hommage sans réserve aux Larivière, tenanciers enrichis retournés volontairement à leur humble tâche en soutien de la veuve d'un neveu tué au front.  Voici : On s'étonne de voir ce grand connaisseur du comportement humain nous présenter comme d'ardents patriotes d'anciens tenanciers de bar venus à la rescousse de leur belle-fille veuve de guerre, comme si le plaisir de se retrouver derrière le zinc ne comptait pour rien dans ce souci de remplacer leur fils dans ses fonctions d'ailleurs plus commerciales que guerrières. Marguerite Yourcenar fait erreur sur les liens de parenté, mais le ressort "nostalgie du travail" est un ressort réel et qui peut avoir aussi fonctionné.

Antoine Compagnon le souligne, Céline, en 1916, écrivant à son amie Simone Saintu … fait des fautes d'orthographe. Un peu rosse … mais factuel.

L'ai-je mal lu? Le jardinier, nouvelle de Rudyard Kipling, qui m'a pourtant attaché, m'est resté in fine sibyllin. A en reprendre, après avoir noté cela, les dernières lignes, je m'aperçois que je suis peut-être le créateur du doute que je signale, et que rien n'y serait à déchiffrer au-delà d'un limpide premier degré dont le petit côté Henry James  de l'écriture (?) m'aurait fugitivement voilé l'évidence? Un homme était agenouillé derrière une rangée de pierres tombales – un jardinier, de toute évidence, car il raffermissait une jeune plante dans la terre meuble. Elle se dirigea vers lui, le papier à la main. Il se leva à son approche et, sans salutation ni préambule, lui demanda: "Qui cherchez-vous? – Le lieutenant Michael Turrell … mon neveu" dit Helen lentement, mot pour mot, comme elle l'avait fait des milliers de fois dans sa vie. L'homme leva les yeux et la regarda avec une infinie compassion, puis délaissant le gazon fraîchement semé, il se dirigea vers les croix noires et nues. "Suivez-moi, lui dit-il, je vais vous montrer où repose votre fils." Lorsque Helen quitta le cimetière, elle se retourna pour jeter un dernier regard. Au loin, elle vit l'homme penché sur ses jeunes plantes; et elle s'éloigna, en supposant qu'il s'agissait du jardinier. Oui? Non? Peut-être …

J'ai beaucoup aimé la nouvelle de Katherine Mansfield, La mouche, de 1921. Une véritable réussite. Le traducteur est Bernard Compagnon, intervenu à plusieurs reprises dans le livre et à ce titre. Moi qui n'ai pas connu de frère, j'ai gardé, malgré la qualité des liens qui m'unissaient à ma sœur, une forme de souhait nostalgique de cette relation inconnue, et dès lors fantasmée, et je ne la rencontre jamais, quand je la constate - ou par méconnaissance, comme ici, quand je l'espère - aboutie, sans une forme sottement idéaliste d'émotion.

Une très bonne nouvelle, Victoire, de Faulkner, même si je n'en aime pas la formule finale qui ne rend pas compte du sentiment que j'attendais. On y rencontre une remarque un peu trop péremptoire mais d'une réelle justesse : … Alec (…) avait depuis longtemps découvert que personne n'a de courage, mais que n'importe qui peut choir, par mégarde, aveuglément, dans l'héroïsme, comme on dégringole dans un regard d'égout grand ouvert au milieu du trottoir. Dans la notice de présentation, on apprend que Faulkner fut refusé par l'aviation américaine en raison d'une insuffisance de poids et de taille, passa après l'armistice ses examens sans obtenir ni le brevet de pilote qu'il avait préparé, ni le grade de sous-lieutenant qu'il avait espéré, et qu'il n'avait eu, pendant le conflit, aucune expérience du combat. Diable, cela fait beaucoup, ou plutôt bien peu quand on écrit sur la guerre …

Formidable et formidablement giralducien l'extrait proposé de Bella, de Giraudoux. Quelle aisance fluide après la prose assez empotée d'Albert Camus, quelques pages plus haut. Giraudoux, c'est une élégance .

Pas tous, mais plusieurs des chapitres d'Alain qui sont fournis, tirés de Mars ou la guerre jugée (1921) m'ont semblé extrêmement fins (Du beau),  justes (Qu'as-tu appris) derrière le cynisme impressionnant d'une logique atroce mais indiscutable (Les règles du jeu), et d'une implacable lucidité (De l'Histoire).

L'avant dernier texte produit est de Claude Simon, extrait du Tramway, qu'il a publié en 2001. La fascination exercée par la phrase de Claude Simon est intacte, dans la spirale hallucinée de sa stratification. A rebours de ce que je disais plus haut de Colette et de La fin de Chéri, mieux même, et je me désole de l'écrire, que les pages retenues ici du Temps retrouvé, l'envoûtement est immédiat et même ainsi, sans échauffement préalable, opère entièrement.

Le dernier texte est de Roland Barthes, mais c'est par lui que j'ai commencé ce billet. Donc …

Voilà. J'ai retranscrit les quelques notes griffonnées dans les marges, au fil des pages. Elles ne rendent compte que très imparfaitement d'un plaisir de lecture continu et réel, étendu à l'ensemble du volume, tout à fait enrichissant, plaisir que clôt, puisque tel est l'ordre (par lui-même) recommandé, la préface claire, précise et, je l'ai dit, attachante dans sa dimension personnelle, d'Antoine Compagnon.